Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Avec 72.000 étudiants pour 5.136 lits, c'est la promiscuité à l'UCAD

L'Université Cheikh Anta Diop compte 72.000 étudiants pour 5.136 lits. Si la moitié d'entre eux ne vit pas sur le campus, la surpopulation dans les chambres est une réalité avec laquelle chacun doit composer. Au sein du campus, les étudiants acquièrent des connaissances, mais aussi un apprentissage de la vie en société.

Sur le campus, les étudiants gravissent les marches effritées des escaliers du pavillon A, arpentent ses couloirs, véritables dédales, bariolés d'annonces collées à la va-vite. Une ambiance fiévreuse règne dans cet imposant bâtiment à quelques minutes de la rupture du jeûne. La plus grande université d'Afrique de l'Ouest est avant tout un lieu de vie, où 30 à 40 000 personnes cohabitent toute une année.

Un véritable défi logistique nécessaire à la réussite de l'alchimie humaine que tous les locataires des lieux saluent. Après avoir serpenté parmi les troupes d'étudiants amassés dans les rues de cette ville dans la ville, le pavillon A, le plus grands des 17 immeubles d'habitations du campus, offre sa masse poussièreuse au visiteur. Ici, les chambres sont prévues pour deux occupants, même s'il y en a une dizaine à trois lits.

C'est le cas de la chambre numéro 463. Si certains sont encore en cours, six jeunes hommes se partagent pourtant déjà les trois lits. L'équipement est rudimentaire, mais la pièce dégage une atmosphère accueillante et joviale. L'inscription «Bienvenue au Sea Plaza» qui orne la porte d'entrée montre que ses occupants acceptent les conditions d'hébergement avec humour.

Vivre à 13 dans une chambrette

À 23 ans, Ahmadou Abdoul Ndiaye s'est inscrit au département de philosophie. Pour sa première année à l'université, s'il n'a éprouvé «aucune difficulté pour se plonger dans les cours», l'adaptation à la vie dakaroise n'a pas été aisée pour le jeune homme originaire de Daara, dans le centre du Sénégal.

À la rentrée, «la première surprise a été de se retrouver à treize dans cette chambre», dit-il. Qui plus est avec des gens qu'il n'avait jamais connus. Mais rapidement, la timidité s'efface et le manque d'intimité laisse place à la joie de la découverte de ses colocataires. Ahmadou reconna&icircet même que cet accueil «lui a été salutaire», parce qu'il ne «connaissait personne en arrivant». Un sourire complice à son voisin, et Ahmadou assure qu'il a «quitté une famille pour en retrouver une autre».

Même son de cloche pour les Dakarois qui, à l'instar d'El Hadj Ahmadou Sène, ont fait le choix de vivre dans ces chambres surpeuplées. Pas par nécessité, mais «par envie». Comme nombre de bacheliers, «l'envie de découverte» lui a permis de tisser de nouvelles amitiés. Seul ombre au tableau : ses amis de longue date lui reprochent d'avoir «pris la grosse tête» et de ne plus leur accorder assez de temps. Un autre paradoxe se dégage dans le témoignage du jeune homme, qui rapelle que le logement est «le premier des problèmes chez les étudiants». Les chambres privées se louent en effet à plus de 50 000 FCfa aux alentours de l'université.

La vie sur le campus est donc une épreuve quotidienne avec laquelle il faut composer en profitant des riches enseignements humains. D'autant que 80% de ces néo-étudiants ne passeront pas le cap de la première année, selon des chiffres avancés récemment au cours d'une cérémonie par le Recteur Saliou Ndiaye.

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