De retour au Sénégal après avoir enseigné pendant 5 ans aux Etats-Unis, le Dr Alioune Dème, qui enseigne l'Archéologie au département d'Histoire, veut mettre en place un musée qui célébrera la différence entre les races, avec comme prétexte l'Holocauste. Au moment où l'ont s'émeut du phénomène de la « fuite des cerveaux » avec des enseignants sénégalais qui franchissent l'Atlantique et la Méditerranée pour monnayer leurs connaissances, d'autres ont pris le « risque » de faire le chemin inverse afin de « faire quelque chose pour le pays » qui leur a tout donné.
Le Dr Alioune Dème fait partie de cette catégorie. Titulaire d'un Ph.d en archéologie aux Etats-Unis, après avoir fait une partie de son cursus universitaire à l'Ucad, il a donc décidé de revenir, en décembre 2011, au bercail et d'enseigner au département d'Histoire. « Un ami m'a dit : "soit tu es l'homme le plus intelligent du monde, soit tu es le plus grand con du monde" », se souvient-il quand il a fait part de sa volonté de revenir au Sénégal. Mais c'était peu pour le décourager, puisque l'envie d'un retour au pays natal fut beaucoup plus forte que le discours rabat-joie de son ami.
« J'avais envie de rentrer, de faire quelque chose pour mon pays, d'influencer positivement la jeunesse sénégalaise. Dans ma conception de l'enseignement, je me suis mis dans une position de donner des conseils. C'est une chose que je trouve très exaltante, et donc, j'ai décidé de rentrer ».
Aujourd'hui, au département d'Histoire, il donne un cours qui porte sur l'histoire et la science de l'archéologie. « Lorsque je faisais mon Master aux Etats-Unis, parmi les trois mémoires que j'ai présentés, l'un portait sur l'histoire de l'archéologie, l'archéologie comme science. Cela m'a beaucoup façonné. Car c'est à partir de là que j'ai compris la façon dont l'Afrique a été perçue à partir du 17ème siècle. Et cela m'a poussé à m'intéresser à la question de l'Holocauste. En fait, je me suis rendu compte que les deux étaient véritablement liés », souligne Dr Alioune Dème.
Célébrer la différence
Archéologie et Holocauste sont liés en ce sens que c'est à partir des 17ème et 18ème siècles que la première est née grâce, en partie, aux travaux de Darwin sur l'évolution des espèces. Dès lors, certains savants, c'est-à-dire les partisans du darwinisme social, ont pris la théorie de l'évolution et l'ont appliquée à la culture et à l'histoire. Commence alors la propagation de la théorie de la classification des races avec les Noirs placés au bas de l'échelle.
Ce qui fait dire au Dr Dème que si le 17ème siècle est le siècle des Lumières pour l'Europe, par contre, pour l'Afrique, « c'est le siècle sombre, parce que c'est à ce moment-là qu'on a commencé à considérer les Africains comme la race inférieure. Avant cette période, l'Europe considérait l'Afrique de façon très politique ».
Pour lui, si on avait interdit cette « mauvaise science », peut-être qu'on n'aurait pas eu ni le massacre des Hereros en Namibie par les Allemands, ni l'Holocauste, ni le génocide du Rwanda, bref, tous ces massacres qui ont eu pour soubassements des questions d'ordre racial. « C'est en ce sens là que je veux mettre en place ce musée, qui se veut un musée de célébration de la différence, de l'acceptation de l'autre pour éviter certains conflits et massacres », indique-t-il.
Selon lui, « il est nécessaire de comprendre certains faits historiques pour ne pas retomber dans des travers ». C'est le cas, par exemple, de l'Holocauste, mais aussi de certains massacres en Afrique. « L'Afrique a été le laboratoire de certaines expérimentations de l'Allemagne coloniale, c'est notamment le cas des stérilisations et du massacre des Hereros en Namibie. Il faut souligner aussi que le père de Herman Göring, qui a été le bras droit de Hitler, a été gouverneur de la Namibie », rappelle-t-il.
Le Dr Alioune Dème a reçu des soutiens au niveau international pour mettre en place ce musée dédié à l'Holocauste et qui sera le premier du genre en Afrique sub-saharienne. Il attend le feu vert des autorités, surtout du ministère de la Culture, à qui il a déjà envoyé une correspondance. Des démarches ont été entreprises pour que l'un des bâtiments de la Place du souvenir accueille ce musée. Les 50 % des recettes serviront à l'entretien de cette place, souhaite Alioune Dème.
Comments Post a comment