Sénégal: Dakar - Les écoliers entament la saison des petits boulots

Dakar — Avec l'arrivée de l'hivernage et des grandes vacances scolaires, de nombreux jeunes venant des autres régions et des quartiers périphériques de la capitale sénégalaise convergent vers Dakar dans l'espoir de trouver un petit boulot.

Il est 12 heures passées à Sacré-Coeur 1, un quartier résidentiel de Dakar. Une vingtaine de filles ont pris place au pied d'un arbre. Près de là, se trouvent un arrêt bus et une pharmacie.

Les yeux fixés sur les véhicules particuliers qui passent, les filles guettent patiemment l'arrivée d'éventuels employeurs qui seraient prêts à les engager comme domestiques, ou pour d'autres petits boulots.

Sans doute dans le but d'obtenir plus de facilités, elles ont choisi de s'en remettre à l'Association "Chez Samakhé", qui facilite une mise en relation entre elles et les employeurs.

Ici, M. Diallo en est le responsable. Il est présenté comme "le gérant" de ce qui accueille essentiellement des jeunes filles. En réalité, il est l'intermédiaire entre les femmes de chambre et leurs futurs employeurs.

Assis sous un acacia, devant une célèbre école de formation, M. Diallo, la quarantaine bien sonnée, se garde toutefois de se prononcer sur l'association "Chez Samakhé". "Mes supérieurs sont à liberté 6", se contente-t-il de dire.

"Je m'occupe de ce groupe de filles ici à Sacré-Coeur 1, mais le président de notre association se trouve au rond-point de Liberté 6", finit-il par ajouter, avant de nous autoriser à interroger le groupe de filles trouvées sur les lieux.

Mais elles, non plus, ne s'empressent pas de parler. Leur réticence est telle qu'il faut l'intervention de M. Diallo pour que l'une d'entre elle se porte enfin volontaire et accepte de parler.

Originaire de Bambey et âgée de 16 ans, Awa Dione, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, est arrivée à Dakar au mois de juin dernier. Comme la plupart des autres filles, elle aussi est en quête d'un travail en qualité de femme de ménage.

"Je suis arrivée à Dakar il y a un mois et chaque matin, je fais le porte-à-porte pour tenter ma chance. Je suis juste venue ici pour me reposer", confie-t-elle.

Selon elle, M. Diallo a profité de son passage sur les lieux pour lui indiquer que, pour faire partie du groupe de filles soutenues par l'association, il lui faudra fournir une pièce d'identité et un certificat de résidence. Mais le problème, c'est qu'elle dit ne détenir aucune de ces pièces.

Sur ces entrefaites, intervient une autre fille du groupe. "Il est difficile de trouver du boulot en cette période, car toutes les filles se dirigent vers la capitale. Finalement, ça crée un grand désordre. Cela se répercute même sur nos salaires", se lamente cette native de Tivaouane.

"J'avais eu la chance de travailler pour un patron qui était à l'ASECNA. Mais depuis qu'il a été affecté, je n'ai pas encore trouvé un autre poste", raconte-t-elle, visiblement désemparée.

Tout près de là, devant l'étal d'un vendeur de fruits, un véhicule vient de se garer sur la chaussée. Assise à l'intérieur de la voiture, Mme Fall, l'un des occupants, discute avec une autre femme, qu'elle dit être son ancienne bonne.

"J'ai aperçu mon ancienne lingère que j'avais perdue de vue. Je me suis donc arrêtée pour la saluer", déclare-t-elle.

"Pourtant, chaque jour, deux à trois personnes à la recherche de travail sonnent à ma porte. Personnellement, je n'ai aucune confiance en cette méthode", ajoute-t-elle, indiquant que ce sont ses amis qui lui "recommandent des femmes de ménage". "Je pense que c'est plus rassurant", a-t-elle jugé.

Plus loin, près du rond-point de Liberté 6, des hommes et femmes de tous âge sont assis çà et là en petit groupes sous des arbustes à l'abri du soleil.

Celles qui ont des enfants semblent abattues par le jeûne du ramadan et sont couchées sur des nattes. Les hommes, eux, sont allongés à même le sol.

Ici, Samakhé est un nom connu de tous. Pour cause, l'association "Chez Samakhé", créée en 1999, accueille chaque jour une dizaine de demandeurs d'emploi en provenance des régions de l'intérieur du Sénégal et de la banlieue dakaroise.

Le vieux Soriba Samakhé, son président, qui est originaire du Mali, réside à Dakar depuis 1967. Il se dit un amoureux des petits boulots. Un militant même, pourrait-on dire.

"Nous nous occupons des femmes de ménage, des boys, des chauffeurs, des gardiens, des plantons, mais selon des règles strictes", dit-il.

Selon lui, ce sont surtout les nouveaux venus qui causent du souci à son association. Cette situation résulte du fait qu'ils sont souvent sans pièce d'identité et sans tuteur. Il prévient que l'association ne prendra plus le risque d'accueillir ce genre de candidats au travail.

"Autrefois, nous insérions des gens et en retour c'était des problèmes à ne plus finir. Soit, ce sont les clients qui abusent des filles et déménagent sans laisser de trace, soit ce sont les employés mêmes qui commettaient des délits, puis disparaissaient dans la nature", rappelle M. Samakhé.

"Pour être assisté par l'association, la règle c'est est d'avoir une pièce d'identité et un certificat de résidence. C'est dans l'intérêt de l'employé de prouver sa crédibilité. Après avoir obtenu un poste, il ne versera rien en retour sauf s'il en a l'envie en guise reconnaissance", explique-t-il.

Les plus jeunes, qui sont âgés de moins de dix huit ans ou un peu plus et qui ne détiennent pas de pièces d'identité "doivent avoir l'autorisation de leur tuteur" lorsqu'il s'agit de gens venant des régions.

Le vieux Samakhé ajoute qu'en raison de la difficulté à trouver souvent l'hébergement chez un parent, la seule alternative qui s'offre à certains demandeurs d'emploi est de se regrouper pour louer une chambre.

"Vu la cherté de la vie à Dakar, souvent, ces demandeurs d'emploi sans papier se regroupent pour louer une chambre, mais nous ne les prendrons pas. Ils peuvent commettre des gaffes et s'enfuir. Avant, les clients nous convoquaient souvent à la police", rappelle le président de "Chez Samakhé".

Selon lui, "depuis la création" de l'association et l'adoption d'un certain nombre de règles, "il y a eu beaucoup d'amélioration". Les employeurs ont de plus en plus confiance en nous parce que nous leurs fournissons de bons éléments", se réjouit-il.

Outre les pièces d'identité, le salaire peut aussi être un motif de désaccord entre employeurs et demandeurs d'emploi. Comme l'illustre cette scène entre une femme et l'occupant d'un véhicule 4x4.

Pour Michelle Diallo, vice-présidente de "Chez Samakhé", le fait de ne pas disposer de pièce d'identité ne présume en rien de l'honnêteté ou pas des domestiques ou des autres personnes à la recherche d'un travail.

"Ceux qui n'ont pas de pièces sont parfois plus loyaux et crédibles que ceux qui en possèdent, tout est question d'éducation", indique-t-elle.

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