Ai-Cameroun — Interdite par un décret du 26 avril 1923, réprimée par les religions judéo-chrétiennes, l'autopsie traditionnelle ne s'est pas dissoute. Malgré ces différentes répressions, les populations locales ont développé des stratégies leur permettant de maintenir cette pratique.
Ainsi sont-elles passées de l'autopsie publique à l'autopsie sécrète, puis à l'autopsie nocturne. D'une manière générale, ces représailles ont eu un grand impact sur la fréquence de cette pratique. Même certaines chefferies traditionnelles, pourtant gardiennes des us et coutumes, ont collaboré avec l'administration coloniale et le font encore de nos jours dans la répression de l'autopsie qui est une pratique non unanimement appréciée de nos jours. Ceci à cause des controverses qui entourent quelquefois les interprétations des signes et l'intrusion des charlatans et la corruption pour orienter les verdicts.
Et la loi alors ?
Au regard de la loi camerounaise, en dehors du fait qu'on exige d'enterrer un corps avec décence, dans la dignité et le respect, de faire honneur aux défunts, rien n'incrimine expressément l'autopsie traditionnelle. Il est sans doute question d'interpréter la loi et de classer cet acte dans la catégorie de profanation de tombeau et de cadavre.
Aussi, les auteurs de cette pratique, pris en flagrant délit de pratique de la chirurgie médicale, devraient être poursuivis pour exercice illégale de la profession de chirurgien ou de médecin. Mais le plus curieux, c'est qu'en réalité, l'occasion n'est pas donnée au premier venu d'être au courant de ce qui se passe.
Quoi qu'on fasse, l'autopsie traditionnelle a toujours lieu
A moins d'une traîetrise, même la force de l'ordre dépêchée pour empêcher ou pour constater, risque de rentrer bredouille, pourtant l'opération a bel et bien eu lieu. Surtout qu'il s'agit d'un acte pour lequel les familles sont d'accord dès le départ, étant entendu que toute opposition signifie a priori culpabilité. Par conséquent, à défaut de plaignant, l'affaire ne saurait arriver devant les instances judiciaires.
Il est tout aussi vrai que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de plaignants qu'il ne s'agit pas d'une infraction, le ministère public pouvant se saisir d'office, mais sur le terrain, les concernés ont plus d'un tour dans leurs sacs pour mener en bateau ou pour distraire tout curieux suspect. On utilise les termes du genre enterrement dans la stricte intimité familiale qui interdit à tout enquêteur qui s'obstinerait à voir à tout prix ce qu'on ne veut pas lui montrer.
Des ruses pour contourner la situation
Dans la valse des anecdotes, il se raconte que lors des obsèques d'une autorité, les villageois se sont rendus compte qu'il leur serait difficile de faire disparaîetre le corps de l'esplanade des cérémonies pour procéder à quoi que ce soit, compte tenu de la présence des autres autorités qui devaient être présentes. Pour contourner la situation, ils ont creusé une tombe non conforme aux dimensions du cercueil. Ce qui n'a été constaté qu'au moment de la mise sous terre. Les invités ont été ainsi contraints de s'occuper de la collation qui a servi de distraction, et ce prétexte a permis aux chirurgiens traditionnels de faire tranquillement leur travail.
D'une manière générale, contrairement au droit moderne qui pourrait accuser l'autopsie traditionnelle de trouble à l'ordre public, les partisans de cette tradition estiment plutôt qu'elle protège l'ordre public en dépistant les malfaiteurs dans le village. Il y a pourtant eu des cas tragiques où à la suite de l'autopsie, celle-ci a occasionné des épidémies de choléra, etc. Malgré tout cela, l'heure n'est toujours pas au découragement. Comme quoi, les habitudes ont la peau dure.
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