7 Janvier 2009 sur la place de l'Indépendance, vêtu d'un kente, le tissu traditionnel ghanéen, John Atta-Mills, élu président le 28 décembre 2008 lors d'un second round, prêtait serment sur la Bible.
10 août 2012, soit 3 ans après sur la même place de l'Indépendance, le voici dans une bière, pour le long voyage sans retour, emporté le 24 juillet courant par la grande faucheuse. Trois petites années dans la vie d'une Nation, c'est peu, mais ce temps aura suffi à Atta-Mills pour poursuivre l'oeuvre de ses devanciers tels John Rawlings et John Kuffuor.
Les obsèques du «professeur», comme l'appelaient affectueusement ses compatriotes, ont été une occasion pour toute l'Afrique de rendre un hommage mérité à ce grand chef, qui a crapahuté en politique, avec au passage deux échecs à la présidentielle avant de s'installer à l'issue du troisième essai à Osu Castle, le siège de la présidence ghanéenne. Bref, c'est avec émotion que l'Afrique a porté en terre celui qui avait comme modèle l'Osagyefo (Kwamé N'Krumah) et deux autres icônes africaines que sont Mandela et Juluis Nyereré.
A peine le cercueil du «Lawyer, l'homme de loi, était-il descendu dans le caveau que, avant même l'inhumation, les messes basses avaient commencé.
Normal, que ce soit lors d'un événement heureux ou malheureux, un regroupement de dirigeants impose toujours des apartés et des réunions sur des problèmes régionaux ou continentaux ; l'adieu à l'enfant de Tarkwa dans l'ouest du Ghana n'a ainsi pas dérogé à cette règle :
- 11 chefs d'Etat sur les 15 de l'espace CEDEAO étaient à Accra, et le moment n'était peut-être pas indiqué, mais Alassane Ouattara, le président de la CEDEAO, a estimé que le brûlot malien devait s'inviter à ces funérailles.
Dans la foulée donc des échanges, l'instauration imminente des nouvelles institutions de transition et la récupération du Nord, sous l'étreinte des djiadistes fouettards et trucideurs. Et Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat américaine a dû aussi donner de la voix pour que le Mali retrouve la normalité, l'envoi des troupes de la CEDEAO dans ce no man land malien ne pouvant se faire sans logistique extérieure, notamment française et américaine.
- Le tête-à-tête ADO/John Dramani, le président intérimaire, a porté sur deux sujets : le premier est, sans doute, la présidentielle de décembre prochain, à laquelle Dramani sera candidat. Un appui des chefs d'Etat présents, et surtout du puissant voisin ivoirien, n'est jamais de trop. Et sauf surprise de dernière minute, le porte-étendard de fait du Congrès national démocratique (NDC) devrait succéder par les urnes au défunt, car, après l'OPA ratée de Rawlings via son épouse en juillet 2011 sur le NDC, on voit mal comment un autre candidat pourrait valablement défendre les couleurs de ce parti ; encore moins comment la principale formation de l'opposition, le Nouveau parti démocratique (NPD), pourrait, en moins de 6 mois, renverser la vapeur.
- Cet aparté entre le n°1 ivoirien et son homologue intérimaire a porté également sur les exilés ivoiriens. Quelles solutions définitives pour ceux qui ont fui la Côte d'Ivoire après la crise postélectorale et qui rêvent secrètement de renverser ADO, à tout le moins de pourrir son mandat ? Sans doute la prochaine rencontre entre les deux lors de la visite prévue de Dramani à Abidjan permettra d'y voir plus clair.
- Enfin, avec Yamina Benguigui, la ministre déléguée à la Francophonie, le président en exercice de la CEDEAO a dû encore plaider la cause du Congolais Joseph Kabila. Concrètement, comme il l'a fait avec Hollande à l'Elysée, il a dû insister pour que le président français assiste au prochain sommet de la Francophonie à Kinshasa.
C'est donc des obsèques nationales doublées d'intenses activités diplomatiques qui ont eu lieu à Accra ce 10 août.
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