Le Soleil (Dakar)

Sénégal: leçons de la participation sénégalaise

Londres : Les rideaux sont tombés sur les 30e Jeux olympiques de Londres avec des fortunes diverses pour les athlètes sénégalais engagés dans les différentes disciplines sportives. Tout au long de ces 17 journées de compétition, déceptions et surprises ont jalonné le parcours de nos représentants (18 joueurs de l'équipe de football et 14 athlètes dans les épreuves individuelles).

Mais il faut dire que Pékin 2008 a été différent de Londres 2012. D'abord par le nombre de disciplines qualifiées où Pékin avait enregistré 7 sports et 16 athlètes, là où Londres en avait 8 et 14 athlètes, plus les 18 footballeurs. Ensuite par les résultats acquis à Londres. Nos athlètes ont fait mieux grâce aux nouveaux venus dans le cercle des olympiens. Les anciens, quant à eux, ont tout simplement déçu.

Que faut-il tirer de la participation des Sénégalais à Londres 2012 ? Sinon qu'on devrait arriver maintenant à franchir un pallier parce que souvent nos athlètes viennent pour faire un tour et partir. Dans cette grisaille participative, seul le football, avec une place de ¼ de finaliste, l'athlétisme en ½ finale aux 400 m/haies hommes, la lutte libre féminine en finale de bronze, l'escrime masculin avec l'épée au 2e tour et le canoe kayak en ½ finale des 1.000 m, ont pu tirer un tant soit peu leur épingle du jeu. Sinon pour les autres, rien.

Une situation qui a attiré l'attention du directeur technique national de judo, Me Alassane Thioub, qui ne comprenait pas que les Sénégalais soient éliminés à chaque fois au premier tour. Ce que Me Thioub ne comprenait pas des athlètes sénégalais, c'est leur montée quand ils vont aux JO. « Jusqu'au moment de la qualification, leurs têtes sont bien faites. Mais après, ils ne sont plus bien. C'est dire qu'entre la qualification et la participation il y a un grand écart. Ça c'est quelque chose qui étonne. Peut-être que c'est le niveau qui fait que les athlètes sénégalais n'arrivent pas à appréhender cette compétition », avait-il dit récemment dans un entretien. Et pourtant, tout ce qui devait être fait, est fait, avait renchéri de son côté El Hadj Amadou Dia Bâ, le seul médaillé olympique sénégalais.

L'Etat et le Cnoss

A preuve pour motiver ses athlètes et sur un budget de participation aux JO de 400 millions de FCfa, l'Etat a débloqué plus de 100 millions en primes de qualification, de préparation et de participation composé comme suit : 39.955.000 frs en appui à un groupe d'athlètes ciblés par les différents directeurs techniques nationaux, pour la recherche de la qualification ; 58.517.194 frs pour assurer une bonne préparation aux 32 athlètes dont l'équipe de football et enfin 1.500.000 frs en guise de primes de participation par athlète. En tout cas, pour ces Jeux, l'Etat et le Cnoss ont fait ce qu'ils devaient faire. Les athlètes qualifiés ou en cours de qualification ont été suivis durant tout leur parcours menant à Londres 2012 grâce au soutien du Cnoss par le biais de la Solidarité olympique.

Qualification et participation

Les athlètes ciblés ont bénéficié de bourses de la Solidarité olympique et l'Etat a joué pleinement sa partition dans la participation de nos représentants. Mais à l'arrivée, c'est toujours le même désenchantement. Et pour se donner bonne conscience, des athlètes n'ont d'autres alibis que le manque de préparation ou de préparation au rabais. Pourtant, en partant, certains d'entre eux parlent de ½ finales, d'autres de record personnel à battre, mettant au frigo les alibis en attendant l'échec. Et à la lecture de la participation de nos athlètes, se pose la question pointue de la qualification de ceux-ci. Pourquoi ne pas exiger les minimas A à la place des minimas B ? Parce que beaucoup d'entre ces athlètes étaient à Londres sans être champion d'Afrique. Et comme l'a souligné El Hadj Amadou Dia Bâ, si on ne peut pas être champion d'Afrique, on ne peut pas aller aux JO et prétendre à une médaille olympique ! Et des pays mieux lotis que nous en matière sportive ont recalé leur athlète qualifié parce que sachant que celui-ci ne ferait rien de bon aux JO. Les exemples de l'Afrique du Sud et de l'Egypte sont là encore vivaces dans les esprits.

Une situation qu'El Hadj Amadou Dia Bâ condamne en soulignant que les athlètes sénégalais doivent cesser d'indexer tout le temps l'Etat quand ils passent à côté. A son avis, l'Etat a tout mis à la disposition du sport, et que ce sont les athlètes qui doivent maintenant être à la hauteur des attentes placées en eux. « Ils ont l'habitude de demander des moyens à l'approche des grands événements, on leur en donne. Mais ils ne font rien alors qu'ils doivent réaliser quelque chose car l'argent qu'on leur donne est celui du contribuable. Donc le Sénégal n'est pas resté les bras croisés à regarder les athlètes comme ça. En tout cas, ce que ces athlètes ont reçu, moi je ne l'ai jamais reçu en tant qu'athlète », a-t-il pesté.

Les satisfactions : Le football, Isabelle, Kassé, Bouzaïd et Ndiatté

Sur les 8 disciplines sénégalaises ayant participé aux JO de Londres 2012, cinq ont émergé du lot. Elles n'ont pas décroché de médaille, donc elles n'ont pas été en finale, mais quand même on ne les attendait pas à ce niveau-là du fait de leur statut de nouveaux arrivants. C'est le football qui a réussi à tenir en échec le pays organisateur, la Grande-Bretagne, puis qui a battu un des ogres du tournoi, l'Uruguay en jouant à dix, avant de faire match nul avec les Emirats arabes unis et se qualifier en ¼ de finale. Et à ce stade de la compétition, tout était possible pour les gosses de Karim Séga Diouf et Aliou Cissé. Et, ils ont failli passer le cap de ces ¼ de finale s'ils n'avaient pas fait preuve d'erreurs criardes devant le Mexique, futur vainqueur du tournoi devant le Brésil. Menés par deux buts à zéro durant un peu plus de soixante minutes de jeu, Moussa Konaté et ses camarades étaient parvenus à faire la jonction en l'espace seulement de 7 minutes. Mais après, ce fut le contrecoup dans les prolongations où sur deux grossières erreurs défensives, tout bascula.

Et la fin d'une belle aventure avec. Néanmoins pour une première, le football olympique sénégalais avait attiré les regards sur lui. La lutte libre également a raté de peu la médaille de bronze si Isabelle Sambou n'avait pas hérité du maudit tirage par deux fois. Après avoir sorti l'ivoirienne Benie Tanoh, elle rencontrait la japonaise Hitomi Obara, future vainqueur de la catégorie, qui l'éliminait en ¼ de finale. Repêchée pour les combats de barrages pour la finale de bronze, elle sera opposée à la canadienne Huynh Carol. Un combat âpre qui ne conna&icircetra pas de vainqueur. Les deux athlètes ont alors recouru au tirage au sort des boules ; et chaque fois, c'était la bleue (couleur de la canadienne) qui sortait. Un avantage que ne laissera pas passer la canadienne pour se saisir de la jambe d'isabelle (comme le prévoit le règlement en cas de tirage gagnant) pour la basculer au sol.

C'est ainsi qu'Isabelle a perdu la médaille de bronze qui aurait fait d'elle, la deuxième athlète sénégalaise médaillée des JO après Dia Bâ. Un autre athlète sénégalais, Mamadou Kassé Hanne, réussira d'abord à se qualifier pour les ½ finales du 400 m/haies en se classant 3e de sa série avant de battre son record personnel (48'89) en le portant à 48'80. Pour un jeune athlète qui n'avait pas couru un an durant pour raison de maladie et qui revient à la compétition pour réussir cet exploit, il faut être vraiment costaud. A l'image de ses prédécesseurs, l'épéiste Alexandre Bouzaïd a lui aussi réussi le tour de force de se défaire de son adversaire polonais Zawrotniak Radoslaw au premier tour avant de tomber les armes à la main face à l'italien Paolo Pizzo en ¼ de finale. Enfin, le cayakiste Ndiatté Guèye aussi s'est bien tiré d'affaire en se qualifiant deux fois en ½ finales aux 1.000m monoplace et 200 m monoplace de sa série.

Les déceptions : Ndiss Kaba, Malick Fall, Hortense et Bineta Diédhiou

Ils sont quatre anciens dans le groupe Sénégal, totalisant chacun au moins deux olympiades. Aucun d'eux n'a pu franchir le premier tour. Parce qu'ils ont à leur actif au moins deux olympiades et ne pouvaient donc pas avoir l'excuse de l'inexpérience. Mais, ils ont tout simplement déçu. A commencer par Malick Fall (natation) qui détient le record de participation (4) et qui n'a pu franchir le cap des séries. Idem pour Ndiss Kaba Badji qui, pour avoir disputé la finale de sa spécialité (longueur) à Pékin en 2008, n'a pas pu faire plus à Londres 2012, sinon une piètre élimination dès la première série. Son objectif d'aller en finale ne sera pas donc atteint puisqu'il ne franchira même pas le premier tour avec ses 7,64 m.

C'est la grosse déception de ces Jeux dans le camp sénégalais. Ensuite, Hortense Diédhiou, la porte-drapeau de la délégation sénégalaise, emportée par sa fougue, a tout simplement fait le jeu de son adversaire l'autrichienne Sabrina Filmoser en cinq minutes de combat. Enfin, Bineta Diédhiou, qui avait franchi un tour à Pékin en battant la vietnamienne et 9e mondiale, Nguyen Thi Hoaï Thu. La championne sénégalaise de taekwondo n'aurait même pas dû monter sur le tapis à cause d'une forte fièvre qui l'avait clouée au lit pendant des jours. Elle a quand même tenu à compétir et est sortie après quelques minutes de combat dans le premier round face à la finlandaise Mikkonen Suivi. Que dire d'Amy Mbacké Thiam ? Sinon qu'elle-même avait avoué n'être pas venue à Londres pour chercher une médaille. L'ancienne championne du monde 2001 du 400 m a annoncé que ces Jeux seront ses derniers car elle n'avait plus l'âge pour ce genre de compétition.

Et les autres

A côtés de ces déceptions-là, il y en a d'autres et des pas moindres qui sont repartis comme ils étaient venus. Ndèye Fatou Soumah (200 m), Amy Sène (marteau), Moussa Dembélé (110 m/haies), Marième Faye (natation) et Malal Ndiaye (lutte libre) qui ont tous été recalés dès le premier tour. A leur décharge, on peut dire qu'ils en étaient à leurs premiers Jeux, mais cela n'est pas suffisant comme excuse.

Moussa Konaté, 2e meilleur buteur derrière le Brésilien Damiao

Pendant toute la durée du tournoi de football, et face aux questions de la presse, Moussa Konaté (19 ans) ne cessait de répéter qu'il n'était mu que par la victoire de l'équipe du Sénégal. Son intention n'était pas de devenir meilleur buteur malgré les balles qu'il plantait à chaque victoire sénégalaise. Mais par la force des choses, et de meilleur buteur du tournoi avant terme, il fut le deuxième derrière le brésilien Léandro Damiao (23 ans) à la fin de la compétition.

Et pourtant jusqu'à l'élimination des « Lions » espoirs, contre le Mexique, le 4 août, le sociétaire de Maccabi Tel Aviv (Israël) trônait en tête du classement des buteurs avec 5 buts devant le brésilien Damiao (4). Il ne sera dépassé que lors de la demi-finale remportée par le Brésil devant la Corée du Sud (3-0), le 7 août dernier, au cours de laquelle Léandro marqua deux buts pour pouvoir dépasser le jeune sénégalais. N'empêche, c'est une fierté pour le jeune footballeur sénégalais et un honneur pour son pays de voir un de ses joueurs figurer en deuxième position du classement des meilleurs buteurs du tournoi de football olympique.

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