Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Gouvernance des ressources minérales - La société civile se dresse contre l'opacité dans le secteur

Pour une répartition plus équitable des revenus générés par l'exploitation des ressources naturelles, les organisations de la société civile veulent combattre le manque de transparence dans ce secteur. Après l'annonce des nouvelles autorités de l'adhésion du pays à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), elle a commencé à s'outiller pour accélérer ce processus.

Le Sénégal regorge de ressources minérales qui suscitent des compétitions aussi bien entre les nationaux qu'entre eux et les étrangers. L'Etat et les populations, qui vivent dans les zones où se trouvent ces richesses naturelles, sont souvent les grands perdants de leurs exploitations. Pour inverser cette tendance, l'Etat, qui a déjà annoncé, le 2 février dernier, son intention d'adhérer à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), pousse les autres composantes de cette commission tripartie à s'outiller. Maillon essentiel de ce processus, la société civile est en train de s'organiser pour réfléchir sur les moyens de réguler ce secteur et de renforcer la transparence qui constitue son goulot. Une coalition nationale d'organisations de la société civile sur la gouvernance des ressources minérales a organisé, avant-hier, un atelier portant sur la formulation de la contribution de ces organisations dans le processus d'adhésion du Sénégal à l'Itie.

Laquelle vise à améliorer la transparence des revenus versés par les entreprises pétrolières, minières et gazières aux gouvernements. Ce, à travers la publication et la vérification de tous les paiements effectués par les entreprises ou compagnies extractives et de toutes les recettes publiques provenant de l'exploitation de ces ressources. Sa mission est ainsi d'améliorer la transparence et la traçabilité des revenus générés par ces industries et d'en faire des outils favorables à la réduction de la pauvreté et à la stimulation de la croissance économique. «Il faut qu'on voie tout le flux financier qui entre et qui sort, qu'on voie les mécanismes de gestion de ces flux financiers», dit Ibrahima Sorry Diallo, Coordonnateur national de cette coalition de la société civile dont les processus Itie ne peuvent être crédibles sans son implication effective. «Si les règles et exigences de l'Itie sont respectées, cela pourraitt garantir la transparence dans la gestion des ressources nationales», promet Diallo. Qui estime que les principes clés de la transparence ne sont pas mis en place. Car, dit-il, il n'y a pas une grande différence entre 2003 et maintenant par rapport aux flux des ressources qui sont retirées des différentes zones minières du pays.

Cette adhésion du Sénégal à l'Itie a tardé à se faire, selon le président de la Rencontre africaine des droits de l'homme (Raddho), Alioune Tine. Ayant déjà un code minier, il soutient qu'on aurait dû dépasser cette phase depuis longtemps. Si le Sénégal en est encore à ce stade, confie-t-il, c'est parce que d'anciens ministres des Mines ont toujours opposé une résistance farouche. «Quand on examine ce qui s'est passé, ces dernières années, dans l'exploitation de l'or et des phosphates, on est ahurie. Il faut tourner cette page de l'opacité et de la patrimonialisation des ressources. Il faut nous organiser pour voir comment gérer ces ressources au profit de nos populations», soutient Tine. Qui pense que l'Afrique n'est pas pauvre en ressources minières.

Mais, que les populations n'en profitent pas. «Ce sont, soit sont les étrangers, soit des familles, parce qu'il y a la patrimonialisation des ressources, qui en jouissent. C'est ce qui a créé la situation au Nord Mali où il y a l'or, le pétrole, l'uranium. La convoitise de ces ressources n'est pas étrangère à l'envahissement de cette partie du pays», poursuit-il. Le secteur minier au Sénégal est en développement croissant, selon la société civile. Les potentialités minières révélées par les études ont suscité l'intérêt de nombreuses sociétés d'exploitation surtout de l'or où plus de 20 permis ont été délivrés. A ce potentiel aurifère, il faut ajouter l'importante réserve des phosphates de Matam, du sable titanifère et des carrières de Thiès.

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