Le gouvernement va débloquer 500 millions FCFA très immédiatement, pour venir au secours des populations sinistrées des zones inondées.
A l'évidence l'annonce du ministre de l'Intérieur ne peut concerner que Dakar et probablement une infime minorité de gens de la région. Ce sera le début de mesures ponctuelles parfois tellement localisées qu'elles seront appelées à être reconduites si souvent qu'elles finiront par engloutir des sommes largement au-dessus de la première enveloppe.
Le résultat n'en sera guère éloigné de celui obtenu au lendemain des grandes inondations de 2005. Le Président Abdoulaye Wade saisit le prétexte du besoin de faire face aux urgences pour décréter le report de la présidentielle, de 2006 à l'année suivante. Le budget annoncé de l'élection s'élevait alors à 50 milliards CFA.
Quelques mois après l'annonce de la très controversée décision du Chef de l'Etat, les autorités mettaient en oeuvre un projet toujours objet de controverse. Jaxaay était conçu pour permettre le recasement de populations des zones inondées du département de Pikine.
Plus de 5 ans après, il y a encore des raisons de s'interroger sur l'opportunité qu'il y avait à reporter une élection, à rediriger un budget de plusieurs dizaines de milliards vers un objectif aussi important que la lutte contre les inondations, mais avec des effets si modestes sur l'ensemble de la problématique des inondations en banlieue et hors de Dakar.
Mais loin du débat politicien, il y a besoin de reconsidérer notre politique d'urbanisation. Le rattrapage devenu la règle pour la restructuration de quartiers spontanés a atteint ses limites.
Il est évident qu'il est de plus en difficile, pour toutes les grandes agglomérations du pays, de faire observer la règle normative qui voudrait que le géomètre précède l'habitant. Autrement dit, éviter une occupation anarchique de l'espace.
Mais comment espérer une telle norme lorsque même les espaces préalablement bien aménagés sont vite squattés par des activités parasites sans rapport avec le cadre ? Le combat titanesque contre l'occupation anarchique de l'espace urbain à Dakar se heurte à l'imprévoyance des différents gouvernements qui se sont succédé depuis la décennie de la grande sécheresse des années 70.
C'est donc cette spirale de décaissements annuels que les nouvelles autorités voudraient arrêter. Le ministre de l'Assainissement en visite dans des zones inondées en a donné l'assurance. Pour Oumar Guèye, «il n'est plus question de poursuivre» dans la direction empruntée jusqu'ici.
La solution passerait par une action de grande envergure. Côté budget, le ministre annonce 450 milliards de FCFA. On présume que la solution n'a pas été sortie comme par magie, de la manche du ministre.
C'est donc que le gouvernement n'aurait pas attendu la tombée des pluies pour réfléchir aux moyens de faire face. On peut considérer que les techniciens ont beaucoup appris des dernières années.
Surtout des échecs et succès de leurs propres programmes. De la déclaration de Oumar Guèye au terme de sa visite, on retient que l'Etat va poursuivre la politique des bassins pour recevoir les eaux à drainer des zones inondables.
Ce qui fait penser que, de «sources de tous les maux», ainsi qu'elles en étaient accusées, jusqu'à l'hivernage dernier, ces infrastructures commenceraient à s'imposer comme alternative, quoiqu'à très court terme. Cela pose la question de l'excès de politisation d'une situation qui transcende les clivages pour impacter le quotidien des populations de toutes les zones sensibles, partout dans le pays.
Etat comme populations sont responsables du mal. Il est dès lors injuste d'accuser un gouvernement d'incompétent, simplement parce qu'il n'aura pas réussi, en quelques années, à résoudre un problème vieux de plusieurs décennies, qui exige de lourdes dépenses et des mesures hardies dont certaines aussi impopulaires qu'incontournables.
Les nouvelles autorités viennent à peine de prendre le dossier en mai, même si Macky Sall était à la tête du gouvernement quand Me Abdoulaye Wade décidait de reporter l'élection présidentielle pour «financer la lutte contre les inondations». Ses ministres et lui avaient appliqué ce qu'ils pensaient être juste dans le contexte de l'époque.
Si les techniciens sont toujours en activités et l'administration restée la même, soit on risque de reconduire les mêmes erreurs qu'avant, soit on considère que la politique mise en oeuvre était appropriée et on continue sans avoir de besoin de rester bloqué sur le rétroviseur.
Presqu'un demi milliard de FCFA, cela peut paraître démesuré. Mais vu sous l'angle des nécessaires déplacements de populations, c'est à peine suffisant. Une des limites du plan Jaxaay a consisté en des recasements non accompagnés de la réalisation d'infrastructures de transport.
Il est vrai que le tracé de l'autoroute à péage passe pas loin, mais sa réalisation n'était encore qu'au stade des « idées de Wade », sans acte visible. Ainsi, son enclavement a rendu le site de Jaxaay peu attractif et des familles bénéficiaires ont préféré revendre la maison acquise dans le cadre du projet.
En outre, il y aura besoin de négocier avec des arguments sonnants pour convaincre des exploitants agricoles depuis longtemps installés sur leurs terres. Les dédommagements qu'appelleront les actions de recasement pourraient être suffisamment importants pour justifier que le contribuable soit encore sollicité.
Si les terres de la région de Dakar ne suffisent pas pour créer une autre ville (ce sera quasiment le cas pour déplacer la moitié du département de Pikine et des quartiers spontanés de Dakar), les pouvoirs publics seront bien obligés de s'adresser à d'autres collectivités d'autres régions.
Mais là, les succès des actions de revendications autour du sol constitueront un obstacle non négligeable. Il faudra alors d'intenses campagnes de communication et une très bonne approche politique. Sinon... Fanaye ba naaw*.
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