L'inquiétude s'affiche dans le tourisme. Herbert Couacaud, directeur de Beachcomber, n'a pas caché son pessimisme dans un éditorial de Beachnews. Les hôteliers ont raison de faire grise mine compte tenu des chiffres. La croissance des arrivées ne comble pas la croissance du parc hôtelier, la desserte aérienne est insuffisante et les compagnies pratiqueraient des tarifs exorbitants.
La stagnation préfigure-t-elle la baisse? La concurrence, elle, affûte ses armes, joue de ses charmes indéniables. Maurice, elle, table sur ses plus beaux atours alors que, comme des pustules qui finissent par former des plaques, le béton gagne son visage.
Le paysage est la vitrine qu'on offre. Triste vitrine. Ils sont nombreux, pourtant, à revenir régulièrement à Maurice. Mais dans cette foule de repeaters aussi, l'inquiétude et la déception se font entendre. Dans l'express de mercredi, une habituée de Cap-Malheureux, Claude de Pitray, s'est émue à juste titre de la destruction annoncée de la vieille boutique du village.
C'est un lieu de rencontre, d'échanges, un patrimoine architectural et mémoriel qui aurait déjà un pied dans la tombe. Ce petit village côtier connu pour son église au toit rouge porte bien son nom. Il est bien malheureux que « l'indolence » du lieu s'efface petit à petit. N'a-t-on rien retenu des erreurs passées à Flic-en-Flac ou Grand-Baie ? Les zones marécageuses y ont été comblées, rongées petit à petit par une insoutenable demande mercantile et outrancière. Résultat : paysage défiguré, risques naturels accrus, voire exclusion de facto des moins favorisés.
Autre sujet d'inquiétude pour le tourisme et plus encore pour l'ensemble du pays, l'identité. C'est immatériel et pourtant si essentiel. L'accueil légendaire, le sens de la solidarité, ce dépaysement insulaire entre Afrique, Asie et Europe si original. Tout cela se dilue, se folklorise, se dénature.
Samedi dernier, le vol EK3703 en provenance de Dubaï atterrit sur le tarmac de Plaisance. Parmi les passagers, des touristes et des Mauriciens. Tous, contents d'être enfin arrivés, sont exténués. Le premier accueil fait mentir la légende. L'hospitalité, c'est à la sortie qu'on la trouvera, et encore ! Mine morne, regard presque inquisiteur, parole rare mais péremptoire, politesse toute relative si ce n'est absente, les officiers de l'immigration et de l'Adsu qui campent debout en retrait n'ont rien d'engageant. Bienvenue à l'île paradis, au pays du plaisir...
Une fois ces premières formalités accomplies, passage au comptoir des services sanitaires. Rapide, simple, efficace, et un peu plus souriant. Ça s'arrange. Ne reste plus qu'à récupérer les bagages pour enfin goûter au paradis. Un avant-goût est offert juste avant d'accéder au tapis roulant. Mur de cinq mètres de haut, orné de pierres volcaniques sur lesquelles ruisselle de l'eau. C'est un tableau de la luxuriance tropicale: palmiers, anthuriums, orchidées, fougères, même quelques oiseaux. Tout est en plastique.
Le paradis qu'on vend à nos visiteurs est-il en toc ? S'ils le pensaient, l'erreur n'aurait pas été grossière. Car en plus, au lieu de vanter les charmes du pays ou les sites incontournables sur les affiches en 4x3 (comme cela se fait presque partout ailleurs), on invite le visiteur à investir dans des IRS ou à faire du business. Destination vacances, dites-vous ? Le paradis s'achète, c'est tout. Cash, money, argent. L'identité, l'hospitalité, le paysage, tout s'achète, se négocie, se triture si besoin.
Heureusement, vient enfin la délivrance. L'air est doux et tiède. Les premiers cocotiers habillent d'exotisme le parking. Et les premiers Mauriciens sont là. Raté. Premières empoignades, premières négociations pour ne pas dire arnaques. Les taxis hèlent les voyageurs, les tarifs sont exagérés, les discussions parfois âpres. Les plus chanceux sont accueillis par un réceptif et s'engouffrent dans une voiture de maître ou un car. L'inquiétude du secteur ne concerne pas que les arrivées touristiques, la concurrence ou le taux de remplissage des hôtels. C'est bien plus grave.
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