Fratmat.info (Abidjan)

Cote d'Ivoire: SITARAIL, port d'Abidjan, bus électriques... - Lionnel Labarre dévoile les ambitions du groupe Bolloré

Le directeur régional de bollore africa logistic fait le point sur les activités de son groupe en côte d'ivoire. Il ne manque pas d'aborder les opportunités.

Comment se porte Sitarail ?

Sitarail, c'est à peu près 80 mille tonnes de fret par mois. La compagnie tient à se développer. Elle vient d'acquérir 100 wagons dont 50 vont arriver à la fin du mois d'août et les autres, un mois ou deux plus tard. Sitarail entend fonctionner et faire encore davantage de fret.

Depuis plusieurs mois, la société est en renégociation de la convention avec les deux Etats (Côte d'Ivoire et Burkina Faso). Le sujet a d'ailleurs été abordé, il y a quelques mois, lors du Conseil des ministres conjoint à Yamoussoukro. Normalement, à l'issue de cette relecture de la convention, un certain montant devra être réuni par les deux Etats et un autre montant apporté par le concessionnaire sur les dix prochaines années en termes d'investissement. Cela permettra de pouvoir conserver cet outil et de l'améliorer.

A combien s'élèvent les investissements et quelle est la part à payer par chacune des parties ?

Les investissements sont de l'ordre de 155 milliards de francs Cfa. Sitarail doit débourser 60 milliards de francs Cfa dans les moyens de transport des marchandises. Et les deux Etats prennent en charge 78 milliards de francs Cfa à investir dans les infrastructures. Ceux-ci devront aussi investir 17 milliards de francs dans le transport des passagers.

Il convient de signaler que depuis l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative Ppte, il y a une volonté de la part de la Côte d'Ivoire de débloquer 5 milliards de francs pour la sécurité de la voie ferrée.

On annonce aussi des travaux de rénovation de gares...

Il s'agit de la gare de Treichville. Nous voulons la moderniser. Nous avons commis un architecte pour ça. Les travaux devraient débuter sous peu. La gare réhabilitée sera inaugurée au mois de janvier 2013.

Cela va vous revenir à combien ?

Nous n'avons pas encore évalué le budget. Nous attendons de la part de l'architecte des indications précises.

L'une des grandes préoccupations de Sitarail, c'est la lourde dette qui pèse sur ses épaules. Quel est, aujourd'hui, le schéma que les Etats et le concessionnaire ont mis en place pour régler ce problème ?

Pour l'instant, je ne peux pas répondre à cette question parce que c'est à l'aboutissement des négociations que nous saurons comment elle sera traitée.

Au niveau du transport maritime dans lequel votre groupe est très présent, il y a environ un an, Dominique Lafont disait que le groupe était très intéressé de compétitionner dans le cadre d'un autre projet de concession de terminal à conteneurs. Quelle est la suite de cette velléité ?

Le groupe Bolloré représente à peu près 3500 travailleurs. Nous avons traversé tous les mauvais moments en essayant d'accompagner la croissance en Côte d'Ivoire. Nous comptons répondre présent encore longtemps. Et chaque fois qu'il y aura des opportunités d'appel à manifestation d'intérêt comme c'est le cas actuellement avec le deuxième terminal à conteneurs d'Abidjan, nous répondrons. Nous l'avons prouvé, puisque nous faisons partie des groupes qui ont répondu à l'appel à manifestation lancé par la direction générale du Port autonome d'Abidjan. Notre chef de file pour cette opération est APM Terminal. Le groupe Bolloré n'est donc pas chef de file.

Pour l'instant, le groupe Bolloré gère le seul terminal à conteneurs qui existe dans le pays. Il s'agit de Setv. Quel bilan en faites-vous après la grave crise post-électorale ?

Ce qui est intéressant, c'est que nous sommes à la porte d'entrée et de sortie des marchandises. Nous sommes effectivement un des baromètres importants qui permettent de mesurer la santé économique du pays. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Je vais surtout comparer les années qui sont comparables.

C'est-à-dire 2010 à 2012 dans la mesure où 2011 n'est pas une année de référence. Pour mesurer la santé de la Côte d'Ivoire, il faut le faire à travers l'import. En 2010, pour les six premiers mois, il y a eu 60 mille Teu (équivalent 20 pieds) de conteneurs importés. Et en 2012, il y en a eu 72 760 Teu. C'est-à-dire une augmentation de 21% de l'importation de produits conteneurisés. Cela prouve que la Côte d'Ivoire renoue, après la crise, avec la bonne santé économique qu'elle avait avant. Et même mieux.

A l'export, nous sommes pratiquement stables. Puisqu'en 2010, nous avions 83700 Teu (équivalent 20 pieds) pour les six premiers mois. Et cette année, nous en avons pour 84500 à la même période. Nous espérons d'ailleurs que la fin de l'année sera beaucoup plus dynamique grâce à l'atteinte du point d'achèvement Ppte, à une bonne campagne cacao et à une bonne campagne du coton en Côte d'Ivoire, au Mali et au Burkina Faso.

Pourquoi toujours ce pari sur la Côte d'Ivoire, un pays qui a traversé dix années de crise ?

Parce que malgré la crise, la Côte d'Ivoire est restée la locomotive économique de l'Afrique de l'ouest. Je l'ai dit en début d'entretien, la Côte d'Ivoire est un grand pays exportateur. Elle a des de solides infrastructures. Elle a su passer la période difficile. Je crois que cela est important à souligner.

Revenons au terminal de Setv. Quel est aujourd'hui, le bilan en termes d'investissement ?

Tous les investissements qui étaient en cours ont été repris immédiatement après la crise, dès septembre 2011. Nous avions prévu de renforcer les deux murs des quais 21 et 22 et de les doter de 800 mètres de rails grâce à une enveloppe de 7 millions d'euros (près de 4,5 milliards de francs Cfa). Ce travail vient de s'achever. Les travaux ont été réceptionnés, fin juin. Nous avons commandé deux portiques qui arriveront en mai 2013 pour un montant de 12 millions d'euros (plus de 7,5 milliards de francs Cfa). Il y a aussi des investissements courants qui s'élèvent à environ 7 ou 8 millions d'euros en 2012.

Je voudrais dire que par rapport à l'appel à manifestation d'intérêt lancé par la direction général du Port autonome d'Abidjan pour un deuxième terminal, nous nous déclarons clairement en faveur de la concurrence. Pour nous, cela est dynamique. Et nous n'arrêterons pas d'investir sur le terminal dont nous avons la gestion.

Y a-t-il vraiment de la place pour deux terminaux à conteneurs ?

Je pense que si la Côte d'Ivoire poursuit son développement et atteint les prévisions de croissance soutenue annoncés par le ministère de l'Economie et des Finances et les bailleurs de fonds, à savoir, entre 8 et 10% en 2013 et qu'elle entre dans le cercle des pays émergents dans les prochaines années, il est évident qu'il faut penser à la création d'un nouveau terminal à conteneurs.

Pensez-vous que la croissance des économies des pays de l'hinterland sera à la hauteur de tous ces investissements qui sont annoncés au Port d'Abidjan ?

Il est difficile de dire ce qui va se passer au Mali à cause de la crise politique. Mais quand on regarde l'évolution du Burkina Faso qui s'est beaucoup développé grâce à son coton et maintenant avec ses nombreuses mines d'or, on se dit que ce pays poursuivra sur sa lancée. Il faut donc une structure portuaire digne de ce nom comme le Port d'Abidjan qui puisse être sa porte maritime.

Abidjan n'est, pourtant, pas le seul port dans la zone... ?

Abidjan n'est pas le seul port. Les autres se développent aussi. Mais comme je l'ai dit tantôt, Abidjan a les infrastructures portuaires qui sont à tout à fait à la hauteur. Il faut des magasins pour exporter. Et puis, le corridor naturel du Burkina Faso, c'est le Port d'Abidjan.

Il est souvent question pour des structures comme la vôtre de mettre en place des plateformes logistiques au nord pour faciliter le trafic des marchandises de ces pays par les ports ivoiriens. Cela est-il dans vos projets?

C'est déjà en partie fait. Puisque nous avons une plateforme logistique à Ferké qui fonctionne. Nous avons une autre à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) qui fonctionne en partenariat avec une structure de la Chambre de commerce burkinabé et d'autres entités. A Ouagadougou, nous en avons aussi. Revenons à Abidjan.

Le groupe Bolloré serait intéressé par le transport urbain par autobus. Qu'en est-il ?

Il ne s'agit pas exactement de cela. Dans une conversation entre le Président de la République et le président du groupe, il a été évoqué des bus électriques. Faut-il le savoir, le groupe Bolloré fabrique maintenant des batteries électriques qui équipent déjà des voitures à Paris. La firme s'est aussi lancée dans un partenariat avec un constructeur de carrosseries de bus dont des bus électriques.

L'idée, en fait, est de faire venir des bus électriques en Côte d'Ivoire. Et trouver un emplacement pour les faire tourner afin de voir comment ça fonctionne. Le projet reste encore à peaufiner avec le gouvernement. Même si d'ores et déjà, on pense à les mettre dès la rentrée prochaine à l'Université de Cocody. Les bus seront là dès octobre.

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