Le Pays (Ouagadougou)

Mali: Concertation nationale - Eviter la foire d'empoigne

Photo: Présidence du Burkina-Faso
Une délégation du groupe islamiste Ansar Dinereçue par le Président Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne.

Au Mali, l'actualité est dominée par le nouveau gouvernement d'union nationale. A Bamako, la capitale, chacun y va de son commentaire, de ses analyses, de sa joie ou de sa déception par rapport à ce gouvernement dont la première priorité est la libération du Nord occupé par des terroristes, des trafiquants et des prétendus islamistes.

Bien que se voulant le plus inclusif possible, le nouveau gouvernement n'a pas pu intégrer tout le monde, toutes les sensibilités. Alors, des voix s'élèvent pour dénoncer l'absence de tel bord politique, de telle région si ce n'est d'une ethnie. A entendre certaines réactions, on se croirait dans une situation normale où, après une élection, on procède à une redistribution des cartes pour tenir compte de la nouvelle donne politique. Or, au Mali, on n'est pas dans ce cas de figure. Malheureusement, certaines personnes - politiques comme membres de la société civile - oublient même que le pays traverse une crise.

Cette situation anormale est à l'origine de la prochaine tenue d'une concertation nationale à une date non encore arrêtée. Le temps que le comité technique chargé d'élaborer les termes de référence de ces assises nationales, mis en place le 15 août dernier par le Premier ministre, rende son travail. Mais en attendant, on peut tout de même s'interroger sur l'opportunité d'un tel forum après la formation du gouvernement d'union nationale. Pour rappel, l'organisation d'une concertation nationale avant la formation d'un nouveau gouvernement avait été exigée par les pro-putschistes. Le premier responsable du parti politique SADI (Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance), Dr Omar Mariko en avait fait la demande au lendemain du discours à la Nation, le 29 juillet dernier, du président intérimaire, Dioncounda Traoré, après son retour au pays.

Le député Mariko voulait que les propositions faites dans le discours, notamment la création d'institutions ad hoc, soient versées dans un débat général et ne pas être entérinées par celui qu'il ne reconnaît pas comme le président de la transition depuis la fin de l'intérim après le délai constitutionnel de 40 jours. La demande même était devenue une condition sine qua non à la participation au nouveau gouvernement. Toute chose qui a, sans doute, amené le président intérimaire à faire des concessions au cours de ses consultations pour la tenue de la fameuse concertation après la formation du gouvernement. C'est sur ce modus vivendi que se sont donc entendus partisans et adversaires de la concertation nationale.

A un moment donné, on avait même pensé que le président intérimaire a fait la concession juste pour éviter le blocage dans la formation du gouvernement. En d'autres termes, faire semblant d'accepter pour que les partisans de cette grande palabre malo-malienne entrent au gouvernement et, ensuite, revenir sur sa promesse. Visiblement, ce ne sera pas le cas au regard de la mise en place du comité d'élaboration des Termes de référence (TDR). On peut affirmer avec beaucoup de certitude que la tenue de la rencontre ne fait plus l'ombre d'un doute. Il reste maintenant les interrogations sur sa réelle utilité, son modus operandi, en attendant, bien sûr, les fameux TDR. Que va-t-on débattre à cette occasion ? Quelles décisions y seront prises ? Combien de jours va durer toute cette palabre ? Qui sera autorisé à y participer ?

La rencontre ne sera-t-elle pas une autre tribune de règlement de comptes entre pro et anti-putschistes ? N'y fera-t-on pas à nouveau le procès du régime de Amadou Toumani Touré (ATT) accusé de tous les péchés du ... Mali ? Ces assises ne s'en iront-elles pas en eau de boudin comme certaines conférences nationales souveraines que l'on a connues en Afrique au début de la démocratisation dans les années 90 ? Au regard de ces questionnements et de bien d'autres, le risque est grand et réel que la concertation ne devienne une foire d'empoigne, une autre tour de Babel. Il faudra donc beaucoup de tact et de vision aux organisateurs pour que la palabre malo-malienne ne devienne un méli-mélo.

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