Burundi: Grossesses au pays - Quand religion et réalité se heurtent

« Je ne peux pas consulter un gynécologue, car j'aurai des problèmes avec mon mari », dit Aicha. Comme elle, beaucoup de femmes musulmanes n'ont pas la permission de se faire soigner par un homme, c'est défendu. Dans un pays qui ne compte que trois gynécologues de sexe féminin, l'accès aux spécialistes, pour les musulmanes, est restreint.

Au Burundi, les musulmans représentent 13% de la population. D'origine arabe, sénégalaise et tanzanienne, ils sont pour la plupart des commerçants. Alors que l'intégration économique se fait plutôt bien, le suivi médical pose problème pour les femmes musulmanes. Car beaucoup d'entre elles n'ont pas le droit de se faire soigner par un médecin de sexe masculin. C'est leur foi qui l'exige, disent-elles.

Mariée à Mohamed Issa, Aicha est enceinte. Pour les visites de routine ou bien pour se faire soigner en cas de problème de santé, la jeune commerçante doit toujours être accompagnée par son époux. Car des gynécologues femmes, il n'y en a guère au Burundi.

« Je ne peux pas accepter que ma femme aille seule à l'hôpital », lance Mohamed Issa. Pour lui, l'idée de voir sa femme touchée par un autre homme, même un médecin, est inacceptable.

Religion

Un des leaders religieux musulmans interrogés à ce propos (il a parlé sous anonymat)indique que c'est une règle universelle. Leur foi interdit aux femmes de se faire soigner par des hommes médecins. Selon leur règle religieuse, « il faut que les femmes soient touchées par des femmes musulmanes de préférence. Mais que dans le cas du Burundi où les femmes médecins sont minoritaires, les docteurs femmes non musulmanes sont préférables aux médecins de sexe masculin. S'il ya une complication et qu'une intervention d'un homme médecin est impérative, dans ce cas la présence de l'époux est exigée », précise ce leader musulman.

Trois femmes gynécologues

Les femmes médecins et surtout les gynécologues se comptent sur les doigts d'une main au Burundi. Il y a trois femmes gynécologues pour tout le pays, comparé à une quinzaine d'hommes. Une de ces femmes, qui a voulu garder l'anonymat, indique qu'elle est toujours débordée puisque la plupart de ses patientes sont des musulmanes. Mais une visite chez une gynécologue coûte encore trop cher pour la plupart des femmes musulmanes. Elles doivent se faire soigner à l'hôpital public, accompagnées par leurs maris - ou rester à la maison, ce qui augmente les risques de santé pour ces femmes considérablement.

Le taux de mortalité des femmes enceintes était estimé à 620 décès pour 100.000 naissances en 2007 au Burundi. Et dans son objectif du millénaire, le gouvernement burundais prévoit de réduire ces décès à 200 pour 100.000 naissances en 2015.

Inquiétudes

Aicha n'est pas sans inquiétudes. Elle dit que parfois elle « est obligée de consulter une gynécologue dans son cabinet alors que c'est très cher. » Le gouvernement burundais a mis en place une politique de gratuité de soins pour les femmes enceintes. Mais elle est uniquement appliquée dans des hôpitaux publics où la plupart des médecins sont des hommes. Un rendez-vous dans un cabinet des rares gynécologues femmes du Burundi coûte très cher. « Je ne sais pas si je pourrai supporter ces préceptes religieux longtemps, dit Aicha. Avec les douleurs de la grossesse, je pourrais normalement aller à un hôpital plus proche. Mais c'est très dur de convaincre mon mari ».

En attendant que la situation s'améliore et que plus de femmes commencent à exercer le métier de gynécologue, la seule chance pour Aicha de se faire soigner sans restriction serait que son mari change d'avis. Mais cet espoir ne semble pas réaliste.

« C'est honteux pour moi de voir un gynécologue soigner ma femme, la toucher n'importe comment sur certaines parties du corps caché. Je ne peux pas l'accepter», explique-t-il.

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