L'Express de Madagascar (Antananarivo)

12 Septembre 2012

Madagascar: Insécurité - L'armée quadrille le Sud

Andry Rajoelina, accompagné des hauts gradés de l'Armée, a lancé, hier, une nouvelle contre-offensive pour annihiler les «?dahalo?» dans le Sud. La grande manoeuvre commence.

Le régime de la Transition abat ses cartes. Elle déploie les moyens pour faire face à la recrudescence de l'insécurité dans le Sud de l'île.

« Près de 200 éléments stationnent et s'occupent de la région Anosy », a déclaré, hier à Betroka, le général Lucien Rakotoarimasy, ministre des Forces armées, dans son discours qui a officialisé l'arrivée des renforts pour « rétablir la sécurité ». « Il s'agit d'une partie des éléments mobilisés dans le Sud », a-t-il poursuivi.

« L'opération n'est pas ponctuelle. Plus tard, ceux qui partiront, seront remplacés », a assuré à son tour Andry Rajoelina, président de la Transition dans son allocution.

Selon le général Randrianazary, secrétaire d'État à la gendarmerie, d'autres renforts seront pré positionnés dans toutes les régions du Sud. « Le Sud-est, le Sud-ouest, l'Androy, le Menabe voire le Bongolava sont touchés par la mesure », a-t-il énuméré.

Plusieurs corps des forces armées participent à cette mission contre l'insécurité dans le Sud. Parmi eux, des éléments du 1er Régiment des forces d'intervention d'Ivato, ceux du 1er Régiment des transmissions et des services de Fiadanana ou encore ceux du Régime d'appui et de soutien. Il en est de même du Centre de formations spécialisées qui englobent notamment le Groupe de sécurité et d'intervention spéciale de la Gendarmerie nationale et la Compagnie de sécurité intérieure.

Ces éléments sur le terrain sont placés sous la coordination du général Iama Radafy, le nouveau commandant de la circonscription interrégionale de Toliara. Des « forces spéciales », sous la houlette de quatre officiers supérieurs dont le colonel René Lylison, y interviennent également. « Elles sont mobiles et disposent d'une liberté de manoeuvre », a précisé le général Randrianazary, suscitant la question de la planification des opérations. « Le plan d'opération est déjà bouclé. Mais le général Iama Radafy pourrait procéder à des ajustements, compte tenu de la situation sur le terrain », a-t-il ajouté.

Tous les éléments aperçus à Betroka sont armés jusqu'aux dents pour réaliser leur mission. Ils sont munis de fusils à pompe, de fusils mitrailleurs, voire de lance-roquettes. Outre les hélicoptères stationnés à Ihosy, Andry Rajoelina a promis l'acquisition d'autres équipements comme des hélicoptères de transport des troupes. En même temps, il a annoncé un projet de surveillance satellitaire pour suivre le mouvement des troupeaux.

Réponse aux critiques

Les autorités centrales ont insisté sur les efforts déployés pour affronter les « dahalo » ou voleurs de boeufs face aux critiques et remarques sur leur manque de réaction devant le phénomène, dont elles ont fait l'objet. « Les hauts responsables ont fait le déplacement pour apporter des solutions afin d'éradiquer le phénomène dahalo et non pour discourir », a affirmé Andry Rajoelina, alors que des membres du Conseil supérieur de la transition réclament une session extraordinaire pour examiner la question de sécurité.

Après une séance de travail avec des responsables locaux, le président de la Transition a annoncé un « budget initial de l'ordre de trois milliards de francs [Ar 600 millions], prélevé dans les caisses de l'État pour démarrer l'opération ». « Opération qui sera maintenue jusqu'à l'éradication [du phénomène] », a-t-il ajouté.

Il a défendu la priorisation de l'option militaire dans la gestion de l'insécurité dans le Sud de l'île. « Dans un premier temps, il faut stopper l'élan né de ce nouveau phénomène de dahalo. Mais l'opération judiciaire accompagne l'opération militaire », a-t-il assuré.

Un habitant de Betroka a donné son opinion sur le redéploiement militaire dans son district, tirant les leçons de récents vols de boeufs dans le Sud, suivis de l'envoi des premiers renforts. « Il faut attendre et voir. Pour réussir, il faut que les forces de l'ordre soient mieux équipées et beaucoup plus nombreuses que les dahalo. Sinon, elles auront du mal à faire face à ces derniers », a-t-il résumé.

Rajoelina crie au complot

Les autorités persistent et signent. Andry Rajoelina, président de la Transition, n'a pas exclu l'existence de dessous politiques derrière la recrudescence des vols de boeufs dans le Sud de l'île.

« Il y a un complot et des complices des dahalo les appuient matériellement et financièrement », a-t-il soutenu après une séance de travail avec les autorités locales, hier à Betroka. « On ne peut pas écarter un calcul politique derrière tout cela. Il y a également un appui et une formation en matière de dispositif et de stratégie », a-t-il poursuivi.

Le président la Transition n'est pas allé loin dans ses affirmations. Dans son allocution, il s'est limité à formuler des pistes de réflexion autour de l'amplification du phénomène de « dahalo ». « D'où viennent les armes des dahalo Pourquoi disposent-ils d'une stratégie élaborée », s'est-il interrogé avant de poursuivre sa réflexion : « Quel est l'objectif recherché et qui les appuie dans l'intérêt de diviser les Malgaches »

Jean André Ndremanjary, ministre d'Enseignement technique et de la formation professionnelle, présent à Betroka, a laissé entendre que la personne qui pourrait être impliquée dans l'affaire « n'est pas parmi nous ». Il a nuancé, quelques heures plus tard, ses propos et précisé qu'il n'avait jamais fait une quelconque allusion dans sa déclaration. « Cela pourrait être n'importe quelle personne riche », a-t-il signalé.

Un officier général avait critiqué l'attitude des forces de l'ordre dans le règlement du « nouveau phénomène de dahalo », selon Andry Rajoelina. Il avait considéré les explications des hauts responsables de l'armée et de la gendarmerie comme une « excuse » face à la dégradation de la situation.

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