Sénégal: Santé de la reproduction - Mise en évidence de la nécessité d'une intégration des droits humains

Dakar — Un projet mis en œuvre à l'Ecole nationale de développement sanitaire et social (ENDSS) a mis en lumière la nécessité d'une intégration de l'approche droits humains dans le domaine de la santé de la reproduction pour améliorer les offres de service dans les structures de santé.

Dénommé "Soulèvement des voix du Sud pour une intégration de l'approche droits humains dans les politiques et stratégies de santé de la reproduction", ce projet a été l'objet d'un atelier d'imprégnation à l'intention des journalistes en santé, jeudi à l'Endss.

Le directeur des études et de la formation académique de cette école a, à cette occasion, relevé qu"'Il ya une faiblesse de la prise en compte des droits humains dans l'offre de service de santé de la reproduction, selon plusieurs études, et une faiblesse des ressources allouées à la prise en charge des questions liées à la santé de la reproduction".

Souleymane Ball Anne, qui est un membre de l'équipe de coordination du projet, souligne que certains déterminants ont été identifiés, qui expliquent la faiblesse de la prise en compte des droits humains dans le domaine de la santé de la reproduction.

Il s'agit de questions liées au genre, à la culture et également d'une offre de services inappropriée dans les structures de santé, de lois inadaptées ou inexistantes et d'une faiblesse des ressources, a-t-il indiqué.

Le projet est parti de l'analyse d'un contexte de la situation de la santé maternelle au Sénégal qui, justement, est marqué par une mortalité maternelle toujours relativement élevée qui est de 392 décès pour 100 000 naissances vivantes.

L'objectif était d'initier un processus multipartite et participatif pour l'intégration de l'approche Droits humains dans les politiques et stratégies de santé de la reproduction, mais également d'augmenter les ressources qui sont orientées dans la prise en charge des questions liées à la santé de la reproduction.

Le projet est une initiative de Partenaire et Population en développement (PPD), une organisation intergouvernementale basée au Bengladesh et qui réunit 28 pays en voie de développement dont le Sénégal.

L'idée est de lancer un projet test sur un an au niveau de trois pays-pilote (Sénégal, Bengladesh et Ouganda), avec comme partenaire institutionnel l'ENDSS et Enda Santé comme partenaire stratégique.

Un groupe de travail national a été constitué d'acteurs provenant d'une vingtaine d'organisations qui s'investissent dans le domaine de la santé, notamment l'Association des infirmiers, l'association des gynéco- obstétriciens et des acteurs qui interviennent dans le domaine des droits de l'Homme.

Des stratégies ont ainsi été identifiées pour permettre de renverser la tendance par le plaidoyer auprès des décideurs politiques, des parlementaires, le renforcement de capacités des prestataires de services et la communication pour vulgariser les textes qui existent, selon toujours Souleymane Baal.

"C'est aujourd'hui hautement pertinent d'établir la relation entre droits humains et santé de la reproduction dans la mesure où on ne peut pas occulter dans les planifications stratégiques les politiques et programmes", affirme Abdoulaye Mar, secrétaire permanent du Comité sénégalais des droits de l'homme.

Dans ce projet, "toutes les actions qui sont menées visent à respecter, à valoriser l'être humain, la dignité pour qu'il puisse jouir de tous ses droits et libertés fondamentaux", a-t-il expliqué.

Dans le cadre de la santé maternelle, les résultats de l'Enquête démographique de santé (EDS) montrent que beaucoup de choses restent à faire pour réduire la mortalité maternelle et infantile du fait que beaucoup de femmes continuent à mourir au cours de leur grossesse ou après accouchement.

"Il est important qu'on arrive à mieux prendre en charge la dimension Droits humains dans le cadre de la santé maternelle, surtout, au niveau de l'accueil, des prestations de service, de la qualité des soins, de l'accès aux infrastructures, de l'accès aux soins", a dit Mar.

Pour ce membre de la coordination du projet, "l'Etat qui met en place une structure de santé a aussi l'obligation de mettre en place les conditions également de respect des droits des personnes qui bénéficient des prestations".

Sur le plan interne, l'Etat a pris certaines dispositions comme la loi sur la santé de la reproduction de 2005, la loi sur le Vih Sida de 2010, a-t-il rappelé.

"Mais, le problème qui se pose au Sénégal, ce n'est plus un problème de ratification des instruments internationaux, ni celui de l'adoption de lois, mais c'est une question de mise en oeuvre", a-t-il précisé.

"Nous adoptons des lois, nous ratifions des instruments internationaux, mais leur mise en oeuvre pose problème", selon Mar. Prévu jusqu'à décembre 2012, le projet va entreprendre des activités de sensibilisation et de plaidoyer pour une meilleure intégration des droits humains dans la santé maternelle et infantile.

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