L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Cote d'Ivoire: Il était une fois le 19 septembre

Photo: Fraternité Matin
Le Général Robert Gueï

Aujourd'hui, c'est le 19 septembre 2012. Et cela fait 10 ans, jour pour jour, que la crise ivoirienne éclatait du côté de la lagune Ebrié. Heures chaudes s'il en est, dans la nuit du 18 au 19 septembre de cette année, bien des Ivoiriens se sont réveillés avec des crépitements d'armes sur une bonne partie du territoire.

Des soldats et des rebelles du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire tentaient d'avoir le contrôle des villes d'Abidjan, de Bouaké et de Korhogo alors que le président de l'époque, Laurent Gbagbo, se trouvait à l'extérieur du pays, plus précisément en Italie.

Un putsch avorté qui a dégénéré en guerre civile. Une situation qui, selon toute vraisemblance, aurait eu pour origine le concept de «l'ivoirité» mis en musique par Henri Kona Bédié et qui aurait été exacerbé sous Guéi et Laurent Gbagbo.

Chose qui a contribué à créer une scission de fait entre les Ivoiriens de souche et ceux dits «étrangers».

Des tentatives de négociation de paix et l'intervention des Casques bleus ont permis une cessation des hostilités peu de temps après.

Toutefois, les conflits persisteront et il faudra attendre la signature de l'Accord politique de Ouagadougou du 4 mars 2007 entre le camp présidentiel et les Forces nouvelles avant que le processus de paix aboutisse, soit cinq années après le déclenchement des hostilités.

Mais si aux premières lueurs du 19 septembre 2002, le principal responsable des rebelles n'avait pas de visage, celui-ci se dessinera au fil des jours avec un prénom et un nom : Guillaume Soro.

Ancien leader estudiantin qui eut à faire ses premières armes dans des groupuscules proches de l'opposition ivoirienne avant de surgir à la tête de la rébellion des Forces nouvelles, celui qui était surnommé par certains le «Ché» à cause de ses prises de position très à gauche et par d'autres «le général» avait désormais une armée à sa dévotion.

Soro qui eut avec son ex- mentor, Laurent Koudou Gbagbo, ce qu'il est convenu d'appeler un destin croisé, qui a fortement marqué le landernau politique en Côte d'Ivoire durant les dix dernières années, et ce, en dépit du grand écart d'âge entre les deux hommes : 27 ans.

Autant dire un père et son fils car si Laurent Gbagbo passe pour un doyen pour avoir vu le jour à la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945, Soro, lui, n'est pas loin d'être assimilé à un oisillon de la dernière couvée, car né le 8 mai 1972.

Mais ces hommes qui militaient dans la même galaxie pour s'opposer vaille que vaille au parti unique se retrouveront diamétralement opposés après le coup de force manqué de 2002.

Secrétaire général des forces nouvelles et leader de la rébellion qui contrôle 60% du territoire ivoirien, Guillaume Soro participera à un gouvernement de réconciliation dirigé par Laurent Gbagbo après la signature de l'accord de Marcoussis.

Il était ministre de la Communication. Suite à l'Accord de Ouagadougou, l'ennemi d'hier sera bombardé Premier ministre par le président Gbagbo. Ce qui scelle de nouvelles retrouvailles entre les deux hommes.

Quatre années de cordiale collaboration jusqu'au second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010 avec la victoire d'Alassane Ouattara (54%) contre (46%) pour Gbagbo.

Et c'est là que, de nouveau, les chemins de Soro et Gbagbo se séparent. Pour de bon, cette fois, croit-on savoir. Ironie du sort, celui qui avait été «démocratiquement élu» il y a douze ans, cogite sur son sort à la CPI alors que l'ex-rebelle, lui, a désormais tous les attributs de la légalité et de la respectabilité internationales.

Ainsi va la vie, aurait dit Passek Taalé !

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