Le Programme décennal 2012-2022 de lutte contre les inondations au Sénégal a été arrêté et évalué à près de 800 milliards de nos francs hier en conseil présidentiel. Il reste à l'Etat de faire face à l'équation du financement. Mais, d'ores et déjà, le gouvernement devra convaincre les partenaires financiers pour le démarrage du plan d'urgence 2012-2013 évalué à 66 milliards.
Il faut 766 milliards 988 millions 450 mille 362 Fcfa à l'Etat du Sénégal pour mettre à exécution son nouveau Programme décennal 2012-2022 de lutte contre les inondations arrêté hier lors d'un Conseil présidentiel consacré au sujet.
Un montant jusqu'ici provisoire que le président de la République et son gouvernement devront chercher auprès des partenaires financiers étrangers comme la Banque mondiale, l'Union européenne, l'Uemoa, la Bid, la Bad, l'Agence française de développement (Afd), la Jica, entre autres.
Macky Sall qui tente d'accrocher les bailleurs aussi bien nationaux qu'étrangers de rassurer : «Dans ce projet global de 767 milliards, les 484 milliards Fcfa en vérité sont consacrés à la restructuration et au relogement, donc ce sera de l'argent qui sera récupéré puisque les logements, il faudra les payer», a dit Macky Sall à l'endroit des partenaires.
Selon lui, ce qui ira dans le sous-sol, sous forme d'infrastructures de drainage des eaux et du système de pompage ne coûtera, en réalité, que 324 milliards de nos francs pour les dix prochaines années.
Là-dessus, Macky Sall tient à ce que les moyens financiers qui vont être mobilisés ne soient pas altérés par des dépenses de fonctionnement. La priorité absolue doit aller à l'investissement dans la réalisation des projets et actions sur le terrain.
Plan d'urgence 2012-2013
En attendant de trouver les fonds nécessaires pour les dix prochaines années, le gouvernement devra se focaliser dans la recherche de 66 milliards Cfa dans le cadre de son plan d'urgence 2012-2013 qui prend en compte le volet gestion des eaux pluviales déjà engagé avec la Banque mondiale ainsi que d'autres partenaires.
Pour trouver des ressources propres, ce plan d'urgence sera intégré dans le budget 2013 lors du vote de la Loi de finances à venir, souligne le président de la République. «Je souhaite que la Banque mondiale et les autres partenaires nous aident dans la phase d'urgence pour 2013 ;
les procédures étant longues pour la passation des marchés avec la double revue aussi bien par la Direction centrale des marchés publics (Dcmp) que par les bailleurs eux-mêmes, il nous faut nous accorder avec eux sur la mobilisation des ressources, tout au moins sur le volet construction de canalisation et de station de pompage d'ici l'hivernage prochain pour préserver les communes de Dakar situées dans les bas-fonds», a indiqué Macky Sall.
25 mille concessions à déplacer
Les zones inondées qui pourront être sauvées par un système d'assainissement le seront. Dans le cas contraire, le programme prévoit de déplacer les populations pour les recaser ailleurs. Rien qu'à Dakar, 25 mille concessions seront déplacées vers Diamniadio, Yène, entre autres lieux d'accueil.
Un projet de six mille logements est prévu sur la période 2014-2016. Les collectivités locales seront mises à contribution à travers des mesures incitatives, de même que le secteur privé pour modérer les coûts de l'habitat social. Macky Sall de mettre en garde contre ceux qui tomberont dans les travers de la spéculation foncière :
«Les programmes qui seront arrêtés d'un commun accord ne pourront faire l'objet d'aucun détournement d'objectif et seront entièrement dédiés au recasement des populations affectées par les inondations.»
Le président de la République attend, en effet, du Conseil présidentiel une démarche de rupture en profondeur. L'objectif ultime étant de mettre fin à ce cycle répétitif où, chaque année, les populations courent le risque de subir les mêmes aléas et les pouvoirs publics répètent les mêmes actions sans s'attaquer aux racines du mal.
Ainsi, les mesures hardies et courageuses qui ont été prises comprennent, entre autres, l'abandon définitif de certaines zones non habitables et leur affectation à d'autres usages. Eu égard à certaines poches de résistances signalées à Médina Gounass, Macky Sall préconise un travail d'explication et de sensibilisation.
Par ailleurs, le chef de l'Etat juge nécessaire de revoir la cohérence des textes et surtout de revenir à l'orthodoxie quant à leur application rigoureuse et sans complaisance, y compris dans la délivrance des permis de construire.
Selon lui, le gouvernement devra, de même, désormais veiller à ce que les zones non habitables soient libres de toute occupation indue. En outre, la gestion des inondations sera désormais rationalisée.
Le président a suggéré la mise en place d'un Observatoire national pour les inondations. Une instance qui polarisera l'ensemble des acteurs institutionnels et qui permettra, selon Macky Sall, de mettre fin à la prolifération des organes - au moins 12 intervenants - qui gèrent de manière parcellaire les différents aspects des inondations.
Mieux, un plan national d'aménagement du territoire sera actualisé, validé et opposable aux tiers. Sera également validé un seul plan directeur d'urbanisme global prenant en charge l'assainissement et l'urbanisme pour Diourbel, Fatick, Kaolack, Kolda, Thiès, Ziguinchor, Louga, Dagana, Richard Toll, Sédhiou, Mbour, Mboro et Rosso Sénégal, ainsi que la ville de Touba. Des 170 communes du Sénégal, seules 27 disposent d'un plan directeur d'assainissement.
Libération des écoles en vue de la rentrée : Les sinistrés s'opposent à leur déguerpissement
Alors que le gouvernement leur a fixé un ultimatum de 48 heures pour quitter les établissements où ils sont relogés après l'inondation de leurs maisons, les sinistrés du Cem Grand-Yoff, eux, ne veulent pas en entendre parler. Ils réclament d'autres sites de relogement avant de quitter leur squat.
C'est le compte à rebours pour les sinistrés relogés dans les établissements scolaires qu'ils doivent libérer à moins de deux semaines de la rentrée des classes prévue pour le 4 octobre prochain.
Le gouvernement, par la voix du secrétaire général du ministère de l'Intérieur, Cheikhou Cissé, a réitéré la volonté de l'Etat de faire libérer toutes les écoles aujourd'hui même. «Les établissements scolaires occupés par les sinistrés ou inondés seront fonctionnels avant fin octobre.
Il y aura une opération coup de poing sur l'étendue du territoire national. On a indiqué la date du 20 octobre pour libérer toutes les écoles, celles qui sont habitées par les sinistrés mais aussi celles qui sont dans les eaux, pour les mettre à la disposition des autorités académiques pour la nouvelle année scolaire», a-t-il déclaré, mardi dernier, en marge de la visite des sites inondés.
Toutefois, cette décision risque de se heurter à la résistance des sinistrés qui ne comptent nullement quitter les lieux. Installés au niveau du Cem des Hlm Grand-Yoff, ceux en provenance de la commune d'arrondissement du même nom ne veulent point donner suite à cet avertissement. Selon eux, l'Etat doit d'abord trouver d'autres lieux pour les reloger avant de prendre une telle décision.
«C'est pour nous soulager de notre douleur d'avoir perdu tous nos biens, maisons et matériels lors des dernières pluies que l'Etat avait pris la décision de nous loger dans ces sites.
Jusqu'à présent, nous ne sommes pas en mesure de récupérer nos maisons qui ont été englouties par les eaux», souligne la responsable des femmes du Cem des Hlm Grand-Yoff, Thérèse Diatta.
Cette dernière pense que les autorités ne doivent pas les forcer à quitter leurs sites de recasement sans, au préalable, leur avoir trouvé d'autres lieux pouvant les abriter sur le long terme.
Pour l'instant, les sinistrés disent n'avoir encore reçu aucune notification de la part de l'Etat allant dans ce sens. «En tant qu'institution, l'Etat est obligé de nous envoyer une notification avant d'exécuter ce genre de décision, et nous n'avons pas encore reçu de correspondance de ce genre», renseigne Abdoulaye Mbaye Ciss, coordinateur de ce site géré par la Croix-Rouge. Près de quarante familles logent dans cet établissement de huit salles de classe.
Elles sont réparties à raison de six par salle de classe. Une situation qui est loin de convenir aux pensionnaires du site. Seulement, estime sur un air triste Thérèse Diatta, «nous sommes obligés de gérer cette situation, car nous n'avons pas d'autres lieux où aller».
Certes, poursuit-elle, «nous sommes pris en charge par l'Etat et ses différents partenaires tels que la Croix-Rouge, aussi bien sur le plan vestimentaire, alimentaire et sanitaire, mais il est difficile de partager une salle avec plusieurs familles».
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