Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Dédollarisation de l'économie congolaise - Nouveau pari de Matata

Photo: Radio Okapi
Des billets de francs congolais

Après l'émission réussie de nouvelles coupures de francs congolais à valeur faciale élevée, le gouvernement Matata vient de se fixer un nouveau pari. C'est un nouveau front qui est ouvert, celui de la dédollarisation de l'économie congolaise. Il est question de rétablir le franc congolais dans ses fonctions les plus nobles.

Une mission gouvernementale de clarification est allée, le vendredi 21 septembre, à la rencontre de la Fédération des entreprises du Congo et de l'Association congolaise des banques pour dissiper tout malentendu. La population salue l'initiative et appelle le gouvernement à réunir tous les préalables pour garantir le succès de l'opération.

Le lancement de nouvelles coupures de francs congolais à valeur faciale élevée n'ayant pas suscité de fortes tensions sur le cadre macroéconomique, le gouvernement a décidé d'ouvrir un nouveau front pour assainir l'économie congolaise. La prochaine cible est donc la dédollarisation, c'est-à-dire casser l'usage du dollar américain comme monnaie de refuge dans les transactions économiques, au détriment de la monnaie nationale. En se lançant sur cette voie, le gouvernement entend réduire et contrôler les effets néfastes de la très forte dollarisation de l'économie congolaise. Au même moment, l'Exécutif national s'engage à accroître l'attractivité de la devise nationale, c'est-à-dire le franc congolais. Le pari est risqué, commente-t-on dans certains milieux, mais son initiateur se veut déterminé.

La Fédération des entreprises du Congo (FEC) a été la première à exprimer ses inquiétudes. Pris de panique, certains de ses affiliés avaient commencé à vider leurs comptes en devises, craignant une opération commando de saisie des comptes.

L'Association congolaise des banques (ACB) s'est également sentie en insécurité. Il appartenait au gouvernement d'apaiser les tensions en rassurant tous ses partenaires de même que la population congolaise. Cela aux fins d'éviter un mauvais départ à l'opération de dédollarisation.

Prenant le taureau par les cornes, le vice-Premier ministre et ministre du Budget, Daniel Mukoko Samba, accompagné du gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo, est allé à la rencontre de la FEC et de l'ACB. C'était le vendredi 21 septembre 2012 au Cercle de Kinshasa. Une opportunité offerte aux uns et aux autres de s'exprimer directement sur le sujet. Des langues se sont déliées, la plupart craignant le pire dans le pari que s'est fixé le gouvernement.

La séance a, certes, été houleuse. Mais, au terme des échanges, l'apaisement a été au rendez-vous.

Le contexte

De l'avis du gouvernement, le contexte actuel se prête bien à une telle opération. Il s'agit, motive-t-il, de rétablir la confiance du public dans la monnaie nationale. La stabilité du cadre macroéconomique qui ne relève plus de l'utopie depuis plus de trois ans, légitime cette approche.

A ce propos, le vice-Premier ministre Mukoko, a indiqué : « L'économie congolaise est revenue » à des niveaux acceptables dans plusieurs domaines : un taux d'inflation inférieur à 4%, et ce, depuis 10 ans; des réserves de change équivalant à 8,5 semaines d'importation; des paiements réguliers du Trésor (...). Il y a exactement 2 mois et demi, la Banque centrale du Congo a lancé de nouvelles coupures de 1 000, 5 000 et 10 000 Fc qui n'ont reçu aucun nom de baptême. Il y a 3 ans, au premier trimestre de 2009, les réserves de change détenues par la Banque centrale du Congo équivalaient à 1 jour d'importation. Ramené à 7,5%, le taux directeur de la BCC est depuis quelques semaines inférieur à 100% ».

Autant dire que l'économie congolaise a « parcouru du chemin ». Selon Daniel Mukoko, celle-ci porterait encore « les stigmates des réponses rationnelles des agents économiques qui avaient trouvé refuge ailleurs pour se prémunir contre les ravages de l'hyperinflation et contre l'incertitude généralisée ». A ce jour, l'essentiel des dépôts bancaires est en devises étrangères, soit 89% du volume global des dépôts en 2011. Il en est de même pour les crédits à l'économie. Un paradoxe pour une économie qui veut se relancer.

C'est donc ce cycle qu'il faut casser. Et la seule voie pour y parvenir, soutient le gouvernement, c'est la dédollarisation ; un processus qu'il n'entend, cependant, pas mener de manière cavalière. « Parce que la dédollarisation est un processus et il prend du temps. Tenez : il a fallu 10 ans au Pérou pour passer d'un taux de dollarisation des dépôts bancaires de 78,5% à 49,7% ; en Bolivie de 93,2% à 51,40%. Il faut donc savoir commencer à temps. Et nous pensons, gouvernement et Banque centrale du Congo, que les conditions permissives sont remplies pour démarrer le processus », a indiqué le professeur Mukoko, rappelant que « la dédollarisation ne peut donc pas être le fait d'une génération spontanée ». Des mesures seront prises, a-t-il promis, dans l'encadrement de ce processus.

Comme avec l'injection de nouvelles coupures de franc congolais le 2 juillet 2012, c'est à la BCC qu'a été confié la mission de mener jusqu'à bon port cette opération. Dans cet élan, les deux autorités - budgétaire et monétaire- se sont engagées « à préserver la stabilité macroéconomique et la stabilité du système financier et à restaurer progressivement les foncions monétaires du franc congolais », soulignant, pour lever toute équivoque, « qu'il n'est nullement envisagé la conversion forcée des actifs monétaires en monnaie nationale ni l'arrêt brusque de l'accès aux devises étrangères ».

Le pari est certes ambitieux. Mais, le gouvernement est convaincu de sa capacité à le gagner. « Le pari qu'il nous faut gagner est celui de la dédollarisation dans la stabilité renforcée au bénéfice d'une politique de croissance plus vigoureuse », a fait observer le professeur Daniel Mukoko.

Le pari, c'est aussi l'explication

Dans l'opinion, la décision de s'attaquer à la forte dollarisation de l'économie congolaise a été saluée de deux mains. C'est une décision courageuse. « Mais, le gouvernement a besoin d'un soutien populaire, surtout des opérateurs économiques et des banquiers pour la réussite de cette opération », a commenté un analyste indépendant. Un autre a invité le gouvernement à s'assurer que tous les préalables sont remplis avant de s'engager sur cette voie. « Il faut craindre qu'en lançant ce processus dans la précipitation, le gouvernement puisse en perdre le contrôle. Ce qui serait dramatique pour l'économie congolaise qui a retrouvé depuis trois ans sa stabilité », a-t-il ajouté.

Malgré certaines réticences, tous reconnaissent la pertinence de la voie tracée par le gouvernement. « La monnaie est l'attribut de la souveraineté d'un pays. Il n'est pas normal qu'en RDC, les devises étrangères, tel le dollar américain, aient plus d'importance que la monnaie nationale. C'est inconcevable », reconnaît, pour sa part, un agent de l'administration publique. Il se dit prêt à accompagner le gouvernement.

« D'autres pays l'ont fait, pourquoi pas nous ? Vouloir, c'est pouvoir, dit-on. Je suis sûr que le gouvernement Matata nous a prouvé de quoi il est capable. Nous pouvons lui faire confiance, et surtout, le soutenir. Car, si cette opération réussit, c'est tout le pays qui va en tirer profit », a relevé un autre fonctionnaire averti. Il a invité le gouvernement à ne pas faire de ce processus de dédollarisation une affaire de grands ou d'esprits savants. Selon lui, la réussite de cette opération est conditionnée par une grande campagne de vulgarisation auprès de la population : « Il faut que le gouvernement explique à la population, via les médias, le bien-fondé de cette opération. Seule une véritable adhésion populaire derrière l'action permettre d'atteindre les objectifs que s'est assignés le gouvernement ».

La dédollarisation de l'économie congolaise est donc accueillie favorablement dans l'opinion. Quant au Premier ministre Matata de savoir capitaliser ce soutien populaire pour garantir le succès de cette opération.

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