Wal Fadjri (Dakar)

17 Octobre 2012

Sénégal: Quelles solutions pour éradiquer la violence dans le sport

Photo: Groupe Walfadjri
L'équipe nationale du Sénégal à l'entrainement

«Quelles solutions pour éradiquer la violence dans le sport ?» Le thème est vaste et requiert sans doute un traitement pluridisciplinaire qui va au-delà des compétences des structures en charges du mouvement Navétane. La violence dans le sport, dans les lieux de compétition et aux alentours existe bel et bien au Sénégal et interpelle toute la population.

Pour être plus illustratif, je vais vous raconter une petite histoire. Waly est un jeune du quartier réputé preneur de substances prohibées. Il vit dans le quartier et appartient à une bande largement (et fort heureusement) minoritaire dans le quartier. Il est fan de l'Asc et de l'école de lutte et ne rate jamais les rencontres sportives de ces deux entités.

Pour Waly et sa bande, le sport est une occasion pour montrer à tout prix sur le terrain et en dehors la suprématie du quartier sur les autres. Pour Waly et sa bande, l'instant de sport sert au défoulement d'abord. Un jour de compétition de foot, un jeune arbitre du nom de Madior inexpérimenté qui n'avait jamais été pratiquant auparavant, prend une décision énergique et approximative contre l'équipe de Waly. S'en suit une vive altercation entre le jeune arbitre et Galaye le capitaine d'équipe.

L'arbitre, pour marquer son autorité sort un carton rouge. Depuis les gradins, Waly et sa bande voient rouge et commencent à jeter des pierres sur la pelouse devant des supporters qui, au début passifs, sont finalement entraînés dans le jeu de jets de pierres. François, coordonnateur des supporters, montre son impuissance face à la situation.

Face aux tribunes, il y a des policiers dont Zal, une nouvelle recrue, qui fait rapidement usage de lance-grenades, qui finissent par semer la panique sur les gradins. C'est la bousculade et la ruée vers la sortie du stade. C'est l'interruption du match. La structure organisatrice, dirigée par le Président Moulaye, fait comme si elle n'avait pas prévu ce scénario.

Il n'y avait personne sur les gradins pour gérer les éventuelles réactions des supporters. Le directeur du stade, Ousmane, est désemparé et regarde béat la destruction de l'oeuvre collective. Les policiers en sous nombre sont aussi débordés. En dehors du stade, il y a un gang venu d'un autre quartier lointain. : Le gang de Boy Doolé est aux anges et est en train de profiter de la situation pour se remplir les poches, coupe-coupe à la main face à des automobilistes et des piétons désarmés dans des rues désertes de flics.

Durant une bonne heure, le gang, rejoint par d'autres profiteurs occasionnels, font une véritable razzia au moment où Waly le supporter, encore dans les nuages sous l'effet de substances prohibées, a quitté le stade et est en train de régler ses comptes dans le quartier à coup d'insultes de nature à réveiller les morts. Il en veut cette fois-ci aux dirigeants de son Asc qualifiés d'amorphes et de poltrons face à l'injustice supposée causée par l'arbitre et la structure organisatrice. Doudou, le Président de l'Asc, le regarde proférer des insanités et des menaces en public.

Deux jours après les incidents, la structure organisatrice appliquant les règlements généraux suspend l'Asc. Les structures supérieures à leur tour envoient des avertissements à la structure organisatrice parce que la plus haute autorité du pays a saisi la balle au rebond après que la presse se soit emparée de l'affaire pour en faire des manchettes images ensanglantées à l'appui.

Hélas, durant toute la saison sportive, ce genre d'incidents allaient malheureusement avoir lieu de façon quasi similaire dans d'autres entités, dans d'autres sports avec des acteurs ayant les mêmes comportements avec juste des noms différents et des mobiles déclencheurs variés comme par exemple les pratiques occultes dans certains cas.

La question qui sort après cette courte histoire est la suivante : Sommes-nous préparés pour trouver des solutions s'attaquant aux causes des formes de violences qui gangrènent nos sports, toutes nos organisations sportives et pas seulement le mouvement Navétane ?

Déjà à travers l'histoire que nous venons de raconter, nous avons quasiment cerné les acteurs clefs de la violence dans le sport, dans les lieux de compétition et aux alentours. Nous avons aussi mis le doigt sur certaines causes dont l'éradication devrait déboucher sur des esquisses de solutions applicables. Comment gérer les cas des personnages et structures de l'histoire que nous venons de raconter ?

Waly le supporter bizarre passionné, minoritaire dans le quartier mais ayant un besoin juvénile de défoulement. Madior l'arbitre inexpérimenté mais autoritaire et pas assez psychologue. Galaye le joueur qui ne sait pas que le fair-play exige acceptation même provisoire de l'injustice arbitrale.

François le Président des supporters qui ne peut rien faire contre la bande agissant négativement au nom selon eux de l'Asc. Ousmane le Directeur du Stade qui n'a sans doute pas clairement défini ses relations en termes d'exigences sécuritaires avec son client organisateur de la manifestation sportive. Moulaye le Président de la structure organisatrice qui n'a pas assez anticipé en termes de dispositions à prendre avant, durant et après le match.

Zal le jeune policier qui n'a pas eu assez de sang-froid devant les premiers jets de pierres. Etait-il bien formé à cette forme d'opposition dans un stade ? Boy Doolé le bandit pour ne dire le charognard des situations carabinées qui a commis des délits dans la rue durant une bonne heure sans rencontrer la moindre résistance.

Doudou le Président d'Asc qui, face aux extrémistes clairement identifiés, ne semble pas avoir l'autorité requise.

Enfin l'Etat incontournable qui ne semble pas prendre toute la mesure de la violence dans le sport. En gros et pour être plus synthétique, nous pouvons cerner les causes de la violence en huit niveaux de germination.

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