22 Octobre 2012

Ouganda: Pièce gay en ouganda - 'Ca en valait la chandelle'

Photo: Arne Doornebal/ RNW
Première de théâtre gay interrompue par la police

Le producteur britannique David Cecil risque deux ans de prison en Ouganda pour la représentation d'une pièce de théâtre traitant de l'homosexualité à Kampala, la capitale, sans l'approbation du gouvernement.

Deux des acteurs principaux de The River & the Moutain (La rivière et la montagne, ndlr.) s'expriment sur la controverse qu'a suscitée la pièce, après sa représentation en août dernier. "Ça en valait la chandelle", dit l'un. "Ça n'a fait qu'empirer les choses pour les homosexuels ougandais", dit l'autre.

Marc Schenkel, Kampala

"Je le referais", dit Okuyo Joel Atiku, alias "Prynce", 28 ans, qui jouait le rôle de Samson, un directeur d'usine homosexuel qui se fait tuer par ses ouvriers, après avoir été incités à l'acte par des pasteurs farouchement conservateurs. Parmi les nombreuses réactions que Prynce a reçues sur sa participation à la pièce The River & the Mountain, "littéralement 100% ont été négatives.

Même venant de gens dont je m'attendais le moins, comme des collègues artistes et des types de l'UBC (la chaîne publique ougandaise). Vous n'avez pas encore été assassiné ?, m'a même demandé quelqu'un de l'UBC. Si cette réaction est le reflet de ce que les employés des médias pensent, que dire des Ougandais moyens, qui, pour la plupart, ont entendu parler de la pièce grâce aux mêmes médias ?"

Défi artistique

Cependant, malgré toute les critiques, ou plutôt à cause d'elles, Prynce n'hésiterait pas une seconde à remonter sur scène pour rejouer Samson. Prynce affirme qu'il était conscient du fait que The River and the Mountain allait créer des controverses en Ouganda, pays où l'homosexualité est largement taboue. Mais briser les tabous est justement l'essence même de l'art, dit-il. "J'ai participé à la pièce à cause du défi artistique et pour lancer le débat, pour faire prendre conscience aux gens que les personnes gay font partie aussi de la société."

Prynce reconnait qu'aucun débat fondamental sur l'homosexualité n'est jamais venu d'une scène de théâtre, mais, insiste-t-il, "briser les tabous débute par un petit pas. Prenez l'apartheid en Afrique du Sud. Les gens ont persisté dans leur résistance pendant des décennies. Finalement, ça a payé."

Tandis que Prynce semble enhardi par la controverse entourant The River & the Mountain, Remeha Nanfuka est devenue plus scpetique. Nanfuka, âgée de 26 ans, jouait une femme pasteur conservatrice aux côtés de Prynce. "En y repensant, dit-elle, je me demande s'il était efficace de discuter de l'homosexualité comme nous l'avons fait."

Nanfuka : "J'avais espéré que la pièce influencerait au moins quelques opinions. De tous les gens que je connais, seule ma mère commence à comprendre l'homosexualité. Je ne suis plus certaine que les gens à qui nous nous adressons sont intéressés dans un changement." Nanfuka estime même que la pièce de théâtre "a rendu les Ougandais encore plus éloignés des homosexuels."

Importation occidentale

Remeha Nanfuka précise que de nombreux Ougandais n'ont découvert The River & the Mountain qu'après l'arrestation de David Cecil et que des voix anti-gays eurent saisi l'occasion de divulguer leur message populaire selon lequel "l'Occident est en train d'exporter le vice contre-nature" de l'homosexualité en Afrique.

C'est ce thème bien connu qui par la suite a fait l'actualité - et non pas le message initial de tolérance, de réflexion sur la religion et même d'humour que contenait la pièce. Les déclarations du ministre ougandais de l'Ethique et de l'Intégrité Simon Lokodo par exemple selon lesquelles la pièce "justifie la promotion de l'homosexualité" furent citées - des déclarations ayant par la suite suscité l'approbation d'un certain nombre d'Ougandais.

Nanfuka et Prynce décrient tous les deux la décision du Conseil des médias ougandais - bien que prise après que les représentations eurent lieu - d'interdire The River & the Mountain. "Le Conseil des médias ne devrait pas être autorisé à se prononcer sur l'art, estime Remeha Nanfuka. Les Ougandais se voient refuser le droit de former leur propre opinion sur l'homosexualité. Et ils finissent ainsi par être tributaires des médias, qui reprennent ce que disent les pasteurs et les hommes politiques qui déforment le véritable message de la pièce."

Appropriation

Prynce déclare qu'il est prêt à ignorer la décision du Conseil des médias ainsi que les avertissements du ministre de l'Ethique Simon Lokodo selon lequel les acteurs de The River & the Mountain pourraient être poursuivis. "Ces interdictions ne trouvent pas de base dans notre Constitution. Je n'ai pas besoin de permission pour être libre. Vous ne pouvez pas me 'donner' la liberté."

Remeha Nanfuka n'ira pas jusque-là. "Ce n'est pas tant pour me protéger, mais parce que nous obtenons plus en laissant la question de l'homosexualité aux familles concernées. A ce moment-là, les pasteurs et les hommes politiques ne pourront pas se l'approprier."

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