L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

7 Novembre 2012

Burkina Faso: Ansar Dine et AQMI - Question claire, réponse vaseuse

«Le groupe Ansar Eddine affirme sa disponibilité à s'engager immédiatement dans un processus de dialogue politique avec les autorités de transition du Mali pour la création d'un environnement propice à l'adoption et à la mise en oeuvre d'un accord global de paix».

Dans cette logique, ce mouvement salafiste a recommandé au médiateur, Blaise Compaoré, «la mise en place d'un cadre de concertation comprenant la délégation du gouvernement de transition du Mali, les représentants des mouvements armées maliens, l'Algérie ainsi que d'autres partenaires de la communauté internationale».

Et mieux, Iyad Ag Ghali et ses hommes ont annoncé leur «rejet de toute forme d'extrémisme et de terrorisme et s'engagent à lutter contre la criminalité transfrontalière organisée». Ansar Eddine s'engage enfin «à observer un arrêt total des hostilités, à garantir la libre circulation des personnes et des biens ainsi qu'à faciliter l'assistance humanitaire dans les zones sous son contrôle» et a appelé les autres groupes armés à suivre son exemple.

Ces déclarations, le 6 novembre 2012, de Mohamed Aharid, porte-parole de la délégation d'Ansar Eddine, à l'issue des négociations menées concomitamment à Ouagadougou et à Alger, traduisent, dans le verbe en tout cas, la ferme volonté de ce groupe d'islamistes de faire un virage de 180° et donc de tourner le dos au terrorisme. Surprenants, déconcertants, ces propos d'Aharid le sont vraiment, d'autant que rien ne présageait ce qui peut s'apparenter à un spectaculaire retournement de veste de la part de ce mouvement.

Mais le tableau aurait été très parfait si le porte-parole d'Ansar Eddine n'avait pas été évasif, s'il n'avait botté en touche concernant la question du renoncement à l'application de la charia : «Ce n'est pas le lieu d'en parler», s'est-il borné à répondre.

Non, Mohamed Aharid, c'est le lieu d'en parler, puisque cette question est fondamentale dans la résolution de la crise malienne ; elle d'autant l'épine dorsale de cette crise qu'aucune paix durable n'est possible s'il subsiste une velléité d'application de la charia.

En réalité, tourner le dos à la loi islamique revient pour Ansar Eddine à prendre ses distances avec AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) dont la ligne directrice est l'instauration de la charia dans tout le Maghreb, voire au-delà. C'est pourquoi le groupe d'Iyad Ag Ghali devrait donner une réponse claire à cette question pour prouver qu'il a coupé tout contact avec Al-Qaïda et montrer qu'il n'en est pas une excroissance. Sur ce point, il faut bien plus qu'une procession de foi, car tout semble indiquer qu'Ansar Eddine n'acceptera pas de couper facilement le cordon ombilical avec l'hydre islamiste.

Ce comportement d'Ansar Eddine apporte de l'eau au moulin de ceux qui soutiennent que ce mouvement islamiste ruse et use de dilatoire et de se subterfuge pour ne pas subir les foudres des forces internationales dont les premiers responsables, au moment des négociations à Ouagadougou, étaient à Bamako pour peaufiner la stratégie militaire de l'éventuelle intervention armée dans le septentrion malien.

C'est pourquoi la médiation de la CEDEAO doit presser Iyad Ag Ghali afin qu'il clarifie sa position sur cette importante et lancinante question de la charia. Si ce n'est pas fait, Ansar Eddine risque de mener tout le monde en bateau.

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