Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Présidentielle américaine 2012 - Des burkinabè jugent

C'est fait, Barack Obama a remporté mardi l'élection présidentielle américaine face au républicain Mitt Romney, décrochant, à 51 ans, un second mandat. Il l'a emportée en gagnant 303 voix de « Grands électeurs » contre 235 pour son rival.

Cette élection a tenu tout le monde en haleine contrairement au mandat passé. Il a fallu attendre à la dernière minute pour connaître le vainqueur.

Ce suspens n'a pas laissé indifferents les Burkinabè restés scotchés à leur petit écran dans la nuit du mardi au petit matin du mercredi 7 novembre 2012. A ces derniers, nous avons tendu notre micro pour recueillir leurs sentiments sur la réélection du président Barack Obama et leurs attentes pour ce fils d'immigré africain. Lisez plutôt.

Benlarba Ouédraogo

« Qu'il nous aide à régler le problème du Mali » !

« Il n'y a pas de commentaire à faire, c'est une logique qui a été respectée du fait que la démocratie a triomphé aux Etats-Unis. Le peuple américain a, une fois de plus, prouvé sa maturité en accordant un deuxième mandat à Barack Obama. Les Africains ne doivent pas se tromper, Barack Obama a été réélu par les Américains pour servir les intérêts des Américains.

S'il y a des portes d'ouverture pour nous aider, d'accord ; mais il faut pas qu'on se dise que, comme il est d'origine africaine, il va forcément nous aider, cela est aberrant. Il a été élu sur la base d'un programme politique et c'est cette voie qu'il va suivre. Moi, j'attends de lui qu'il nous aide sur le plan sécuritaire en réglant le problème du Mali ».

Ismaël Ouédraogo, journaliste Ouaga FM « C'est dangereux d'attendre quelque chose des autres »

« Je pense que la réélection de Barack Obama est un triomphe pour la démocratie qui doit beaucoup faire réfléchir les Burkinabè. Depuis 1930, c'est la première fois qu'un président démocrate, après Bill Clinton, a été réélu pour un deuxième mandat ; cela veut dire qu'il a travaillé dur pour mériter ce poste.

Moi, je retiens trois enseignements majeurs de cette réélection : le premier, c'est qu'on se rend compte qu'il est arrivé jeune au pouvoir (47 ans) et il n'est pas donné à tout le monde de le faire ; il a pu réaliser de grandes choses comme sa réforme sur la santé et l'assassinat de Oussama Ben Laden.

Deuxième enseignement, on s'est rendu compte qu'affaibli dans les sondages, il a pu se relever à travers ses meetings et ses promesses électorales. Le dernier enseignement, quand on est persévérant, on peut réussir. Aussi, il n'a plus droit à l'erreur pour son deuxième mandat.

C'est dangereux pour les Africains d'attendre que les autres fassent quelque chose pour eux. C'est ce qu'on a pu voir avec le mandat passé. La main tendue des Africains doit prendre fin, il faut que nous-même arrivions à lutter pour notre propre développement au lieu de toujours tendre la main vers les autres. Barack Obama a été élu et il a bénéficié de la conviction des Américains qui cherchent à avoir du travail aujourd'hui.

La priorité serait d'offrir de l'emploi aux Américains et éventuellement après, il pourra penser à l'Afrique, sans oublier le conflit israélo-palestinien. Il a tellement de défis à relever que l'Afrique n'occupera pas une grande place dans sa politique étrangère.

L'enseignement que les Africains doivent tirer des élections américaines, c'est de savoir que, quand on possède une carte d'électeur, on est une personne libre pour faire un choix objectif et juste.

Les Américains, aujourd'hui, ont voté la personne qu'ils voulaient, ce qui est tout le contraire du continent africain où le vainqueur est connu d'avance. Les Africains doivent s'inspirer du système électoral américain pour cultiver l'alternance. Le Burkina Faso doit s'inscrire dans cette logique et je pense que le développement passe par là ».

Michel Nana, journaliste à Bendré

« Les Américains ne votent pas mécaniquement »

« Personnellement, j'étais pour Barack Obama. Si j'étais Américain, j'allais le voter. Par rapport au candidat Mitt Romney, Barack avait de quoi convaincre les Américains.

Il a fourni beaucoup d'efforts sur le plan économique, sur le plan extérieur et sur son programme politique. Les démocrates sont plus regardants sur certains principes et certaines valeurs humaines que les républicains.

Qu'est-ce que, nous les Africains, on peut attendre de lui ? Pour ma part, rien de particulier parce que Barack Obama est Américain et a été élu pour défendre les intérêts des Américains. Il n'a de compte à rendre qu'au peuple américain.

Peut-être c'est de souhaiter que l'administration d'Obama soit plus flexible sur certaines questions qui touchent l'accès au financement, la question de sécurité avec la zone sahélo-saharienne.

La démocratie américaine a un charme et cela fascine tout le monde. Cela est dû au fait que le système est compétitif et ouvert, et on ne sait jamais si on va perdre ou gagner.

Là-bas, les gens ne votent pas mécaniquement mais votent par rapport aux programmes présentés par les différents candidats. Les dirigeants africains doivent essayer de rendre les systèmes électoraux plus compétitifs afin d'intéresser le plus grand nombre de personnes ».

Guy Olivier Ouédraogo, secrétaire général de la Confédération syndicale burkinabè (CSB)

« Un pays où c'est le travail qui paie »

« D'abord, j'ai un sentiment de satisfaction et cela au regard des nombreuses actions qu'il a eu à réaliser au cours du mandat passé. On peut lui reprocher certaines choses mais, avec lui, le monde a évolué dans un environnement plus sécurisé. Nous allons dans un monde plus sûr avec Obama qu'avec Romney, son rival.

Les Africains ne doivent rien attendre de Barack Obama. Tout ce que moi j'attends de lui est qu'il crée des conditions pour permettre au continent africain d'émerger. On doit se départir de l'idée qu'avec Barack Obama au pouvoir, l'Afrique va changer du jour au lendemain. Il nous a donné un bon exemple en nous montrant qu'en travaillant bien, on peut réussir.

On peut suivre cet exemple en Afrique au lieu de continuer dans des guerres sordides, des problèmes d'identité. L'exemple qu'ont donné les Américains en élisant un Afro-américain en la personne d'Obama est un bel exemple pour l'Afrique. Un pays où c'est le travail qui paie. Si c'est les Noirs- américains seulement qui devaient voter Barack Obama du fait qu'il est noir, il ne serait jamais élu président ».

Lido Tierno, journaliste Pulsar FM

« Qu'il prenne certaines positions dans l'amélioration de la bonne gouvernance en Afrique ! »

« Cette nuit électorale américaine, je l'ai suivie avec beaucoup d'intérêts pour son charme. Je suis d'abord fier pour lui, parce que, s'il a gagné son deuxième mandat, c'est qu'il a répondu aux attentes de ces électeurs. Cela veut dire tout simplement qu'il a bien travaillé pour les Américains qui l'ont élu.

C'est vrai qu'avec la crise économique mondiale, cette histoire de dette et de chômage, ce n'était pas du tout évident pour lui. Mais Dieu merci, il a gagné. Pour ce deuxième mandat, je pense qu'il sera plus libre pour conduire à bon port son programme. Car nous savons tous qu'au cours du mandat passé, il n'a pas eu assez de temps pour mettre en place son programme.

Aux Africains de savoir que Barack Obama a été élu pour servir les Américains. Maintenant, mon souhait est qu'il prenne certaines positions dans l'amélioration de la bonne gouvernance en Afrique. Parce que, le plus important pour les Africains, c'est cette démocratisation du continent, et si des leaders comme Barack Obama font de ce combat leur leitmotiv, cela amènera nos chefs d'Etat à suivre.

Parce qu'un chef d'Etat africain qui n'est pas démocrate ne doit pas être encouragé par la communauté internationale. Cette communauté internationale doit se liguer contre lui.

Ici en Afrique, nous avons toujours des élections pliées à l'avance. Une fois que quelqu'un est au pouvoir, s'il perd les élections, c'est que réellement il avait envie de les perdre.

Il n'y a aucun suspens contrairement au système électoral américain où le suspens demeure jusqu'à la dernière minute. Cela veut dire que dans ces pays, les opinions sont très bien éveillées et que la chose politique est bien prisée. Il faut qu'en Afrique, les dirigeants travaillent à ce que nous ayons des élections transparentes où il y a effectivement le suspens ».

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