Magharebia (Washington DC)

Afrique du Nord: Les mouvements islamistes radicaux menacent la stabilité afro-méditerranéenne

Les gouvernements d'Afrique du Nord doivent lutter contre la montée des mouvements extrémistes et de la criminalité avant qu'une crise sécuritaire ne soit irréversible, affirment les spécialistes tunisiens et méditerranéens.

Par Monia Ghanmi pour Magharebia en Tunisie - 09/11/12

Les mouvements islamistes extrémistes mettent en danger la sécurité et la stabilité de l'ensemble du bassin méditerranéen, a mis en garde cette semaine le ministre tunisien de la Défense Abdelkarim Zbidi.

"Les pays d'Afrique du Nord connaissent la pauvreté, la marginalisation, l'exclusion, le manque de développement et l'absence d'institutions, un environnement où le crime organisé prospère et où les mouvements islamistes radicaux se propagent", a déclaré Zbidi devant l'Institut tunisien de la Défense nationale, mardi 6 novembre.

Il a souligné que la région méditerranéenne "assiste également à la prolifération des trafics d'armes et de drogue... et à une augmentation de l'immigration clandestine".

"La région afro-méditerranéenne est considérée comme une zone sensible dans le monde en raison de son manque d'intégration économique et des limites à une coopération réelle entre les pays qui la composent", a-t-il ajouté.

La combinaison de tous ces facteurs pourrait "menacer la sécurité et la stabilité de l'ensemble du bassin méditerranéen", a ajouté le ministre de la Défense.

Une récente conférence organisée par le Centre d'études méditerranéennes et internationales (CEMI) de Tunis est parvenue à des conclusions similaires.

Placée sous le thème "Changements politiques et impact sur la sécurité dans la région méditerranéenne", cette conférence, organisée les 30 et 31 octobre, a expliqué en quoi la montée des mouvements islamistes extrémistes constitue un danger croissant pour les pays d'Afrique du Nord et de la Méditerranée.

Les mouvements réactionnaires et extrémistes ont trouvé un terreau fertile dans ces pays sous prétexte de protéger la religion islamique, a expliqué Hardy Ostry, représentant de la Fondation Konrad Adenauer, qui co-organisait cet événement.

"Ces partis de la ligne dure, notamment en Tunisie, en Libye et en Égypte, souhaitent imposer leurs propres lois sécuritaires, parallèlement aux institutions en charge de la sécurité généralement acceptées dans les États modernes", a-t-il ajouté.

"Cette visée constitue une menace majeure pour la stabilité dans la région méditerranéenne dans son ensemble, parce qu'elle pose les fondements de la loi de l'extrémisme et du terrorisme", a ajouté cet analyste.

De plus, les objectifs de toute révolution ne peuvent être atteints tant que la violence augmente et que la situation sécuritaire se dégrade, a souligné l'analyste Khadija Vinene.

La violence salafiste s'est développée bien au-delà de la capacité du gouvernement tunisien à la contrôler, a-t-elle expliqué, prenant l'exemple de l'attaque du 14 septembre contre l'ambassade des États-Unis à Tunis.

Cela constitue donc le dilemme actuel, a expliqué Sorour Mhadhbi, étudiant venu de Tunis et participant à cette conférence, dans la mesure où "garantir la sécurité et la stabilité dans la vie publique relève avant tout de la responsabilité du gouvernement".

"Le gouvernement doit également être ferme, sans complaisance avec ces militants", a-t-il ajouté.

Mais tant que les partisans de la ligne dure religieuse continueront de commettre des crimes, "personne ne pourra parler de la sécurité dans le pays", a indiqué le président du forum Ahmed Haj Salem, 42 ans, d'El Kef.

"Mis bout-à-bout, salafisme et stabilisation sécuritaire constituent une équation difficile mais pas impossible à résoudre", a-t-il ajouté.

Pour le Dr Alaya Allani, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Manouba et spécialiste de l'Islam politique, "le risque a désormais atteint un niveau qui ne peut plus être ignoré".

Le gouvernement tunisien a commencé à prendre conscience du fait que la vulnérabilité de la sécurité et le contrôle de certaines parties du territoire par les salafistes sont inacceptables, a expliqué Allani.

C'est dans ce contexte que le Président tunisien a décidé en début de mois de prolonger l'état d'urgence jusqu'à fin janvier 2013.

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