Le Pays (Ouagadougou)

Guinée: Assassinat de la DG du tresor - Triste sort pour une incorruptible

Photo: Le Soleil
Aissatou Boiro

La lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics est à la fois noble et dangereuse dans certains pays. Elle peut même coûter la vie à ceux qui s'y adonnent. La preuve vient d'être donnée en Guinée Conakry avec l'assassinat, dans la nuit du 9 novembre 2012, de la directrice nationale du Trésor public, Aïssatou Boiro.

Le message de ceux qui ont fait abattre cette dame de 58 ans est clair : on ne s'attaque pas impunément à leurs basses besognes. Et la défunte paie pour avoir démantelé un réseau qui avait essayé, en mai 2012, de détourner plus de 13 milliards de francs guinéens (1,5 million d'euros) de la Banque centrale de la République de Guinée. Cette opération mains propres avait mis au grand jour la cupidité et la prévarication auxquelles s'adonnaient certains cadres du Trésor public, du ministère des Finances et de la Banque centrale. Apparemment, ceux qui se sont fait prendre à l'époque n'ont pas dit leur dernier mot. Mis sur la touche, licenciés, emprisonnés, bref, humiliés, ils rêvaient de prendre leur revanche sur ce Zorro en jupons qui a mis du sable dans leur couscous.

Dès lors, celle qui a osé empêcher des fonctionnaires de tomber à bras raccourcis sur les deniers publics, s'était volontairement mise dans leur viseur. Malgré les menaces de mort dont elle était l'objet, rien n'a visiblement été fait pour la protéger. La preuve, c'est la facilité avec laquelle elle a été tuée par balles, en circulation, alors qu'elle revenait d'une réunion au ministère des Finances dont relève son service. Mme Boiro était seule avec son chauffeur, sans garde du corps. Les autorités n'ont pas pris au sérieux les menaces de mort et l'irréparable s'est produit. Ni la forte délégation conduite par le Premier ministre guinéen, qui s'est aussitôt rendu à la maison mortuaire, ni le ferme engagement d'arrêter les auteurs de cet assassinat, encore moins l'émotion et les hommages ne feront revenir à la vie la dame « dynamique » et « incorruptible ». Tout devait être mis en oeuvre pour éviter ce triste sort - que l'on ne manquera pas de mettre sur le compte du destin et de la volonté divine - à un grand commis de l'Etat qui luttait contre l'enrichissement illicite d'une minorité.

Les habitudes ont vraiment la peau dure dans un pays où l'impunité, la corruption, les détournements de deniers publics étaient devenus banals surtout sous l'ère Lansana Conté. Un de ses fils ne s'est-il pas fait d'ailleurs épingler pour trafic de drogue après la mort de son père de président ? Lutter contre ces maux, c'est comme s'attaquer à des droits acquis, cogner sa tête contre celle d'intouchables, signer son arrêt de mort. Or, le pouvoir de l'opposant historique Alpha Condé a fait de la lutte contre la corruption et les détournements une de ses priorités. L'assassinat de la directrice nationale du Trésor public est un bâton que l'on essaie de mettre dans les roues de cette lutte. Tous ceux qui ont déclaré la guerre à ces fléaux pourraient être bien tentés de baisser les bras pour ne pas subir le même sort que Mme Boiro. C'est dire que tous ceux qui sont à des postes sensibles doivent bénéficier d'une protection de l'Etat.

De par leurs actions, ces personnes sont exposées et, sans une protection, elles sont à la merci de tous ceux qui ont intérêt qu'elles disparaissent. En outre, le découragement peut gagner les rangs des incorruptibles de la haute administration. Les autorités guinéennes doivent en prendre conscience.

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