Le Pays (Ouagadougou)

12 Novembre 2012

Tchad: Querelle autour des fonds de Hissène Habré - Une insulte à la mémoire des victimes

Bien indécente querelle que celle à laquelle se livre la classe politique sénégalaise sur les fonds de Hissène Habré.

En effet, l'actuel Premier ministre, Abdoul Mbaye, alors directeur général de CBEA, est accusé de blanchiment d'argent venant de l'ex-président tchadien qui se la coule douce à Dakar. Nous sommes loin des personnes les mieux indiquées pour confirmer ou infirmer cette thèse, même si, auparavant, des sources concordantes attestent que l'ex-patron de la CBEA a, en son temps, domicilié les sous du fugitif Habré avec l'aval de la BCEAO. L'on s'interroge cependant sur l'opportunité d'une telle querelle. Surtout que l'ex-dictateur tchadien court, avec lui des dossiers de crimes de tout acabit, les rues de Dakar qui lui garantit une si bien indécente protection.

A croire que les intérêts économiques l'emportent sur les considérations morales, sociales et judiciaires d'autant que du dossier global de Habré, Dakar en parle si peu. Que se passe-t-il donc sur cette affaire Habré qui ressemble fort à une intrigue sans dénouement ? Macky Sall dont on accuse le Premier ministre de blanchiment d'argent de l'ex-président tchadien avait juré de mener à bon port ce dossier judiciaire sans fin. Mais à part ses déclarations de bonnes intentions, c'est le silence radio. Ses ardeurs se sont vite glacées comme par enchantement. Et, pour une fois qu'il est question de parler de ce dossier, on s'est intéressé aux accessoires, passant à côté de l'essentiel qui est de faire tout pour que toute la justice soit finalement rendue aux victimes de la férule sanglante de Hissène Habré.

Si l'attitude de Dakar, au moment où elle accueillait Habré en 1990, se comprenait et s'expliquait par sa magnanimité, le flou et le soupçon commencent à peser sur les autorités quant à la manière dont elles traitent le dossier de leur hôte. A la vérité, jusqu'ici, rien n'a fondamentalement bougé à propos de ce dossier brûlant. Le président sénégalais semble emboîter le pas à ses prédécesseurs par une attitude qui consiste à promettre toute la lumière sur ce dossier dès les premiers jours du pouvoir, quitte à le classer sans suite.

En tout état de cause, la classe politique sénégalaise doit cesser les querelles de chiffonniers qui s'entendent aussi comme une insulte à la mémoire des victimes de la dictature Habré. Celles-ci attendent que justice leur soit rendue, par rapport aux crimes de sang. La bataille qui vaille aujourd'hui, et règlera tous les problèmes connexes comme l'affaire des fonds, c'est le procès de Hissène Habré.

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