Ethiopie: Peu d'espoir pour mettre fin au conflit de l'Ogaden

Addis-Abeba — Beaucoup d'observateurs espéraient que les récentes négociations de paix entre le gouvernement éthiopien et les rebelles de l'Ogaden signaleraient la fin du conflit éreintant de 18 ans. Cependant, le dernier cycle des négociations a dissipé tous les rêves de paix entre les deux parties.

Les choses ont empiré. Le fondateur et secrétaire aux Affaires étrangères du Front national de libération de l'Ogaden (FNLO), Abdirahman Mahdi, a déclaré à IPS qu'il ne voyait pas actuellement comment les négociations pouvaient se poursuivre.

L'Ogaden est un territoire dans le sud-est de la région Somali en Ethiopie. Et les intellectuels du FNLO luttent pour un Etat indépendant depuis la chute du pouvoir en 1991 du dictateur éthiopien Mengistu Haile Mariam.

Toutefois, les négociations de paix entre le FNLO et le gouvernement éthiopien ont brusquement pris fin dans une impasse au cours des discussions du 15 au 17 octobre. L'équipe de négociation d'Addis-Abeba a demandé au FNLO d'accepter la constitution de l'Ethiopie avant la poursuite des négociations. Le FNLO a refusé, estimant qu'il s'agissait d'une violation des modalités convenues dans les premières négociations. Comme d'habitude, chaque partie accuse l'autre.

"Nous devons commencer par créer un dialogue - c'est comme s'ils avaient pris une décision préméditée pour avorter les négociations", a déclaré Mahdi. "Il ne sert à rien de commencer par exiger que nous acceptions la constitution; cela a toujours été notre principal point de discorde".

Alors que les discussions sont en cours depuis mars, le premier cycle officiel a eu lieu les 6 et 7 septembre. C'était aussi la première négociation de haut niveau impliquant le ministre de la Défense de l'Ethiopie, Siraj Fegessa, et Mahdi. Elle s'est tenue sous la médiation du ministre kényan de la Défense, Yusef Huji.

Après, l'optimisme des pourparlers était apparemment élevé des deux côtés. Dina Mufti, porte-parole du gouvernement, a déclaré: "C'est une première étape positive". Et Mahdi a dit: "Cela pourrait être le début d'un processus utile".

Mais depuis ce temps, Mahdi a confié à l'équipe de négociation de l'Ethiopie que la constitution devait être choisie par le peuple et ne devrait pas dépendre d'un seul parti politique. "Les gouvernements ne peuvent simplement pas forcer le peuple à accepter une constitution, ils doivent organiser un référendum", a-t-il indiqué.

C'était la constitution qui a déclenché le conflit entre le FNLO et le gouvernement actuel en 1994. Bien que le FNLO se soit associé avec plusieurs leaders de l'actuel gouvernement éthiopien pour vaincre Mariam, les choses ont rapidement mal tourné.

Voyant finalement une occasion pour l'autodétermination, le FNLO a demandé qu'un référendum soit organisé pour la sécession. Le gouvernement éthiopien a refusé. Une fois encore le FNLO a pris les armes.

Le FNLO prétend lutter pour l'autodétermination des gens qui occupent ce qui est aujourd'hui appelé la région Somali en raison de sa grande population de groupes ethniques somaliens. C'est l'une des neuf régions administratives à base ethnique dans le pays et elle a longtemps souffert d'un mauvais développement et le FNLO affirme que le gouvernement a commis d'innombrables violations des droits humains dans la région.

"A l'époque nous étions marginalisés, privés de nos droits fondamentaux. Ils insultent notre peuple en nous imposant une administration que nous n'avons pas élue. Beaucoup de choses se passent, nos gens sont tués, il n'y a pas de liberté de la presse, un embargo humanitaire s'installe", a souligné Mahdi.

Les négociations entre le FNLO et le gouvernement ont été initiées par le Premier ministre défunt, Meles Zenawi (1995-2012), qui tenait à trouver une fin au conflit, et s'est rapproché de l'ancien président sud-africain, Thabo Mbeki (1999-2008), avant de démarrer les négociations de paix.

Des analystes disent que les principales raisons du récent échec des négociations sont notamment le manque d'un leadership clair, et des divisions par rapport à ce qu'il faut faire.

Selon l'analyste politique éthiopien, Jawar Mohammed, le gouvernement éthiopien est divisé sur la façon dont ils veulent traiter avec le FLNO. Un groupe veut les anéantir par la force militaire, tandis qu'un autre groupe, qui est plus exposé à la communauté internationale, tient à trouver une solution pacifique.

Mais alors que des analystes pointent du doigt les divisions au sein de la coalition politique au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, le gouvernement éthiopien semble être en train d'imputer l'échec des négociations aux divisions au sein du FNLO.

"Les négociations de paix ont échoué après que le groupe du FNLO a refusé d'accepter et de respecter la constitution de l'Ethiopie et de travailler dans le cadre constitutionnel", a indiqué un communiqué gouvernemental.

Mahdi a rejeté ces accusations. "C'est une propagande sans fondement tout simplement; le principal problème est qu'ils ne peuvent pas parvenir à une décision commune sur la façon de poursuivre les négociations", a précisé Mahdi.

Des responsables affirment que le gouvernement kényan est frustré par les derniers développements. Tenir les négociations en dehors de l'Ethiopie, à Nairobi, a été salué comme un grand pas en avant. Le gouvernement kényan a ses propres intérêts dans le succès des négociations.

"Al-Shabaab (la cellule terroriste d'al-Qaïda basée en Somalie) a toujours été une préoccupation pour la sécurité du Kenya; [le gouvernement kényan] tiendra à rompre les liens du FLNO avec Al-Shabaab", a indiqué à IPS, Abel Abate, un chercheur à l'Institut international pour la paix et le développement de l'Ethiopie, un groupe de réflexion financé par l'Etat.

Tobias Hagmann, un expert de l'Ogaden et maître de conférences à l'Université de Roskilde au Danemark, a déclaré à IPS que malgré le désir du Kenya de trouver une solution, le pays a peu d'influence sur l'Ethiopie, ce qui pourrait expliquer la récente rupture. "C'est comme le petit frère qui essaie d'influencer le grand frère", a-t-il expliqué.

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