Congo-Kinshasa: Soutien au M23 - Entre jeunesse stalinienne et fête foraine

Le M23 utilise la jeunesse du territoire qu'il contrôle pour démentir les accusations de viols et d'enrôlement de mineurs dont il fait l'objet. Reportage au coeur d'une manifestation de soutien au mouvenement, à Rutshuru, à l'est du Nord-Kivu.

La manifestation se voulait une démonstration du dynamisme et de l'indépendance des jeunes de Rutshuru, mais sur place le manque d'enthousiasme de la foule est à peine camouflé par la musique de fanfare qui l'accompagne. Arrivée devant le bâtiment de l'administration territoriale, une organisatrice donne un discours qui semble bien trop pré-mâché pour être l'oeuvre de jeunes en colère.

"Nous dénonçons l'attitude affairiste de certaines organisations non-gouvernementales qui, pour justifier les fonds de leurs donateurs (...), versent dans le clientélisme, la complaisance et la vulgarité dans l'établissement de rapports révélant des faits inexistants ou des témoignages élaborés à partir de leurs bureaux climatisés, éloignés du théâtre des évènements", débite Divine, en butant sur les mots.

L'évènement, soit-disant spontané, a pour but de dénoncer les rapports des Nations unies et de Human Rights Watch faisant état de viols et d'enrôlements forcés de jeunes dans les rangs du M23. Ces organisations internationales auraient sali la réputation de la population de Rutshuru en la faisant passer pour victime des exactions rebelles.

Manque d'entraînement à la propagande

"Nous participons à la manifestation du M23. Le M23 nous a invité à lutter contre les gens qui disent qu'on viole les filles, qu'on prend des garçons par force pour aller dans l'armée. Le M23 nous a invité pour manifester avec eux. Il y a une semaine qu'on prépare cela", raconte Brenda, 20 ans, étudiante.

Le M23, lui, dément être impliqué dans l'organisation de l'évènement. Après la lecture du discours, le nouvel administrateur du territoire, installé il y a trois mois à son poste par les rebelles, déclare que la marche organisée par les jeunes témoigne de la liberté d'expression et de manifestation sur toute l'étendue du territoire occupé par le M23. "Depuis notre arrivée à Rutshuru (...) la population jouit d'une sécurité incomparable", ajoute-t-il.

Après la marche et le discours, une église est réquisitionnée. Un spectacle pendant lequel les jeunes pourront montrer leurs talents y est organisé. "Nous voulons montrer au monde entier que nous, les jeunes de Rutshuru, nous ne sommes pas tous des militaires. Il y a des footballeurs, des musiciens... Moi je suis artiste, est-ce que je suis militaire ?", explique Abibou, 23 ans. [médias:images]

"Qui est-ce qui va les marier maintenant ?"

Les groupes de danse et les musiciens s'enchainent, entrecoupés par la présentation des "invités d'honneur" : Bertrand Bisimwa et le colonel Vianney Kazarama, les portes-parole du M23, accueillis par des tonnerres d'applaudissement. La mise en scène oscille entre jeunesse stalinienne et fête foraine.

Au micro, hurlant, le présentateur appelle le colonel Kazarama "son ami" et s'insurge contre les accusations des rapports. Comme la plupart des intervenants de la journée, il souligne le caractère salissant des accusations de viol en particulier. "Certains rapports disent que les filles et les femmes de Rutshuru ont été violées. Qui est-ce qui va les marier maintenant ? Est-ce qu'un garçon ici pourrait se marier avec une fille qui a été violée ?" Et l'audience de clamer un "non" retentissant. Le présentateur ajoute alors : "Nous avons appelé ces jeunes filles pour qu'elles montrent réellement qui elles sont et ce qu'elles font. Elles font de la danse traditionnelle."

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