Magharebia (Washington DC)

15 Novembre 2012

Mali: Le revirement d'Ansar Din suscite des doutes

Photo: Phuong Tran/IRIN
(Photo archive) - Des rebelles touareg qui ont fait face aux islamistes au Nord Mali

Nouakchott — La perspective d'une intervention militaire dans le nord du Mali pousse certains groupes extrémistes à revoir leurs positions.

Ansar al-Din a annoncé, le mercredi 14 novembre, qu'il renonçait à son objectif d'imposer la sharia dans l'ensemble du Mali.

Le groupe islamiste, qui conduit actuellement des négociations avec un représentant de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Ouagadougou, affirme également mettre fin à son application très stricte de la sharia sur les populations du nord du Mali.

"Ansar al-Din annonce l'abandon de sa revendication en faveur de l'application de la sharia islamique dans l'ensemble du Mali, mais qu'il continuera de l'imposer dans la province de Kidal, conformément à notre spécificité", a déclaré RFI citant Hamada Ag Bibi, membre de la délégation de négociateurs d'Ansar al-Din dans la capitale burkinabée, le mercredi 14 novembre.

"Si les négociations avec les autorités maliennes progressent, nous pourrons alors examiner les moyens et les mécanismes qui nous permettront de mettre un terme à nos relations avec les terroristes, les trafiquants et les groupes étrangers", a-t-il ajouté.

Un autre leader du groupe, Mohamed Ag Aharib, a clarifié cette nouvelle position en expliquant qu'Ansar al-Din continuera d'appliquer la sharia dans tout l'Azaouad, mais de manière moins rigoureuse, en tenant compte des choix des populations locales.

Selon l'analyste al-Mokhtar al-Salem, ce revirement d'Ansar al-Din concernant l'application de la sharia est un signe positif qui indique que ce groupe pourrait faire de nouvelles concessions.

"Plusieurs facteurs ont poussé Ansar al-Din à faire de telles concessions, dont le plus important est les discussions de plus en plus intenses à propos de la résolution militaire que le groupe s'efforce par tous les moyens d'éviter", a-t-il ajouté. "Les leaders du groupe comprennent aujourd'hui qu'il n'est pas dans leur intérêt de nager à contre-courant, et qu'il leur serait donc utile de faire des concessions à même de garantir leurs intérêts locaux, internationalement reconnus, à gouverner leurs propres régions, mais selon un système qui prenne en compte le droit des populations à choisir le système de leur choix."

Nombre d'habitants du nord du Mali ont accueilli favorablement la nouvelle selon laquelle Ansar al-Din adoptait un nouveau ton sur la sharia. Dans le passé, ce groupe islamiste avait en effet procédé à des flagellations et à des exécutions publiques sur la base de sa propre interprétation radicale.

"Ces concessions nous soulagent et nous les considérons comme une étape qui contribuera à renforcer la paix, dans la mesure où le choix des populations à choisir le régime qu'elles souhaitent devra être respecté", a ainsi expliqué Atay Ag Mohamed, responsable des médias au sein du Mouvement national pour la libération de l'Azaouad (MNLA) à Tombouctou.

"Nous espérons qu'Ansar al-Din prendra d'autres décisions, notamment une rupture totale et explicite avec les groupes terroristes connus", a-t-il expliqué à Magharebia.

Le MNLA a également annoncé qu'il souhaitait entamer des négociations avec Ansar al-Din dans les jours qui viennent.

"Nous avons pris note de cette évolution très positive et encourageante", a déclaré Moussa Ag al-Taher, le coordinateur diplomatique du MNLA en Europe, à l'AFP. "Nous aurons donc des entretiens officiels avec Ansar al-Din dans les jours qui viennent, afin que les forces de l'Azaouad puissent parler d'une seule voix avant d'entamer des négociations politiques."

Le Front national pour la libération de l'Azaouad (FNLA), qui représente les Arabes de Tombouctou, a également salué le changement d'attitude d'Ansar al-Din.

"Nous saluons également pour notre part la position adoptée par Ansar al-Din parce qu'elle est conforme à la nôtre, qui consiste à refuser la séparation d'une part, et le terrorisme de l'autre", a déclaré le porte-parole du FNLA Mohamed Mouloud Ramadhan à Magharebia. "Cela indique que chacun souhaite une solution pacifique négociée, et que nous devons tous y travailler."

Ce changement de ton chez les islamistes maliens intervient alors que la pression s'accentue en faveur d'une force militaire internationale destinée à reprendre le nord du pays. Mais Ansar al-Din comme le MNLA continuent de favoriser une approche diplomatique.

Le secrétaire général adjoint du MNLA Mohamed Lamine Ould Ahmed Lamine a expliqué à Magharebia que son mouvement était favorable aux négociations en cours dans la capitale burkinabée entre la CEDEAO et les groupes armés.

"L'insistance de la communauté internationale à mener la guerre dans le nord du Mali pourrait entraîner l'unification de tous les groupes présents dans la région contre la guerre", a-t-il expliqué dans un long entretien avec Magharebia. "Ces groupes doivent donc lutter contre cela."

Il a ajouté qu'il était encore "trop tôt" pour décider d'une intervention militaire, parce que les négociations diplomatiques sont encore en cours.

Un sentiment partagé par Nina Walet Ntalo, ministre au sein du gouvernement auto-proclamé du MNLA dans l'Azaouad. "Nous n'avons à ce jour exprimé aucune position concernant l'adoption de l'option militaire contre les terroristes. Nous attendons les résultas des négociations en cours", a-t-elle déclaré à Magharebia.

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