Afrique: Noir et propriétaire terrien au XIXe siècle

De nombreuses études faites sur la classe moyenne noire sud-africaine ne font pas mention de l'existence de propriétaires de terres de race noire dans la société africaine pendant la période coloniale. Convaincu de l'incompréhension qui règne au sujet de la formation des classes sociales en Afrique du Sud, Nkululeko Mabandla a exploré ce sujet brûlant dans son étude sur Mthatha. Etude récompensée par la première place de l'African Thesis Award.

"Jeune et au volant d'une BMW", c'est l'image reflétée par la classe moyenne noire dans les études récentes menées en Afrique du Sud post apartheid. Mais Mabandla affirme que les origines de la classe moyenne noire sont beaucoup plus anciennes et datent de la période coloniale. Selon sa thèse de l'étudiant sud-africain, bien que la plupart des gens qui pourraient faire partie de cette catégorie aient été dépossédés de leurs terres par le décret Glen Grey Act de 1894 et celui du Natives Land Act de 1913, la classe moyenne noire n'était pas entièrement éradiquée.

En réalité, une classe moyenne noire, qui n'était pas définie par une profession mais par la possession de terres, existait bien vers les années 1900. Mabandla prend l'exemple de la Colonie du Cap du XIXe siècle, où une "combinaison d'éducation et de possession de terres avait placé certaines personnes noires dans un rôle de citoyen."

Il écrit ceci : "Dans les réserves, appelées par la suite Bantustans ou Homelands, on rencontre la même volonté de posséder des terres."

La vie sous la règlementation des blancs

En guise d'illustration, Mabandla nous décrit le cas d'étude d'Elisha Mda, un propriétaire noir, né dans les années 1860. Son histoire est relatée à travers une interview réalisée avec son petit-fils, Mda Mda, actuellement avocat en retraite et militant politique réputé.

"Mon arrière grand-père est venu s'installer ici à Gwadana", raconte Mda Mda. Il explique ensuite comment en 1865, son arrière grand-tante est arrivée et s'est mariée avec le chef du village. "Ils n'ont pas pu avoir d'enfant mâle, donc ils ont demandé à mon arrière grand-père s'ils pouvaient avoir un garçon et c'est ainsi qu'ils ont élevé mon grand-père [Elisha]."

Elisha n'a pas seulement changé de famille en allant vivre chez sa tante. Pour lui, c'était un changement radical. Au lieu de la vie traditionnelle africaine, il s'est retrouvé dans un milieu où les règles étaient celles des blancs.

"Là-bas, une école missionnaire avait été bâtie par les blancs. Les terres [Fingoland] étaient soumises à la loi blanche. Il est donc allé à l'école". L'enfant était intelligent, il était aimé des enseignants et des missionnaires. Le sentiment qui régnait ici[Gwadana] était ainsi : "On dirait que les blancs sont en train de nous dominer. Il serait raisonnable d'avoir nos propres représentants dans ce nouveau régime."

A l'occidentale

Après ses études, Elisha est devenu enseignant. Son enseignement à "l'occidentale" lui a permis d'entrer dans la société occidentale et ses privilèges. Tout en étant enseignant, il a acheté son premier terrain à British Kaffraria et s'est installé le reste de sa vie comme propriétaire terrien.

Selon Mabandla, Elisha appartenait à une classe moyenne définie non par une éducation ni un emploi, mais par la possession de terres. La conclusion de cette thèse, au contraire de ce qui est suggéré dans d'autres recherches, est qu'au XIXe siècle, il existait des propriétaires de terres de race noire, bien avant la période de l'apartheid.

Cet article est le troidième d'une série de trois sur les 3 étudiants nominés pour l'Africain Thesis Award 2012. Lisez les deux autres articles dans la rubrique "Articles liés".

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