Le Potentiel (Kinshasa)

18 Novembre 2012

Congo-Kinshasa: La ville de Goma « menacée » par le M23 et l'armée rwandaise

Photo: Ph. Jonathan Lorrilarl
Des soldats des Forces armées de la RDC revenant de leurs positions de Munigi (10 km de Goma) où ils affrontent le M23, dimanche 18 novembre 2012.

Le gouverneur de la province du Nord-Kivu Julien Paluku s'est inquiété dimanche 18 novembre de la « menace » qui pèse sur la ville de Goma. « L'armée rwandaise a traversé la frontière pour poursuivre nos troupes, c'est pourquoi elles se sont retirées. Les (rebelles) ne sont qu'à quelques kilomètres, Goma est donc menacée, on ne peut pas le cacher », a-t-il déclaré à Reuters, affirmant que « les rebelles ont reçu une aide du Rwanda ».

« Les affrontements, qui se sont déroulés aux abords de Kibumba, ont permis aux insurgés du M23 de prendre position à une trentaine de kilomètres de Goma, dont ils ne s'étaient jamais approchés aussi près. Les forces gouvernementales ont dû se replier au sud de la ville », a-t-il expliqué.

Samedi, il a pourtant assuré que « les Forces armées de la RDC sont en train de se battre pour que la ville de Goma soit sécurisée », en signalant que les forces de la Monusco appuient l'armée congolaise dans sa contre-offensive pour récupérer la partie Nord de la localité de Kibumba passée sous contrôle des rebelles du M23 dans la matinée.

« Il nous reste seulement 1km pour récupérer cette position que nous avons perdue ce matin à la suite de cette forte artillerie couplée M23-armée rwandaise. Parce qu'on a vu des colonnes et des colonnes du contingent de l'armée rwandaise qui est entré par Gashizi, localité située à la limite entre le territoire rwandais et congolais. La Monusco est entrée en jeu avec ses hélicoptères de combat, on est en train de stopper la progression des éléments au départ de Kibumba vers Kilimanyoka », a-t-il précisé.

Le gouverneur Paluku a demandé « à toute la population du Nord-Kivu de garder son calme », affirmant que « la République va prendre toutes ses responsabilités pour se rassurer que Goma ne tombe pas entre les mains des gens qui sont recherchés par la CPI (Cour pénale internationale) ».

« En ce moment, nous sommes à Kibati, à 5 kilomètres de Goma. Nous ne sommes pas dans la ville de Goma. Ce n'est pas notre ambition de prendre Goma. Si toutefois l'armée de Kabila nous attaque, nous allons poursuivre l'ennemi jusqu'à ce qu'il soit rejeté très loin de Goma », a déclaré dimanche à la presse française le porte-parole militaire du M23, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama.

« Les affrontements se déroulent maintenant au camp de Kanyarucinya, l'ennemi a débordé par la droite et tous les déplacés ont déjà quitté le camp et seraient maintenant dans la ville de Goma.Nous essayons de nous défendre. Nous avons espoir dans les nouvelles troupes qui sont en train d'arriver de Bukavu », a indiqué au même média un colonel de l'armée chargé du renseignement, non autrement identifié.

Kinshasa « répertorie « 4.000 hommes en colonnes motorisées et à pied »

« Ce samedi 17 novembre 2012 au petit matin, après une longue préparation d'artillerie en provenance du territoire rwandais, quelque 4.000 hommes en colonnes motorisées et à pied ont à nouveau convergé vers Kibumba en contournant par le territoire rwandais mitoyen les FARDC déployées sur la route Rugari-Rutshuru. Après d'intenses combats, les FARDC se sont repliées en bon ordre dans les environs de Kibumba.

Plusieurs preuves attestent de la participation directe des Rwanda Defense Forces (RDF) aux hostilités, particulièrement ce 17 novembre 2012. Des uniformes appartenant aux Rwanda Defense Forces ont été trouvées sur certains assaillants », a affirmé samedi 17 novembre à Kinshasa le ministre congolais des Médias Lambert Mende Omalanga dans une « Déclaration du gouvernement ».

La Monusco « mise en garde »

Le M23 (Mouvement du 23 mars) a menacé dimanche 18 novembre la Mission de l'ONU pour la stabilisation de la République démocratique du Congo (Monusco) de « réagir » à ses bombardements.

« Nous mettons en garde la Monusco qui est en train de bombarder nos zones au lieu de montrer sa neutralité sur le terrain. Qu'elle cesse de nous bombarder ! S'ils continuent à nous bombarder, nous allons réagir », a déclaré son porte-parole militaire, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama à la presse française.

Affirmant ne « pas tolérer » que la Force onusienne recourt aux « hélicoptères, des chars de combats contre la population », il a dit que le « M23 n'a jamais attaqué » les camps de la Monusco à Kitale et Kiwandja. « Nous voudrions que la Monusco montre sa neutralité dans ces affaires congolaises, entre les Congolais. Est-ce que la Monusco est venue ici pour combattre les Congolais ou pour protéger les Congolais ? », s'est-il interrogé.

« Jusqu'ici, dix missions ont été menées par nos hélicoptères de combat. Des hélicoptères de la Monusco ont ouvert le feu samedi dans l'Est du pays sur des positions prises récemment par les rebelles à l'issue d'intenses combats », a annoncé l'ONU, sans autre indication un quelconque bilan. Elle a observé des « tirs nourris en direction des forces congolaises depuis le début de la matinée (de dimanche) et « un nouvel exode de la population ».

« Aujourd'hui il y a des combats initiés par le M23 et nous assistons à un déplacement massif et nous comptons déjà 700 nouvelles familles qui sont allées s'ajouter aux 17.000 autres installées sur le site de Kanyaruchinya. Face à cette situation, nous ne pouvons pas rester les bras croisés et voir la population se jeter ainsi dans la rue », a déclaré le porte-parole de la Monusco, Madnodje Mounoubai.

Disant prendre « le M23 pour responsable de l'aggravation de la situation humanitaire et sécuritaire dans la province du Nord-Kivu », la Monusco a dit « suivre de près la situation et ne tolérera aucune avancée ou action des troupes du M23 qui provoquerait une panique au sein de la population civile et engendrerait de nouveaux déplacés ».

La Monusco est autorisée à recourir à la force pour protéger les civils, rappelle-t-on.

« Pas de solution sans un accord entre la RDC et ses voisins »

Samedi 17 novembre à New York, la mission permanente française a demandé au Conseil de sécurité de « se réunir d'urgence à huis clos pour débattre de la situation en RDC ». Elle a exigé « la cessation immédiate des combats » qui risquent de conduire à « un nouveau drame humanitaire ».

Un communiqué du ministère français des Affaires étrangères dit que Paris appelle « à la protection des populations civiles et de tous les acteurs humanitaires » et « demande à tous les pays de la région de s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de la RDC.

« J'espère vraiment que nous obtiendrons du Conseil de sécurité un signal disant au M23 de cesser sa progression et invitant tous les pays concernés à entrer dans de véritables négociations », a déclaré le représentant permanent de la France aux Nations unies avant la réunion des Quinze. « Il n'y aura pas de solution sans un accord entre la RDC et ses voisins, Rwanda compris », a souligné Gérard Araud.

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