La Tribune (Algiers)

Algérie: L'AADL Annaba mise à l'indexe par les citoyens

Au vu des centaines de plaintes de citoyens de la ville, rejoints en cela par les entrepreneurs du BTP qui dénoncent le favoritisme et les pratiques douteuses de la direction régionale quant à la passation des marchés, l'Aadl d'Annaba n'est pas pour ainsi dire un modèle de gestion.

Logements vides et double attribution

Récemment une lettre dénonçant ces pratiques avec force détails a atterri dans les bureaux des services de sécurité qui sont actuellement en train de vérifier son contenu pour s'assurer de la véracité des faits rapportés. La Gendarmerie nationale, dont les limiers sont parmi les plus efficaces, est au stade de l'enquête préliminaire et apparemment, il y a anguille sous roche puisque selon certaines indiscrétions, le directeur régional de l'Aadl s'est vu retirer son passeport pour vérifier ses fréquents déplacements à l'étranger, principalement au Maroc et en Espagne. Dans ladite lettre, il est rapporté entre autres que le responsable en question est propriétaire de deux résidences l'une à Alicante et l'autre à Casablanca, des résidences qu'il aurait acquises il y a plus d'une année.

Concernant le logement proprement dit au niveau des sites Aadl, à Zaafrania, les Lauriers Roses, cité Saf Saf, Sidi Achour et Sidi Amar, il y a 127 logements inoccupés à ce jour alors que les souscripteurs à cette formule de location-vente attendent pour certains d'entre eux depuis 2001 comme le cas d'un confrère décédé et dont le dossier n'a pas été traité à ce jour. D'autres ont bénéficié par deux fois de logements Aadl à la Cité Saf Saf et à Sidi Achour comme cet entrepreneur, M. B. qui «arrose tout le monde», nous dit-on. Certains, faisant jouer leurs relations, ont pu accéder au logement Aadl sans même avoir déposé de dossier, la régularisation est venue bien plus tard pour être en conformité avec la réglementation et encore des pièces essentielles sont manquantes.

La passation des marchés

Pour ce qui est de la passation des marchés, un entrepreneur que nous avons rencontré nous a révélé que ceux-ci sont confiés la plupart du temps à une seule entreprise qui en profite et à des prix majorés, le fractionnement des marchés et les consultations restreintes sont les méthodes les plus usitées pour confier lesdits marchés. À titre d'exemple, les travaux de plomberie sanitaire sont la chasse gardée d'une entreprise connue à Annaba, ceux de la boiserie idem, comme cela a été le cas pour le site Les Lauriers Roses où une entreprise a bénéficié de 4 conventions successives pour des travaux de réparation de la boiserie pour un montant total de 28 millions de dinars !

La réparation et la maintenance des ascenseurs est du ressort exclusif d'une seule et unique entreprise qui a accaparé le marché. «Pour les autres marchés, poursuit notre interlocuteur, il faut passer par un certain R. employé à la direction régionale de Sidi Achour, qui joue le rôle de rabatteur et prend sa commission au passage.»

Résidence grand standing et gros bonnets

«La Résidence Errazi», un bloc de 6 étages avec 4 logements par palier, une promotion immobilière de grand standing à 95 000 dinars le mètre carré bâti est en phase d'achèvement. Les 24 logements ont déjà été vendus ; les «mauvaises langues» rapportent que cette promotion a été vendue exclusivement aux gros bonnets, c'est-à-dire à ceux qui ne sont nullement dans le besoin et veulent avoir une résidence d'été à Annaba alors que la crise du logement fait rage. Le simple fait d'avoir lancé ce type de logement est en contradiction avec les missions de l'Aadl qui est censée répondre à une demande populaire «pour l'amélioration et le développement du logement». Comme son nom ne l'indique pas, ceux qui président aux destinées de cet organisme n'ont aucun respect pour la réglementation de sorte que l'on décide d'attribuer le logement Aadl à qui on veut, quand on veut, l'ordre chronologique n'a aucune forme d'incidence sur ces décisions. Idem pour les marchés qui sont l'apanage de certains entrepreneurs proches des décideurs.

Personnel d'entretien «au-dessous du Snmg»

L'entretien et le gardiennage des sites est confié à des entreprises de sous-traitance qui exploitent et sous-payent des personnels dont la plupart ne sont pas déclarés. Ces femmes de ménage qui ont à leur charge des tours de 16 étages s'éreintent pour des salaires de misère (à peine 10 000 dinars) bien en dessous du Snmg. Ce qui influe négativement sur le travail qui est bâclé et sur l'environnement d'une manière générale. Les ascenseurs sont devenus la propriété privée des concierges, qui interdisent leur utilisation pour déménager alors que si on leur glisse un petit billet ils vous aident même à surcharger ledit ascenseur. Le gardiennage est aléatoire voire inexistant puisque des appartements sont cambriolés de jour comme de nuit sans que ces «vigiles» ne s'aperçoivent de quelque chose. On se contente de signaler et de faire le constat.

Concernant toutes ces informations nous avons tenté à maintes reprises de prendre contact avec le directeur régional de l'Aadl qui, dans un premier temps nous a fixé rendez-vous avant de se raviser et nous renvoyer à sa secrétaire qui, à son tour, nous a fixé un autre rendez-vous avant de nous rappeler plus tard que le directeur était en mission. Cette gestion de l'Aadl d'Annaba peut être le point de départ d'une contestation populaire qui pourrait donner lieu à des actes extrêmes de la part des souscripteurs et des entrepreneurs qui ont subi jusque-là les injustices et l'arbitraire d'une direction occupée à satisfaire les desiderata de certains. Le département de Tebboune devrait s'intéresser à l'Aadl d'Annaba et prendre, s'il y a lieu, les décisions qui s'imposent pour remettre de l'ordre dans cette Administration qui fait fi des règles les plus élémentaires de la gestion.

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