Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Joseph Kabila appelle à la mobilisation générale

Photo: Monusco, Jonhattan Lorillard
Rebelles du M23

Après d'intenses combats du week-end, la ville de Goma est tombée entre les mains des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) depuis hier matin. Pour cette raison, le chef de l'Etat Joseph Kabila appelle à la mobilisation générale en vue de résister à l'envahisseur qui opère par ses suppôts du M23 interposés.

Les combats ont repris particulièrement autour de la ville de Goma. Vous, en tant que commandant suprême des Forces armées de la République démocratique du Congo, comment est-ce que nous pouvons connaître la situation sur le terrain et quelles sont les pistes de solutions ?

Tout d'abord, un mot de compassion avant de parler de la situation. Un mot de compassion et d'encouragement à l'endroit de la population du Nord-Kivu, la population de la ville Goma qui vit depuis maintenant quelques mois sous une tension, une guerre. Et c'est depuis effectivement vingt-quatre heures, voir quarante-huit heures, que nous avons connu la dégradation de la situation avec le combat tout autour de la ville de Goma et le combat autour de l'aéroport. C'est une très mauvaise situation bien sûr, avec ce combat et bien entendu avec le déplacement massif de la population dans tous les sens, la perte de vies humaines.

Bref, une situation humanitaire qui se dégrade chaque heure qui passe. Quelles sont les pistes de solutions ? Toutes les options sont aujourd'hui sur la table. Il y a deux ou trois mois, je vous avais parlé de nos options sur les plans politique, diplomatique et militaire. Aujourd'hui, toutes ces options sont sur la table et elles sont à exploiter.

On a remarqué que lors de derniers combats, les forces du M23 sont équipées d'armes hautement sophistiquées. D'habitude, ces forces disent qu'elles récupèrent ces armes auprès des Forces armés démocratiques du Congo. Peut-on dire que notre armée a pu acquérir de nouvelles armes ? Est-ce que l'embargo de fait a-t-il été levé ?

L'embargo n'a pas encore été levé. C'est ça la vérité ou la réalité. Mais, la République démocratique du Congo a toujours maintenu que ce mouvement a certainement un appui extérieur, l'appui des pays voisins, on a cité l'appui du Rwanda. Alors, nous pensons que le gouvernement congolais n'a pas jusque-là acheté des armes hautement sophistiquées. On est en train effectivement de réorganiser nos forces armées, de réarmer nos unités, la réforme est en cours ; mais jusque-là pour l'armement utilisé par ce mouvement, l'explication, il faut la trouver ailleurs. Cela veut dire qu'il s'agit là d'un appui extérieur.

Quelle votre position par rapport à la communauté internationale qui sait très bien que ces armes ont été achetées quelque part, qu'elles ont transitées par des pays voisins, notamment le Rwanda ? Et pourquoi cette politique de deux poids deux mesures par rapport à la RDC ?

Il faut précisément poser cette question à la communauté internationale ou aux représentants de la communauté internationale. Quant à la République démocratique du Congo, nous sommes engagés dans une offensive diplomatique depuis plusieurs mois maintenant. C'est ce qui justifie d'ailleurs le déplacement dans la région, non pas seulement du président, mais aussi du ministre des Affaires étrangères et d'autres responsables. Mais le déplacement aussi au niveau des Nations unies, de l'Union africaine, et bien sûr auprès d'autres organisations régionales, la SADC principalement et l'organisation des pays des Grands Lacs.

Excellence, la RDC continue à être agressée. Le Rwanda et même l'Ouganda sont pointés du doigt. Un sommet extraordinaire de la CIRGL est convoqué. Bien sûr, il faut aussi la voie diplomatique. Qu'est-ce que la RDC peut encore attendre de cette énième rencontre à Kampala?

La République démocratique du Congo va cette fois-ci présenter à ce sommet tout ce que nous avons comme preuves contre les pays cités. La République démocratique du Congo peut attendre de ce sommet la vérité, et rien que la vérité. Ce n'est pas de coutume dans la région, mais c'est une arme qu'on va continuer à utiliser contre tous ceux qui sont dans cette aventure de séparation de notre pays.

Monsieur président de la République, l'opinion congolaise est fatiguée de ces guerres à répétition. Elle commence à se demander pourquoi les institutions du pays, en commençant par la première institution, le président de la République et les autres institutions, n'arrivent-elles pas à rompre les relations diplomatiques avec le Rwanda particulièrement?

Tout d'abord, ce n'est pas seulement la population ou l'opinion qui est fatiguée par la guerre, nous sommes tous fatigués par la guerre. Le Congo n'a pas besoin de faire une guerre. Le Congo n'a pas besoin de guerre. La République démocratique du Congo a besoin d'une paix, et une paix durable. La République démocratique du Congo, le peuple congolais, nous avons tous besoin de ce que l'on appelle le développement.

C'est ce qui nous préoccupe. Mais, quand une guerre nous est imposée, comme c'est le cas aujourd'hui, on a l'obligation de résister, résister et résister encore. De toute façon, la paix se gagne. On doit se battre pour atteindre cet objectif, une paix durable. Je vous informe, puisque c'est ça la question, que l'on a déjà rappelé notre ambassadeur en consultation à Kinshasa depuis quelques semaines. Peut-être que vous n'avez pas été informé, mais le ministre des Affaires étrangères a été instruit de rappeler l'ambassadeur, qui n'est plus d'ailleurs à Kigali, jusqu'à ce que cette situation soit clarifiée davantage.

La situation humanitaire, vous l'avez dit, est catastrophique, quelles sont les mesures que le gouvernement prend pour y faire face ? Pour y faire...vu qu'il y a un déplacement de plusieurs milliers de dizaines, de milliers, de milliers, de nos compatriotes, le gouvernement a décidé de débloquer les moyens pour aider nos compatriotes. Mais en même temps, c'est en coordination avec les ONG attitrées qui vont nous aider sur le terrain, parce que il se fait que partout où il y a le déplacement ou les camps de déplacement, c'est peut-être derrière les lignes ennemies, parce que l'on ne peut pas y accéder, ce sont les ONG attitrées qui vont le faire, qui continuent à le faire, d'ailleurs avec beaucoup de sacrifice et beaucoup de détermination.

En tant que garant de la nation, quel message adressez-vous aujourd'hui à la population de Kivu, en particulier et de la RDC en général ? C'est le même message, la mobilisation. C'est difficile de dire qu'il faut garder le calme, mais effectivement il faut garder le calme. Et le Congo doit continuer à se préparer. La mobilisation doit se poursuivre, pas seulement au Nord-Kivu, pas seulement au Sud-Kivu, en Province Orientale et ailleurs, mais sur toute l'étendue du territoire national. C'est un devoir patriotique, en principe c'est cela le message, la mobilisation générale de la population, de toutes les institutions, de toutes les couches de la population. La République démocratique du Congo est aujourd'hui confrontée à une situation difficile, extrêmement difficile.

Nous avons déjà eu à vivre et aussi à vaincre de situation pareille dans le passé. Le passé, 2009, c'est 2001, 2002, 2003, le pays était divisé, mais avec la détermination, les efforts de nous tous, et la participation de la population, nous sommes parvenus à réunifier notre pays, à défendre l'essentiel. L'essentiel, c'est notre indépendance et la souveraineté de notre pays. Cela sera le cas, et certainement la victoire, elle est de notre côté.

Excellence, quelle serait l'importance de la force neutre à la frontière entre le Rwanda et la RDC, si jamais la ville de Goma tombait entre les mains rwandaises, parce que cela fait une connexion avec la ville de Gisenyi ? Est-ce que cette force neutre s'interposerait entre Goma et Gisenyi ?

Bonne question. Au niveau de ce sommet extraordinaire convoqué, c'est précisément de ça que l'on doit parler. La force neutre était censée, du moins, la logique de la force neutre, c'était d'un déploiement au niveau de la frontière. Mais, maintenant avec les combats qui sont en cours, est-ce que cette force sera encore déployée sur le terrain ? Point d'interrogation. Alors je n'ai pas de réponse à cette question. Mais effectivement, cela devient hypothétique.

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