Le Potentiel (Kinshasa)

4 Décembre 2012

Ouganda: Kampala accueille les pourparlers directs entre Kinshasa et le M23

Photo: Government Comunication and Information System
Président Joseph Kabila

Le retrait du M23 étant désormais confirmé, Kinshasa a finalement accepté de rencontrer le M23. Ville choisie : Kampala, capitale ougandaise. Sauf imprévu de dernière minute, la délégation officielle qui inclut des membres de l'opposition institutionnelle et de la Société civile quitte Kinshasa aujourd'hui mercredi.

C'est finalement Kampala, capitale de l'Ouganda, qui abrite dans quelques jours des « pourparlers » directs entre les autorités de Kinshasa et les rebelles du Mouvement du 23 (M23). Suivant le voeu exprimé par le M23, des membres de l'Opposition institutionnelle font partie de la délégation qui quitte Kinshasa, sauf imprévu, aujourd'hui mercredi.

Selon des indiscrétions recueillies dans les couloirs du gouvernement, la délégation qui partira de Kinshasa devait être composée de 10 députés nationaux, dont le président de l'Assemblée nationale, quatre (4) sénateurs, des membres du gouvernement, des délégués de la Société civile de Kinshasa et l'abbé Malumalu pour le compte du Starec. Des membres de la Société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu devaient faire jonction à Kampala avec la délégation de Kinshasa.

Bien avant de quitter Kinshasa, le président de l'Assemblée nationale et chef de la délégation dépêchée à Kampala, Aubin Minaku, a, dans une interview à RFI, recadré le débat pour lever toute équivoque sur les thèmes inscrits au rendez-vous de la capitale ougandaise.

Si pour le M23, la rencontre de Kampala rime avec des négociations, à Kinshasa, on pense le contraire. Dans l'entendement de Kinshasa, la rencontre devait se limiter à une évaluation de l'accord de Goma du 23 mars 2009 sur lequel le M23 fonde son action.

Mais, d'ores et déjà, Kinshasa a prévenu. « Si le M23 croit que ça (Ndlr : les pourparlers de Kampala) sera le dialogue inter congolais bis (Ndlr : à Sun City en 2002), il fait fausse route. Ce n'est pas le cas. (...), mais l'essentiel est de savoir que ce n'est pas pour aller négocier quelque chose du genre « dialogue inter congolais » en Afrique du Sud », a précisé Aubin Minaku.

De l'avis du président de l'Assemblée nationale, Kinshasa aborde cette rencontre de Kampala avec beaucoup de sérénité, convaincu d'avoir rempli sa part de contrat dans la mise en oeuvre de l'accord de mars 2009. Aubin Minaku n'a pas tergiversé sur le sujet.

« L'évaluation des revendications du M23 va commencer. Ces 21 revendications ont pour fondement les accords du 23 mars 2009. Sachez que la quasi-totalité des prescriptions des accords du 23 mars 2009 a été réalisée. En principe, il n'y aura donc pas de problèmes », pense-t-il. A Kampala, il ne sera donc question « d'un nouveau Sun City » puisque, selon Minaku, « le contexte est différent », la RDC s'étant dotée en deux élections générales de 2006 et 2011 des institutions qui fonctionnent « démocratiquement ».

De ce point de vue, l'on ne devait donc pas s'attendre à un quelconque partage de pouvoir au terme des pourparlers de Kampala, encore moins à l'attribution d'une prime de guerre au M23 en le faisant notamment participer, comme ce fut le cas après Sun City en 2002, à la gestion de la chose publique.

Pour Kinshasa, c'est juste l'évaluation de l'accord du 23 mars 2009 qui sera à l'ordre du jour, sans aucune incidence sur les institutions issues de dernières élections de novembre 2011.

Parviendra-t-on à dissiper tous les malentendus qui ont conduit le M23 à prendre les armes en 15 jours « d'évaluation » de l'accord du 23 mars 2009 ? Difficile à prédire. Toutefois, l'incertitude demeure entière sur l'issue rapide de cette rencontre.

En 2002 à Sun City, en Afrique du Sud, le dialogue inter congolais a pris huit semaines pour se terminer par un accord partiel, dont les conséquences se ressentent jusqu'à ce jour, plongeant la partie Est de la RDC dans un cycle violence perpétuelle.

A noter que ces pourparlers, convenus dans le cadre de la CIRGL, se tiennent au moment où un groupe d'experts de l'ONU ont renouvelé de graves accusations de soutien au M23 contre le Rwanda et l'Ouganda dans la récente prise de la ville de Goma.

De nouvelles charges contre le Rwanda

Selon le rapport de ces experts, les forces rwandaises ont fourni un « soutien direct » aux rebelles dès le lancement de leur offensive, tandis que l'Ouganda apportait surtout un appui « logistique », en particulier des équipements. « Plus d'un millier de soldats rwandais sont venus du Rwanda pour aider le M23 » dans sa marche vers Goma et 500 ont assisté les rebelles lors de la prise de la capitale du Nord-Kivu, selon ce rapport.

Le ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe, présenté par les experts de l'ONU comme le grand ordonnateur de ces opérations militaires, a jugé « totalement erronées » ces affirmations, hier mardi devant le Parlement rwandais. Il a mis au défi l'ONU « de présenter des preuves concrètes » d'une implication militaire rwandaise en RDC.

La rébellion est censée se retirer à au moins 20 km au Nord de Goma, sur ses positions initiales. Mais, signe de la difficile mise en oeuvre des termes de la médiation des Grands Lacs, elle est en réalité encore aux portes de Goma. Le M23 avait accepté d'évacuer la ville de Goma en échange de l'ouverture de pourparlers avec Kinshasa.

Dans la suite de l'ONU, Kinshasa continue à soutenir la main noire du Rwanda et de l'Ouganda derrière l'action menée par le M23. Ironie du sort, c'est encore en Ouganda, dans la maison du pyromane, que Kinshasa va tenter de faire la paix avec le M23

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