Libération (Casablanca)

Maroc: En s'abstenant lors du vote de la résolution portant moratoire sur la peine capitale - Rabat fait le mort

«Je vote l'abolition pure, simple et définitive de la peine de mort». Cette déclaration de l'humaniste de tous les temps, Victor Hugo, le Maroc n'a pas eu le courage de la faire sienne et a préféré s'abstenir de voter la résolution des Nations unies relative à l'instauration d'un moratoire de l'exécution de la peine de mort.

Une décision que déplore la Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM). « C'est une décision franche et entre la condamnation à la peine capitale et son exécution, il n'y a, en fait, aucun obstacle, ni moral, encore moins légal », a indiqué amèrement Abderrahim Jamai, coordinateur de la CMCPM, lors de la conférence de presse organisée ce 25 décembre à Rabat. Et d'ajouter :«A tout moment, la décision d'exécuter un condamné peut être prise par le ministre de la Justice ». Une sorte d'épée de Damoclès.

Le Maroc a encore une fois raté un rendez-vous avec l'Histoire. C'est la quatrième fois que le Royaume réitère et signe. Il tient à sa position depuis 2007. Tous les indicateurs allaient pourtant vers un vote positif. A rappeler, à cet égard, les dispositions de la nouvelle Constitution qui instaurent le droit à la vie et criminalisent la torture et tout acte portant atteinte à la dignité humaine et les recommandations de l'Instance, équité et réconciliation. Plus encore, la dernière application de la peine de mort remonte à 1993. Alors y a-t-il une explication officielle de cette position du Maroc ?, serait-on tenté de savoir.

Maître Jamai est clair à ce propos : «Il n'y a rien d'officiel, mais juste une interprétation». Et d'expliquer :«Notre législation pénale contient plus de 60 articles afférents à la peine capitale. On n'est pas prêts à en faire table rase ». De telles peines disparaîtraient graduellement et le prochain Code pénal en réduirait sensiblement le nombre. En tout cas, c'est une promesse avancée par un responsable du ministère de la Justice, comme l'a rappelé Me Jamai. Une politique des petits pas loin de le contenter «Nous sommes toujours dans l'expectative car, jusqu'ici, aucun projet de Code ne pointe à l'horizon», a-t-il souligné.

Cette situation est somme toute déplorable. Mais qu'à cela ne tienne. La coalition ne restera pas les bras croisés. Elle est bien décidée à continuer sur sa lancée. Une démarche qui n'est pas de tout repos. En effet, l'abolition de la peine de mort ne fera jamais l'unanimité au sein d'une société. Me Jamai en est bien conscient. Selon lui, « les pays qui ont adopté cette position ont fait preuve d'un courage politique afin de franchir le pas ». La Coalition continuera à porter le flambeau en interpellant et le gouvernement et les représentants du peuple afin de respecter les conventions internationales adoptées par le Maroc. Et puis, on n'est jamais à l'abri d'erreurs judiciaires. Combien d'innocents y a-t-il parmi ceux qui attendent dans les couloirs de la mort ? Une lutte sans merci est livrée contre la peine capitale.

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