Le Pays (Ouagadougou)

26 Décembre 2012

Centrafrique: Rebellion - La rançon des promesses non tenues

Photo: Claire Soares/IRIN
Des soldats tchadiens en patrouille.

Séléka, c'est le nom de baptême de cette coalition de forces rebelles qui a décidé d'en finir avec le régime du général François Bozizé en République centrafricaine. Elle reproche au président centrafricain le non-respect des engagements qui avaient permis de mettre fin à la dernière rébellion armée. Il s'agit notamment de la question relative à la démobilisation et à la réintégration des anciens combattants dans l'armée régulière. Comme en RD Congo où, pour non-respect des engagements pris, le M23 a pris les armes pour marcher sur Kinshasa, la coalition Séléka en RCA est dans la même posture.

A Bangui comme à Kinshasa, des promesses et des engagements non tenus sont à l'origine des conflits armés aux conséquences souvent désastreuses pour l'économie et les populations. Et on peut se demander si l'appel lancé par les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale sera entendu, dans la mesure où le sommet demande de rebattre les cartes en revisitant tous les accords signés entre 2008 et 2010 et « d'ouvrir des négociations sans délai ». Sur le terrain, la coalition Séléka qui avait donné l'impression de faire une trêve à la demande des Etats voisins, continue sa marche en avant. Comme si elle ne voulait pas tomber dans le piège du M23 qui fut contraint de se retirer de Goma avant l'ouverture des négociations.

Désormais, Bangui est à portée des canons de Séléka, d'où la panique des habitants, qui s'en sont pris à l'ambassade de France. Mais que peut Paris, face aux turpitudes des Centrafricains eux-mêmes ? Au-delà de l'arrêt des hostilités, la question que l'on est en droit de se poser est de savoir comment couper l'herbe sous les pieds de ces éléments potentiellement déstabilisateurs. En d'autres termes, quel est le meilleur moyen d'étouffer les velléités de rébellion ? Quels risques courait Bangui à mettre en oeuvre des engagements pris précédemment pour ramener la paix dans son pays ? On a souvent l'impression que les pouvoirs en place, une fois l'orage passé, un accord en main, font le service minimum en matière d'application des recommandations. La bonne gouvernance. Elle reste jusqu'à preuve du contraire le moyen le plus ordinaire pour rassembler les populations et les amener à être les acteurs de leur propre développement et exiger la redevabilité à l'égard des gouvernants qui devraient être mus par le souci permanent de la redistribution des richesses, de la justice et de l'équité.

Que fait l'UA quand un pouvoir n'arrive pas à gérer son pays et ne tient pas ses engagements ? Pratiquement rien, jusqu'à ce que le feu prenne aux poudres, à l'instar des événements douloureux que vit actuellement la RCA. Il ne faut cependant pas dédouaner les rébellions dont certains chefs ou commanditaires sont souvent téléguidés par des intérêts personnels étrangers. Dans l'une comme dans l'autre des motivations, les « intérêts du peuple » sont passés par pertes et profits, sinon qu'ils servent plutôt de prétexte pour justifier des actions de prévarication comme c'est le cas dans les Grands lacs.

Le hic dans le cas de la République centrafricaine voire de la RDC, nonobstant la non-application des accords de paix, c'est que les dirigeants, dans l'intervalle, n'ont pas su se construire des armées plus fortes et mieux structurées pour défendre l'intégrité du territoire et assurer la sécurité des populations. Face à la progression des forces rebelles, on se demande comment Bangui va pouvoir résister sans l'appui du grand frère Tchadien. En tous les cas, on n'en serait pas là si Bozizé avait vraiment voulu refermer la parenthèse en tenant tous les engagements pris avec les rébellions successives.

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