26 Décembre 2012

Tanzanie: Contenir 'la course à l'accaparement des terres'

Photo: Monde Kingsley Nfor/IPS
L'accaparement des terres continue d'asphyxier les populations rurales africaines

Dar es Salaam — A partir de janvier 2013, la Tanzanie débutera la restriction de la taille des terres qui peuvent être "cédées" uniquement aux grands investisseurs étrangers et locaux à des fins agricoles.

Cette décision intervient suite aux critiques locales et internationales selon lesquelles de grands investisseurs s'emparent ici de grandes portions de terre, délogeant souvent de petits agriculteurs et des communautés locales.

Le secrétaire permanent du cabinet du Premier ministre, Peniel Lyimo, a confirmé que le gouvernement limiterait la quantité de terres à céder aux investisseurs dans cette nation d'Afrique orientale. Auparavant, il n'y avait pas de limites.

"Pour un grand investisseur qui veut investir dans le sucre, le plafond a été mis à 10.000 hectares. (La limite pour) le riz est de 5.000 hectares. Le plafond du sucre est considérablement plus élevé parce qu'elle pourrait également produire de l'énergie électrique", a déclaré Lyimo à IPS. Les fibres de canne à sucre sont utilisées dans la production d'électricité.

Des documents officiels, vus par IPS, au Centre d'investissement de la Tanzanie, une agence gouvernementale créée pour promouvoir et faciliter l'investissement, indiquent: "Même au cours d'une période de sept ans, un investisseur ne serait pas en mesure d'utiliser plus de 10.000 hectares..."

Cette action intervient comme un soulagement aux organisations de défense des droits fonciers qui ont constamment demandé au gouvernement de contenir l'accaparement des terres ici.

En 2008, le gouvernement tanzanien avait lancé l'initiative du Kilimo Kwanza (l'agriculture d'abord) dans le but d'accroître les investissements du secteur privé dans l'agriculture.

Et quand le Forum économique mondial a eu lieu à Dar es-Salaam en 2010, le Corridor de croissance agricole du sud de la Tanzanie (SAGCOT), un partenariat multi-acteurs pour développer rapidement le potentiel agricole du pays, a été formé et le gouvernement a commencé par inviter les entreprises étrangères à investir dans les cultures comme celles de la canne à sucre, du maïs, du riz et du manioc.

Toutefois, des organisations de la société civile comme l'ONG tanzanienne, l'Institut de recherche sur les droits fonciers et les ressources (LARRRI) et l'Institut Oakland, une cellule de réflexion politique et indépendante aux Etats-Unis, ont demandé au gouvernement de revoir sa politique d'investissement afin de limiter la quantité de terre cédée aux investisseurs étrangers.

"Céder des dizaines de milliers d'hectares aux grands investisseurs consiste à nuire aux petits agriculteurs", a affirmé Yefred Myenzi, directeur exécutif de LARRRI.

A ce jour, le gouvernement a cédé 80.000 hectares de terres aux grands investisseurs, a-t-il indiqué à IPS

"Les conflits fonciers opposant de pauvres villageois aux puissants investisseurs font actuellement plus de 1.000 incidents signalés. Il y a en moyenne cinq litiges fonciers par jour dans le pays et trois parmi eux impliquent de puissants investisseurs", a déclaré Myenzi.

Dans le district de Loliondo, dans le nord de la Tanzanie, qui est connu pour sa faune, la plupart des terres ont été cédées à des concessions internationales de chasse, ce qui a entraîné l'expulsion massive de la population locale - bien que le gouvernement ait réfuté cela.

'AgriSol Energy', une grande compagnie énergétique américaine, a également été accusée d'être impliquée dans l'accaparement des terres en Tanzanie, ce qui aurait déplacé plus de 160.000 réfugiés burundais, selon un rapport publié par l'Institut Oakland. Le rapport indique que AgriSol bénéficie de l'expulsion forcée des réfugiés, dont nombreux font l'agriculture de subsistance, et louent les terres - autant que 800.000 hectares - du gouvernement tanzanien à 25 cents par demi-hectare.

Myenzi a affirmé qu'en général, sur les 1.825 litiges fonciers rapportés en 2011, 1.095 impliquaient de puissants investisseurs.

"Il y a beaucoup de (litiges) insupportables dans le pays". Ceci nécessite des actions correctives concrètes. Les actions du gouvernement se concentrent actuellement sur l'agriculture à grandes échelle, mais il devrait y avoir un plan clair sur la façon dont ils peuvent coexister avec les petits agriculteurs qui constituent la majorité", a-t-il ajouté.

Selon le ministère tanzanien de l'Agriculture, de la Sécurité alimentaire et des Coopératives, les petits agriculteurs produisent plus de 90 pour cent des vivres du pays.

Seule la moitié - 44 millions d'hectares - des 94,5 millions d'hectares de la Tanzanie est constituée de terres arables. Et selon l'Echantillon du recensement national agricole de 2002/2003, seulement 9,1 millions d'hectares sont cultivés.

"Peu de gens seulement possèdent de grandes ressources foncières (en Tanzanie). Ce qui se passe actuellement est que les riches de l'intérieur et de l'extérieur du pays se trouvent dans une course pour l'accaparement des terres", a souligné Myenzi.

Damian Gabagambi, un économiste agricole à l'Université agricole de Sokoine, la plus grande université agricole en Tanzanie, a déclaré que les principaux investisseurs devraient prévoir l'afflux de solutions technologiques et la création de marchés pour les petits agriculteurs.

"Bien que nous encouragions les grands investisseurs dans le secteur agricole, la Tanzanie doit limiter la quantité de terre qu'ils peuvent acquérir, de sorte qu'ils puissent dépendre des petits agriculteurs pour la plupart de leurs besoins. Les petits commerçants sont plus importants pour la sécurité alimentaire du pays".

La Tanzanie a une population d'environ 42 millions de personnes et 12.000 villages, mais 0,02 pour cent seulement de ses citoyens possèdent des titres de propriétés foncières traditionnelles.

Harold Sungusia, un avocat du Centre des droits légaux et humains, a indiqué à IPS que pour maîtriser les conflits fonciers avec les investisseurs, le gouvernement devrait créer des avantages équitables entre les intérêts de son peuple et ceux des investisseurs.

Il a déclaré que le rôle des moyens étatiques comme les lois, les institutions et les ressources est passé de la protection des intérêts de la majorité des petits agriculteurs dans les années 1970 et 1980, à la facilitation de l'acquisition des terres des communautés par une petite élite et des compagnies étrangères.

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