La Tribune (Algiers)

24 Décembre 2012

Mali: A contresens de la résolution 2085 de l'ONU, Paris n'exclut pas une intervention au 1er semestre 2013

Les voix de Paris ne disent pas toutes la même chose sur la solution à privilégier pour la situation au Mali.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian vient de commettre la première attaque contre la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée jeudi dernier. Dans une interview au quotidien La Croix, le ministre français a indiqué que «l'intervention militaire de la force africaine pour chasser les islamistes armés du nord du Mali pourra avoir lieu au premier semestre de l'année prochaine». Il faut d'emblée remarquer que cette déclaration est en décalage avec celle tenue par François Hollande au cours de sa récente visite en Algérie où il annonçait qu'il «n'y avait pas de divergences entre les deux pays sur la crise malienne». Mais plus que ca, le ministre français de la Défense va à contresens de la résolution onusienne. Pour lui, «la France apporte un soutien technique à la Cédéao (la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) dans la constitution d'une force capable d'aider le Mali à retrouver l'intégralité de son territoire». Plus explicite, il dira que «le concept opératoire est en train de s'affiner. L'intervention militaire pourra avoir lieu au premier semestre de l'année prochaine».

Plus tranchant entre l'option militaire et l'approche politique, il soutient que «pour l'instant, il n'y a pas de solution politique à la situation au Mali : les Etats de la région ont conscience des risques que représentent, pour leur sécurité, les agissements des bandes terroristes armées qui s'en prennent aux populations et se livrent à toutes sortes de trafics». Or, la résolution onusienne accorde du temps aux Maliens pour réunir les conditions d'une solution possible quand bien même elle a donné une autorisation pour l'envoi d'une force militaire. Car, dans le fond, la résolution onusienne visait à mettre les dirigeants maliens devant leur responsabilité. Surtout que ladite résolution a été aussitôt suivie par la signature d'un accord entre le Mnla et Ansar Eddine. Il restait, dans les faits, à ce que les Maliens passent à la reconstitution de leur Etat. C'est l'un des points de la résolution, qui préconise comme assise à une solution politique «le renforcement de l'armée malienne et le déploiement d'une mission internationale de soutien au Mali (Misma)».

Cette approche onusienne a incontestablement confortée l'approche que défend Alger depuis que le nord du Mali échappe aux autorités de Bamako. Du côté de la France, il semble qu'on n'arrive plus à se positionner. Après avoir affiché une intention d'abandonner le choix d'«y aller» à la guerre, on se rétracte à présent en annonçant une probable intervention avant même l'expiration de la feuille de route établie par l'ONU.

Il faut relever que la résolution onusienne suggère aux autorités maliennes la tenue d'élections législatives avant fin 2013. Mais, manifestement, Paris veut la guerre bien avant cette échéance.

Ads by Google

Copyright © 2012 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 2,000 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 200 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.