27 Décembre 2012

Congo-Kinshasa: Unis, hommes et femmes luttent contre les violences sexuelles

Kikwit, Rd Congo — Pour lutter contre les violences sexuelles, hommes et femmes de Kikwit, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), mènent de temps en temps des actions ensemble. Cette synergie donne déjà quelques résultats encourageants.

En liberté provisoire, Zéphirin Kawusu, 59 ans, directeur d'une école primaire, est sorti de la prison centrale de Kikwit, la principale ville de la province du Bandundu. Il était poursuivi, depuis juin 2012, pour viol sur une mineure de 16 ans qui est tombée enceinte.

Justine Kakesa, présidente de la Dynamique de la jeunesse féminine congolaise (DJFC) au Bandundu, une organisation non gouvernementale (ONG) locale de développement, avait dénoncé ce viol de mineure auprès de la Synergie de lutte contre les violences sexuelles (SYLVS), une plateforme regroupant 18 ONG. La SYLVS a alors saisi la justice.

"J'ai été alertée par les gens du quartier de l'auteur, car mes numéros de téléphone sont connus de la population grâce aux émissions radiophoniques et séances de sensibilisation que la SYLVS anime en collaboration avec d'autres personnes, hommes et femmes, depuis 2010", déclare Kakesa à IPS.

Elle ajoute qu'en 2012, la DJFC a dénoncé 56 cas de violence sexuelle et transmis aussi ces données au bureau urbain du ministère du Genre, de la Famille et de l'Enfant qui a également, dans ses attributions, la lutte contre les violences faites aux femmes.

De son côté, Saddam Ilunga, 17 ans, a violé une fille de 14 ans, dont la famille a exigé en octobre qu'il leur paie un million de francs congolais (1.086 dollars) comme pour les dédommager. Comme lui-même est mineur, ses parents ont payé.

"La famille de la victime nous a contactés pour l'aider auprès du tribunal pour enfant de telle sorte que l'auteur du crime soit puni conformément à la loi", indique Médard Kimwanga, directeur provincial de la Clinique juridique de la Ligue de la zone Afrique pour la défense des droits des enfants et des élèves (LIZADEEL).

Selon Kimwanga, plus de 120 cas de violences sexuelles ont été dénoncés par son ONG et traduits en justice dont plus de 60 condamnés en 2011 et en 2012 grâce à une collaboration étroite et au soutien de la société civile.

Les habitants de Kikwit vivaient depuis des années dans un contexte où des cas de violences sexuelles étaient fréquents, sans pouvoir les dénoncer à cause de la peur et de la honte.

Mais, la situation change petit à petit depuis 2010, avec le regroupement des associations dans la SYLVS. Hommes, femmes et jeunes ayant appris un cas de viol, le signalent à une ONG membre ou saisit la police, ou encore le parquet du tribunal de grande instance.

"Je n'ai plus peur de dénoncer des cas pareils comme auparavant. Je suis content de constater que sur les trois cas que j'ai signalés aux responsables des ONG et amenés devant la justice, deux ont été condamnés", déclare, fièrement, Claude Musinganga, 44 ans, habitant la commune de Kazamba.

"Les violeurs sont poursuivis et condamnés en vertu...des lois sur les violences sexuelles promulguées par le chef de l'Etat en juillet 2006 et ...de la loi de janvier 2009 portant protection de l'enfant", explique James Ilunga, un défenseur judiciaire à la LIZADEEL.

"De janvier au 22 décembre 2012, 97 cas ont été dénoncés, confirmés, traduits en justice dont 37 auteurs condamnés", affirme Raymond Kitako, coordonateur de la SYLVS.

Il ajoute que la SYLVS a des commissions chargées respectivement de la prise en charge juridique; psycho-sociale; ou médicale des victimes; et de la réinsertion socio-économique.

Selon Patrick Tshefu, procureur du parquet de grande instance de Kikwit, "80 pour cent des violences sexuelles ont été exercées cette année sur des filles de moins de 18 ans. Les violeurs ont écopé d'une peine allant de sept à 20 ans de servitude pénale et d'une amende qui varie entre 800.000 francs congolais (environ 870 dollars) et un million de FC (1.086 dollars)".

Tshefu déclare aussi que grâce à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation de la RDC (MONUSCO), le parquet a créé en octobre dernier une Cellule de lutte contre les violences sexuelles qui n'instruit que des dossiers concernant des infractions liées aux viols pour envoyer au tribunal de grande instance ou au tribunal pour enfants, selon le cas.

Pour sa part, Camile Sesep, ministre de l'Information du gouvernement provincial de Bandundu, indique à IPS que 40 pour cent de la population carcérale dans cette province sont constitués de violeurs.

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