Afrique: Fonctionnaires, faites place aux jeunes !

Dans plusieurs pays africains, les fonctionnaires n'aiment pas partir à la retraite. Parfois aux affaires depuis trois, quatre ou cinq décennies, les vieux s'accrochent. Et, la jeunesse s'impatiente. Exemple au Cameroun.

Au Cameroun, les fonctionnaires et les hommes politiques n'aiment pas entendre parler de la retraite. Même si les statuts fixent souvent l'âge de départ entre 55 et 60 ans, cette période est toujours pour eux source d'inquiétude.

Conséquence, ces fonctionnaires multiplient les manoeuvres pour rester en fonction. Ils obtiennent des rallonges grâce à des décrets présidentiels et, parfois, ils diminuent frauduleusement leurs âges pour être - administrativement - plus jeunes.

"Des salaires très bas"

"Nous avons des salaires très bas et on doit s'occuper de nos familles et aider les proches. Ça ne nous permet vraiment pas de faire des économies. On peut commencer sa carrière avec 150 000 francs Cfa et la terminer avec 250 000 francs. Sans les avantages, ça ne permet pas de construire une maison et de garantir une vie décente quand arrive la retraite", explique Théophile, fonctionnaire.

Pourtant, les Etats prévoient toujours un système de cotisation sociale permettant aux fonctionnaires d'avoir droit à des "pensions de retraite". "Combien vaut cette pension ? Quand j'irai à la retraite, je toucherai le tiers de ce je gagne en ce moment. Qu'est-ce qu'on peut faire avec ?" se demande Théophile.

Une mauvaise organisation

Kouotou, jeune opérateur économique, pointe surtout la mauvaise organisation des fonctionnaires : "La plupart vit au jour le jour. Ils ne s'organisent pas pour épargner assez d'argent afin de bien vivre pendant la retraite. Ceci fait en sorte que nombreux sont ceux qui sont surpris quand on leur demande de se reposer. Ils préfèrent donc s'accrocher à leurs postes de travail au détriment d'un renouvellement de la main d'oeuvre."

Le constat de Kouotou est partagé par une large partie de la jeunesse camerounaise, et s'étend au monde politique. "Quand j'étais encore à l'école primaire, le président de la République, le premier ministre et la plupart des ministres étaient déjà aux affaires. Ils sont toujours là alors que j'ai obtenu ma maîtrise à l'université. Ça ne se renouvelle pas assez. Tout le monde veut rester en fonction jusqu'à la mort. Comment on va obtenir du travail dans ce cas ?" questionne, dépité, Florent, chômeur. Mais pour Sismondi Barlev Bidjocka, président du Rassemblement de la jeunesse camerounaise (RJC), l'autre raison pour laquelle les fonctionnaires se cramponnent à leurs postes, c'est parce qu' "être fonctionnaire, c'est gagner de l'argent sans effort. On arrive le matin à 10h et on repart avant 15h."

Déficit de renouvellement

Certains jeunes sont d'autant plus amers que les principaux responsables à des fonctions politiques sont arrivés aux postes de responsabilité très jeunes. C'était le moment où, avec le départ des administrateurs coloniaux, les jeunes et rares cadres indigènes étaient recrutés systématiquement. "Il faut donner une chance aux jeunes. La jeunesse est l'avenir d'un pays. Nous sommes les plus nombreux au Cameroun et en Afrique. Si les vieux s'accrochent, la jeunesse va se rebeller. Partout dans le monde, c'est la jeunesse qui fait les révolutions. Alors, il faut qu'on nous écoute", avertit Florent, le regard rempli de colère.

Un message d'une jeunesse africaine qui ne demande que d'occuper une place sur le continent noir au lieu d'émigrer en Europe comme elle le fait.

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