L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Centrafrique: Bozizé crie, Hollande fait la sourde oreille

Il est mécontent, le président centrafricain ; plus, il est furax ; et à vrai dire, on le serait à moins. Voici que des rebelles ont décidé de lui faire rendre gorge, et ce, depuis la date du 10 décembre 2012 ; et ils n'ont pas vraiment l'air se s'amuser, ces hommes qui tiennent à se payer son scalp ; en juste quelques jours, ils ont transformé leurs mouvements de troupe en une quasi-déferlante qui effarouche à juste titre l'homme fort de Bangui ; des villes minières d'importance sont tombées dans leur escarcelle, et à supposer que l'avancée se poursuive avec la même célérité, Bozizé peut déjà se chercher une terre d'asile pour protéger ses vieux jours.

En temps d'insécurité, c'est connu, on fait appel à ses amis ; le président centrafricain a commencé par lancer un sos à un ami de longue date, qui, en presque pareille circonstance, de par le passé, sut lui porter une main secourable : le frère et voisin tchadien Idriss ; mais de toute évidence, les amours entre les amis n'ont peut-être plus la même chaleur d'antan ; Idriss Déby, nolens volens, répondit sans vraiment répondre à la requête de l'ami en difficulté ; il envoya quelques hommes de son armée, mais leur enjoignit d'assurer un service minimum : les soldats tchadiens en mission en Centrafrique ne joueront qu'un rôle d'interposition.

On comprend alors la déception d'un Bozizé qui comptait sur la maîtrise de l'art de la guerre des hommes de Déby pour mâter ses croquants du moment. L'homme se tourne alors vers l'ancienne métropole ; un de ses ministres lance un sos sans ambages en direction de l'Elysée ; pour toute réponse, Paris prend des mesures strictes pour sécuriser son personnel et son ambassade ; et Hollande se paie le luxe d'apporter certaines précisions qui montrent clairement que la présence des militaires français en Centrafrique n'avait pas pour vocation de «protéger un régim». A quel saint Bozizé devra-t-il désormais se vouer?

On devra attendre pour le savoir, mais d'ores et déjà, il semble bien qu'il n'ait plus que ses yeux pour pleurer ; c'est que le président centrafricain souffre ici d'un symptôme qui caractérise moult chefs d'Etat africains : un temps, lorsque les circonstances l'exigent, on clame haut et fort qu'on est indépendant voilà un demi-siècle et qu'à ce titre on ne saurait souffrir d'aucun diktat de l'extérieur ; un autre temps, lorsque vient le moment des misères, toute honte bue, on choisit d'aller se vautrer aux pieds du colonisateur de jadis, au risque de se voir infliger une humiliation extrême.

C'est bien le malheur qui, en ce moment, frappe de plein fouet Bozizé, le Centrafricain. Mais à la réflexion, la chose ne dédouane pas l'ancienne métropole non plus ; la France de Hollande n'est pas exempte de contradictions lorsqu'elle refuse l'aide à ce chef d'Etat en détresse ; et l'argument de la neutralité ne trompe personne ; on pourra toujours parler des accords passés et qui stipulent ci et ça, et patati et patata ; cette France qui refuse aujourd'hui de porter secours à Bozizé, on l'a vue à l'oeuvre contre Gbagbo en Côte d'Ivoire et contre Kadhafi en Libye.

Bien sûr, il y avait le paravent du fameux mandat de l'ONU, mais on l'a vue aussi pilonnant en 2010 les rebelles qui voulaient déboulonner un certain Déby. Alors ... paroles, paroles... on a tout de même la désagréable impression que l'acceptation ou le refus de la main militaire secourable se fait au gré de la politique du moment et, surtout, à la tête du requérant.

En tout état de cause, c'est bien le président centrafricain qui se mord les doigts à l'heure actuelle ; il serait peut-être bien inspiré de se résoudre à aller à Canossa, pourquoi pas ? Certaines des revendications-clés des croquants du jour tournant autour de ces fameux accords passés déjà en 2007 puis en 2011, pourquoi ne pas courageusement décider de les revoir ? Surtout qu'en ce moment, la bravade et l'esbroufe risquent de ne pas suffire ; déjà Bozizé se rend compte qu'il ne pourra plus compter sur l'aide de certains amis ; lorsqu'on est seul et désarmé contre un ennemi puissant, la sagesse la plus élémentaire commande alors de renégocier.

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