Fasozine (Ouagadougou)

27 Décembre 2012

Burkina Faso: Soungalo Ouattara élu président de l'Assemblée nationale

En écrivant dans sa dernière édition (N°42, page 6) que «le président de l'Assemblée nationale devrait cette fois-ci provenir de la région de l'Ouest. Des noms sont cités pêle-mêle et celui qui revient le plus est celui de Soungalo Apollinaire Ouattara, l'actuel ministre chargé du Travail», Fasozine a eu le nez creux. Elu député pour le compte du Congrès pour la démocratie et le progès (CDP), cet administrateur civil hérite du perchoir en remplacement de Roch Marc Christian Kaboré. M. Ouattara dont le parti, avec ses 70 députés, détient la majorité à l'Assemblée nationale est élu avec 96 voix devant Denis Nikiéma de l'Union pour le progrès et le changement (30 voix), présenté par un collectif de partis politiques de l'opposition (UPC, Unir-PS, CNPB, RDS, Le Faso Autrement, PDS-Metba).

Ci-devant ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Sécurité sociale, on lui prête des atouts d'homme de consensus, tout en lui reconnaissant des qualités managériales et d'innovation à la tête d'un département jugé corsé. Nous vous proposons de redécouvrir le personnage avec ce portrait que lui a consacré Fasozine en avril 2008, alors qu'il était ministre délégué, chargé des collectivités territoriales:

Soungalo Apollinaire Ouattara, administrateur de coeur et de raison

«Sa nomination au sein du gouvernement en tant que ministre délégué auprès du ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation, chargé des collectivités territoriales, n'a certainement pas été fortuite. Soungalo Apollinaire Ouattara, 51 ans, est un passionné de l'administration des services, mais encore un concentré d'expériences et d'expertises sur la gestion des ressources. Des compétences utiles pour mettre en synergie les potentialités des collectivités territoriales avec la politique de gouvernance locale, à l'échelle nationale, voire au-delà...

Il rêvait, dans son enfance, de devenir... journaliste ! Son désir était de communiquer, de partager les informations du monde avec les populations.

Orienté en lettres modernes après avoir décroché son baccalauréat en 1976 au lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, et suite à l'obtention de la licence, il est même inscrit à l'Ecole de journalisme du Conseil de l'Entente, à Lomé, capitale du Togo. Mais il était sans doute écrit que ce natif du Capricorne, né un certain 31 décembre, devait suivre un autre itinéraire. Un itinéraire qui a finalement pris ses racines à l'Ecole nationale d'administration (Ena, actuelle Enam), suite au retentissant mouvement estudiantin qui a ébranlé le campus de l'Université de Ouagadougou en 1979. L'aspirant journaliste, qui avait pris une part active dans ce mouvement qui appelait à une réforme du système des examens, s'est, en effet, retrouvé sans bourse.

Ainsi s'est forgée et s'est confortée, au fil des années, cette carrure d'administrateur qui veillait depuis longtemps chez Soungalo Ouattara. « Je me plais bien dans ce domaine. Je suis associé, depuis 25 ans, au système d'administration et de gestion à divers niveaux et j'en tire encore bien des satisfactions », confesse, la main sur le coeur, l'actuel ministre délégué burkinabè, chargé des collectivités territoriales. Et c'est non sans fierté qu'il évoque son passage « passionnant et enrichissant » à la présidence du Faso, où il occupa, de 1995 à 2006, soit pendant plus de dix ans, les fonctions de secrétaire général.

Un poste stratégique qui lui aura sans doute permis d'affiner son expertise d'administrateur civil pointu, et de mettre sa riche expérience au service de la première des institutions de la République. D'autant que cet administrateur-là est resté un communicateur dans l'âme, et a même été chargé de cours de liberté publique à l'Ecole nationale d'administration et de magistrature (Enam) en 1994.

Préfet-maire à tout faire...

Mais Soungalo Ouattara n'a pas atterri à la présidence du Faso par hasard. Derrière cet homme affable et courtois, se profile un parcours d'administrateur et de gestionnaire, nourri aux sources d'une passion adolescente, et vivifié au gré des responsabilités. Très tôt, en effet, alors qu'il n'était qu'au lycée, le jeune Apollinaire se voit confier les responsabilités de la bibliothèque de l'établissement et de chef de classe. « Cela a forgé en moi l'obligation de rigueur, la nécessité de donner l'exemple », note-t-il. Même s'il avait déjà été pétri dans ces valeurs-là, au cours de son enfance à Koumi (15 kilomètres au-delà de Bobo-Dioulasso, seconde ville du Burkina), où il a été « façonné du point de vue religieux», à l'école catholique de cette localité.

C'est donc avec un certain bonheur que Soungalo Ouattara assume, entre 1983 et 1984, les fonctions de préfet-maire de la commune de Réo et de Haut-commissaire intérimaire de la province du Sanguié. Une époque où les préfets avaient, entre autres, pour missions, de tenir un journal de poste sur les mille et un événements rituels, culturels, économiques et politiques de la circonscription qu'ils administrent, de mobiliser les populations autour des projets de développement et de les informer sur d'éventuelles attaques acridiennes, sur les épizooties ainsi que sur les vicissitudes de la météo...

Après le Sanguié, Soungalo Ouattara se retrouve, tour à tour, de 1984 à 1988, dans les provinces du Passoré et de la Gnagna, comme secrétaire général, cumulativement avec les fonctions de préfet-maire de Bogandé et préfet de Thyon. Mais ce n'est pas tout. Son expérience d'administrateur rompu, il le mettra également au service du ministère de l'Administration territoriale et de la sécurité (1988-1994), et de la Commission nationale de décentralisation (1994-1995), respectivement en qualité de secrétaire général et de secrétaire permanent.

Perpétuel questionnement

On comprend donc pourquoi cet homme est tellement à l'aise lorsqu'il s'agit de débattre ou simplement de brasser des idées constructives en matière d'administration et de gestion de ressources humaines, matérielles, physiques... «C'est mon vécu. L'administrateur civil est tenu d'observer l'évolution des sociétés», admet-il modestement, lorsqu'on lui demande comment il réussit à faire une éloquente synthèse entre l'histoire et l'écriture, pour livrer à la postérité, une oeuvre majeure «pour une renaissance de l'Afrique».

En effet, le journaliste qui sommeille toujours dans cet administrateur civil prend bien souvent sa plume pour questionner le passé, scruter le présent et esquisser l'avenir. C'est, du reste, ce qu'il fait si admirablement dans son dernier ouvrage «Gouvernance et libertés locales», paru en novembre 2007 aux Editions Karthala, et qui fait désormais référence en la matière. Un ouvrage qui vient s'ajouter à une liste déjà longue de publications, portées sur l'administration et la gestion des collectivités et qui soulignent le perpétuel questionnement de l'auteur sur les grandes questions de son temps.

Marié depuis 1980 à Mariam Jeannette Sanou, documentaliste, qui lui a donné deux enfants - un garçon et une fille - Soungalo Apollinaire Ouattara adore manifestement l'écriture. Et, lorsque ses charges de ministre délégué le lui permettent, s'il n'est pas plongé dans la lecture de quelque ouvrage, il pianote joyeusement son ordinateur pour être constamment en phase avec les technologies de l'information et de la communication. «Je suis beaucoup porté sur l'informatique et j'adore organiser les services, les administrations, en mettant à profit les avancées de la technologie», assure le fils de feu Shufa Ouattara, ancien responsable administratif de Koumi, décédé en 1980. Assurément, le fils a de qui tenir...

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