Le Pays (Ouagadougou)

30 Décembre 2012

Congo-Kinshasa: Négociations entre Kinshasa et le M23 - Une menace sur les pourparlers

La coalition de la rébellion en Centrafrique, la Seleka, qui menace actuellement le fauteuil de François Bozizé, a mis sous l'éteignoir une autre rébellion dans cette partie tourmentée de l'Afrique. Il s'agit du Mouvement du 23-Mars ou M23 en République démocratique du Congo (RD Congo).

Entre novembre et décembre derniers, cette rébellion a fait parler d'elle en occupant des localités importantes de la région du Nord-Kivu dont Goma, la capitale régionale. Après avoir marqué des points sur le terrain, le M23 a réussi à faire ouvrir, le 9 décembre dernier, des négociations en Ouganda avec le pouvoir central de Kinshasa. Aujourd'hui, celles-ci sont suspendues pour être reprises, en principe, le 4 janvier prochain. Toutefois, des députés de l'opposition congolaise ont mis à profit cette suspension pour redire leur rejet de ces pourparlers. L'un d'eux, le député Martin Fayulu de la plateforme Forces acquises au changement (FAC) alliées à l'UDPS de Etienne Tshisekedi, a animé une conférence de presse le 27 décembre pour appeler à un dialogue politique inter-congolais. Pour ce dialogue, celui qui qualifie les négociations de Kampala de « chronique d'un échec annoncé », souhaite qu'il soit confié à un « médiateur africain crédible » comme le président sénégalais Macky Sall ou celui du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N'Guesso.

Au cours de ce dialogue que l'honorable appelle de ses voeux, il sera question de la mise en place d'une armée républicaine et de la réforme des services de sécurité, du respect des droits humains, de la correction et de la poursuite du processus électoral, de la mauvaise gouvernance, de la corruption et de l'impunité, du pillage des ressources naturelles et des relations entre la RDC et ses voisins. Avant cet élu, un autre, le député Jean-Lucien Busa du Mouvement de libération du Congo (MLC de Jean-Pierre Bemba ), avait dit tout le mal qu'il pensait des pourparlers de Kampala en parlant de « perte de temps et d'argent ». Lui aussi a appelé à un « dialogue inclusif et responsable » au cours duquel les Congolais vont se « poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses » au problème structurel de l'Est de la RD Congo. Pour lui, exit également la médiation ougandaise menée par le ministre de la Défense, Crypsus Walter Kiyonga, qui a pu faire asseoir à la même table les rebelles et les autorités congolaises.

Pour l'instant, on n'a pas encore entendu une réaction du M23 à ces récusations de la médiation de l'Ouganda qui est, par ailleurs, pointée du doigt comme étant, avec le Rwanda, l'un des soutiens de cette rébellion. Les voix de ces opposants ne portent peut-être pas loin au point de gêner les négociations. Mais, à force d'asséner la récusation de la médiation ougandaise, ils pourraient rallier bien des Congolais à leur revendication « nationaliste » et créer un malaise. Et, plus ils se feront entendre et mobiliseront autour de leur demande, plus ils feront planer un danger sur le processus de négociations. En effet, on ne sait pas si le M23 se contentera de condamner cette attitude ou bien s'il quittera la table de négociations et relancera l'offensive sur le terrain. D'ailleurs, le gouvernement congolais semble avoir pris la mesure du désordre que pourrait créer cette attitude des deux députés de l'opposition.

En effet, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a répondu au député Martin Fayulu en lui faisant savoir qu'il fait des « amalgames » entre une agression rebelle et le combat politique. Pour lui, on ne peut pas occulter la rébellion du M23 dans la recherche de solutions à la question de l'Est. Voilà qui pourrait être clair au niveau de la rébellion qui n'aura pas de raison de penser un seul instant que le pouvoir veut changer de médiateur en plein processus, si ce n'est simplement ruser, vu qu'il n'y a plus de pression sur ses épaules. Les négociations sont donc toujours à l'ordre du jour, en attendant de voir sur quoi elles vont aboutir en termes de solutions à la crise.

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