La Tribune (Algiers)

1 Janvier 2013

Algérie: La drogue à profusion en Kabylie

La drogue s'insinue dans les plus petits réduits des espaces publics et familiaux de la région de Kabylie. Sans se référer aux chiffres communiqués périodiquement par les services de sécurité et les saisies de plus en plus fréquentes d'importantes quantités de drogue, faites même dans des cités et villages jusque-là épargnés, il suffit par exemple de voir combien le sujet revient le plus souvent dans les discussions dans les cercles familiaux, les cafés-maures et les débats en off de la société, toujours marquée par une certaine réticence à aborder la question.

Entre l'ampleur apparente de la consommation qui s'élargit dangereusement et le profil de plus en plus inquiétant des barons et dealers connus ou désignés comme tels par la vox populi (de tous âges et presque de tous les niveaux d'instruction et de rang social), la faiblesse des résultats des plans de lutte contre la drogue ou bien le manque de persévérance ou de volonté dans la conduite de la politique arrêtée pour stopper cette menace aux capacités de destruction sociale sous estimée est, à ce stade, proche d'une attitude de complicité. Surtout que les ressorts sociaux, ancestraux pour endiguer le phénomène sont systématiquement la cible d'attaques sournoises de la part d'institutions censées les protéger, ou du moins les soutenir étant l'émanation naturelle de la société.

Les comités de villages sont généralement affaiblis par la bureaucratisation de leur fonctionnement, mais aussi par les manoeuvres qui les paralysent avec l'instrumentalisation, à titre d'exemple, des subventions octroyées sur le budget de l'Etat. Sans ce genre de pare-choc, la drogue arrive et entre sans frapper dans les moeurs. «La drogue évolue rapidement dans nos contrées et nous n'avons pas le pouvoir ni les moyens politiques de l'arrêter, à part notre travail de sensibilisation et d'éveil que nous effectuons avec des bénévoles dans le milieu juvénile, notamment scolaire», nous affirmait il y a quelques années déjà Mr Moussa Amitouche, chargé du programme «Abus de drogue» au sein de la Ligue de prévention et de sauvegarde de la jeunesse (Lpsj) de Tizi Ouzou. A l'époque déjà, cet éducateur mettait en relief la faiblesse des moyens matériels mis par les services et les organismes de l'Etat à la disposition des associations et des bénévoles, qui luttent contre la drogue et les substances psychotropes.

Les villages de Kabylie sont touchés et de façon évidente, alertait-il : «Même les villages sont atteints, surtout parmi la population de la tranche d'âge de 12 à 24 ans, qui demeure très exposée à l'abus de drogue, d'autant que la disponibilité de ces substances n'aide pas à diminuer l'ampleur du phénomène». Cela dit, l'ONG algérienne «Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche» (Forem) a annoncé, au début de l'année en cours, que le nombre de consommateurs «réguliers» de drogue en Algérie est d'environ 300 000 personnes. «L'Algérie compte actuellement entre 250 000 et 300 000 consommateurs réguliers, dont 40 à 50% d'utilisateurs de cannabis et 40% de psychotropes», déclarait son président à l'occasion d'une campagne anti drogue.

En 2009, les services de répression de ce fléau avaient saisi 74 tonnes de drogue, soit une hausse de 95% par rapport à 2008, estimant à 23% environ la quantité de drogue consommée, le reste étant destiné au circuit de transit frontalier, selon les mêmes services. De son côté, le directeur de l'Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Onlcdt) avertissait, en 2010 déjà, sur les ondes d'une chaîne radio que : «Nous ne sommes pas à l'abri d'une catastrophe si nous ne prenons pas les choses à temps».

L'Algérie saisit annuellement 64 tonnes de cannabis, selon des sources officielles du ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales. Mais comment, expliquer la disponibilité (à profusion) sur le marché d'une substance dangereuse et interdite, à des prix imbattables et de surcroit cultivée hors du territoire national, alors que des produits et des aliments de première nécessité font souvent l'objet de pénuries et sont hors de portée des bourses locales quand on les trouve sur les étals de nos marchés ?

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