2 Janvier 2013

Mozambique: La révolution de la santé par le téléphone mobile

Dar es Salaam — Une infirmière qui travaille dans un centre médical éloigné de Mueda, une petite ville du Plateau de Makonde dans le nord du Mozambique, reçoit une livraison de vaccins du ministère de la Santé. Utilisant un logiciel spécifique sur son téléphone portable, elle envoie un message de masse pour alerter les mères de la zone au sujet de la disponibilité des vaccins.

Elle utilise également le téléphone pour planifier des rendez-vous, avoir accès aux dossiers des patients et commander de nouveaux vaccins lorsque le stock s'amenuise.

C'est - pour l'instant - un scénario théorique sur la façon dont la technologie mobile peut aider à améliorer la vaccination des enfants en Afrique subsaharienne. Mais cela deviendra bientôt une réalité au Mozambique, un pays de la taille de la Turquie, où 135 enfants sur 1.000 meurent avant leur cinquième anniversaire.

Le ministère de Santé de ce pays de l'Afrique australe s'est associé à l'Alliance GAVI, un partenariat public-privé de vaccination, pour lancer un projet pilote dans environ 100 centres de santé au début de 2013, où des agents de santé testeront l'efficacité et la rentabilité de l'utilisation des téléphones portables pour communiquer avec des patients.

Le projet pilote de trois millions de dollars, qui s'étend sur une année, a été cofinancé par le géant des télécommunications britanniques Vodafone et le département pour le Développement international au Royaume-Uni. Le taux de vaccination au Mozambique devrait s'améliorer de cinq à dix pour cent à la fin de l'essai, selon les bailleurs.

"Un millier de nouvelles connexions mobiles à haut débit sont faites chaque minute dans le monde en voie de développement, ce qui signifie que nous avons une occasion extraordinaire de transformer la vie d'une manière facilement accessible", explique Greening Justine, le secrétaire d'Etat britannique pour le Développement international.

L'Afrique est le marché de la téléphonie mobile ayant la croissance la plus rapide au monde et le deuxième plus grand après l'Asie, selon 'Groupe Speciale Mobile Association', un organisme de l'industrie mondiale. Il y a environ 700 millions de connexions mobiles sur le continent et le nombre d'utilisateurs de téléphones mobiles a augmenté de près de 20 pour cent chaque année depuis les cinq dernières années.

Bien que selon les statistiques des Nations Unies, toutes les mères de cette nation pauvre du Mozambique, ayant un maigre revenu national brut par habitant de 382 dollars en 2009, ne disposent pas d'un téléphone portable, au moins un membre de la famille ou un voisin en possède habituellement.

Dans le cadre du projet pilote, des donneurs de soins seront enregistrés dans la base de données du ministère de la Santé et seront formés et alertés par message sur la disponibilité des vaccins et leur importance. Ils peuvent répondre par SMS pour prendre un rendez-vous dans des centres de santé et recevront des notifications et des rappels au sujet des vaccinations antérieures et futures afin de s'assurer que chaque enfant reçoive un calendrier complet de vaccination.

Les agents de santé du Mozambique recevront des smartphones avec des logiciels pour accéder aux dossiers, planifier des rendez-vous et aider les centres médicaux éloignés à suivre les stocks et à s'assurer de la disponibilité des vaccins lorsque les mères arrivent avec leurs enfants.

"La technologie du mobile nous permettra d'identifier les enfants qui ont manqué jusqu'à présent les rendez-vous et de s'assurer qu'ils recevront leurs vaccinations au complet", a affirmé à IPS, Seth Berkley, P-DG de GAVI. Il ajoute qu'ils espèrent que l'habileté à informer et à rappeler aux mères les rendez-vous de vaccination, pourrait influer positivement sur le taux élevé d'abandon, où l'enfant reçoit seulement une des deux ou trois injections nécessaires pour l'efficacité du vaccin.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la vaccination est l'intervention de santé publique la plus rentable après la fourniture d'eau potable. Plus d'un million d'enfants meurent chaque année à cause des maladies évitables par vaccination, alors que chaque enfant de cinq ans en Afrique demeure non vacciné, déclare l'OMS.

Bon nombre d'autres nations africaines ont commencé par utiliser la technologie du mobile dans certains domaines de la santé publique, même si le projet pilote du Mozambique sera le plus exhaustif quand il s'agira de vaccination et utilisera des logiciels spécialement conçus pour des circonstances et besoins nationaux.

La Tanzanie, par exemple, utilise la technologie du mobile pour la gestion des stocks pour le suivi des traitements du paludisme dans 5.000 centres médicaux à travers le pays. En Afrique du Sud, 1.800 agents de santé des communautés éloignées utilisent des téléphones mobiles pour accéder et mettre à jour les dossiers des patients.

Et lorsque le Ghana a étendu les vaccins contre le rotavirus et le pneumocoque en avril, une importante organisation religieuse locale a aidé à informer les mères sur les nouvelles vaccinations en s'arrangeant pour envoyer 1,5 million de messages SMS.

Appuyé par l'OMS, le Soudan du Sud a commencé par gérer les stocks de vaccins grâce à la technologie du mobile vers la mi-2012 dans ses magasins centraux et ceux des Etats, tandis que le ministère de la Santé de Rwanda utilise des téléphones portables pour suivre la mortalité maternelle et infantile.

"Le téléphone portable a plus révolutionné les soins de santé (en Afrique) que toute autre technologie", a indiqué à IPS, Richard Sezibera, ancien ministre de la Santé du Rwanda et actuel secrétaire général de la Communauté de l'Afrique de l'est.

Le fait de doter les agents de santé d'appareils mobiles, "a vraiment transformé la vie au Rwanda", ajoute-t-il. La stratégie a contribué à faire baisser le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, de 163 pour 1.000 naissances vivantes en 1990 à 56 pour 1.000 naissances vivantes en 2011 au Rwanda, selon les chiffres du Fonds des Nations Unies pour l'enfance.

Sezibera croit également que l'utilisation de la technologie du mobile peut aider les ministères de la Santé à mieux gérer leur budget généralement maigre. Comme la plupart des pays africains ne consacrent en moyenne que cinq pour cent de leur PIB à la santé, "la manière dont nous finançons la santé devient de plus en plus importante", dit-il. "L'utilisation de la technologie du mobile peut aider à réduire la chaîne d'approvisionnement et les coûts de transaction".

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