Cote d'Ivoire: Drame à Abidjan - Daniel Kablan Duncan assure qu'il n'y a pas eu de manquement à la sécurité

interview

Photo: Gouvernement de la Côte d'ivoire
Le président Ouattara au chevet des blessés de la bousculade du 31 décembre

En Côte d'Ivoire, c'est l'heure du deuil mais aussi des questions après la bousculade dans le quartier du Plateau, à Abidjan, pendant la soirée du Nouvel An. Le Premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan, donne ce mardi soir 2 janvier les chiffres de 62 morts et 48 blessés et annonce que les résultats de l'enquête seront connus dans 72 heures. Entretien.

Comment expliquer la mort d'une soixantaine de personnes au soir du réveillon dans les rues d'Abidjan ?

Ces morts sont intervenues après les feux d'artifice qui ont eu lieu à Abidjan. C'est autour de 2 heures, 2 heures 30 que ceux qui avaient assisté au lancement des feux d'artifice rentraient sur les quartiers périphériques, et c'est entre l'hôtel Tiama et le stade Houphouët-Boigny, qu'il y a eu ces incidents.

De ce que l'on nous a indiqué, il y avait des troncs d'arbres, et un certain nombre de personnes qui marchaient sont tombées. Il y a eu une sorte de collision et c'est ce qui a entraîné des morts.

Ce drame était-il prévisible d'après vous dans la mesure où il y avait effectivement la présence sur le sol de ces rondins de bois et ce chantier mal sécurisé, également avec un trou béant dans lequel plusieurs des victimes sont tombées ?

Vous savez, après coup, c'est tellement facile de se demander si c'était prévisible ou pas.

Le quartier était apparemment très mal éclairé aussi...

L'enquête va montrer les circonstances exactes de ce qui s'est passé. Vous savez, habituellement Le Plateau est dans l'ensemble mieux éclairé que la plupart des quartiers, puisqu'il s'agit du quartier d'affaires d'Abidjan. Mais il se trouve que l'éclairage là-bas n'était pas suffisant par rapport à ce qu'il était d'habitude. On a pris note de cela.

Estimez-vous qu'il y a eu de la part des autorités, le gouvernement, la municipalité, des manquements à la sécurité ?

Pas du tout. L'année dernière, il y avait entre un et deux millions de personnes qui s'étaient déplacées pour voir ces feux d'artifice. Cette année, on estime plus ou moins entre deux à trois millions de personnes qui se sont déplacées. Imaginez qu'il arrive sur Paris deux à trois millions de personnes qui se déplacent sur certaines artères, il pourrait y avoir des problèmes. Donc, je pense que ce qui est important, ce n'est pas tellement la polémique de ce côté-là. On va donc expliciter les conditions dans le cadre de l'enquête qui est demandée et nous aurons des résultats dans 72 heures.

Ce qui est important de noter, ce sont les dispositions prises par le gouvernement et les forces de l'ordre et de sécurité dès lors que l'incident a eu lieu. Vous savez que le président de la République est parti sur les lieux. Il a décrété trois jours de deuil national et lancé cette enquête nationale et il a demandé la prise en charge à la fois des blessés et des familles qui ont eu à déplorer des morts, un appui à la fois financier mais aussi psychologique dans des circonstances qui sont particulièrement douloureuses.

Malgré tout, est-ce que le fait que le quartier de la présidence ait été bouclé pour raison de sécurité en ce soir de réveillon, que certaines rues du coup ait été inaccessibles, n'a pas aggravé encore l'effet de foule ?

La présidence, par rapport à l'endroit (de la bousculade), est environ à 600 ou 700 mètres. Cela n'a rien à voir avec la présidence, pas du tout. C'est pour cela que nous avons demandé une enquête rapide de manière à ce qu'à la fois la nation ivoirienne, mais aussi nos amis de l'extérieur, puissent avoir les informations correctes et savoir les circonstances du drame. Nous-mêmes, nous avons besoin de savoir. Quoi qu'il en soit, dès qu'il arrive un incident il faut tirer des leçons pour la situation actuelle mais aussi pour l'avenir. Donc nous avons besoin de savoir exactement ce qui s'est passé. Je crois que dans 72 heures, nous aurons donc tous les éléments et nous allons les communiquer à tout le monde y compris bien sûr à RFI.

Aujourd'hui, où en est-on de l'identification des corps, de la recherche des disparus. Sait-on exactement combien de personnes manquent à l'appel ?

Les éléments que nous avons actuellement nous donnent 62 morts et 48 blessés.

Ce mercredi matin, une partie de la presse d'Abidjan réclamait des démissions. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Moi je pense que la nation est dans une situation difficile et je pense qu'il faut se serrer les coudes, faire en sorte que nous puissions aider les familles endeuillées et aider au bon rétablissement des personnes blessées. C'est l'urgence au niveau du gouvernement, le reste on en parlera après.

Les résultats de l'enquête, vous nous l'avez dit, seront connus dans trois jours. D'ores et déjà, le gouvernement que vous dirigez peut-il tirer des conséquences de ce drame ?

Vous savez, dans les 72 heures dont je vous parle, nous aurons aussi les autopsies des corps pour savoir exactement ce qui s'est passé. Nous avons demandé qu'il y ait donc un renforcement des médecins légistes de manière à ce que l'on obtienne des résultats rapidement pour permettre de situer les causes réelles des décès. S'agit-il d'étouffement, comme on l'a laissé entendre, s'agit-il d'autre chose ? Mais je pense que chaque fois qu'il y a un drame il faut tirer les conséquences à la fois pour comprendre ce qui est arrivé et bien sûr prendre des dispositions pour l'avenir. Parce que l'année prochaine, à cette même période, il y aura des feux d'artifice.

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