L'Express de Madagascar (Antananarivo)

3 Janvier 2013

Madagascar: Scrutins - Un million d'électeurs sans carte d'identité

8 à 10% des électeurs ne sont pas inscrits à la liste électorale, faute de carte d'identité nationale valide. Le gouvernement tarde à réagir pour rectifier le tir.

Un dossier à régler au plus vite pour le gouvernement. L'opération de recensement des électeurs met au révélateur des failles à combler pour éviter la privation de certains citoyens de leur droit de vote et pour mieux respecter les normes dans le processus électoral.

La Commission électorale nationale indépendante pour la transition (CENIT) a établi 710 398 électeurs potentiels qui ne disposent pas encore de carte d'identité nationale, selon un document relatif à la situation de recensement électoral, hier. Ce chiffre représente 7% du nombre total d'inscrits dans la liste électorale attendue, soit 10 262 258 prévus selon la projection de l'Institut national de la statistique (Instat).

La CENIT recense également 165 000 « anomalies » mettant autant d'électeurs potentiels dans une situation ambiguë. « La plupart du temps, ils ont des problèmes au niveau de leur carte d'identité nationale. Plusieurs personnes disposent par exemple d'un même numéro de carte d'identité. Les machines rejettent d'une manière automatique leur inscription à la liste électorale lors de la saisie », explique Fano Rakotondrazaka, rapporteur général au sein de la CENIT.

Ce chiffre pourrait encore évoluer. Il ne représente « que » 73,2 % des inscrits recensés dans la base de données de l'organe chargé de préparer et d'organiser les élections sur les dix millions d'électeurs attendus. La CENIT se réfère au ministère de l'Intérieur pour gérer la situation. « Il appartient à ce dernier de se pencher sur ces cas par le biais de l'opération carte d'identité nationale », précise Fano Rakotondrazaka.

La course contre la montre est engagée pour les autorités afin corriger le tir. Il ne leur reste plus que quatre mois pour cela. La confection de la liste électorale devrait prendre fin à la mi-avril.

Sous-régime

La machine administrative ne tourne pas pour autant en plein régime pour redresser la barre. Le ministère de l'Intérieur déplore un « manque de moyen » pour réaliser l'opération carte d'identité nationale. « Les chefs de district ne peuvent plus se déplacer dans le fin fond de la brousse pour effectuer les audiences foraines permettant aux personnes âgés de 18 ans et plus de disposer de tous les documents administratifs y compris la carte d'identité nationale », déplore Thierry Rakotonarivo, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur et président du Syndicat des administrateurs civils (Synad).

L'administrateur civil évoque l'absence de déblocage de fonds par le gouvernement pour réaliser l'opération carte d'identité nationale. « Les autorités avaient décaissé un des deux milliards d'ariary prévus pour l'opération CIN entre fin 2010 et 2011. Je ne parle pas de la deuxième opération prévue entre 2012 et 2013 », décrit-il. « Faute de carburants et d'indemnités, les chefs de district avaient payé de leur poche les précédentes audiences foraines. Désormais, ils ne peuvent plus se déplacer et se cantonnent à traiter les demandes des personnes qui se rendent dans leur bureau », déplore-t-il.

Thierry Rakotonarivo « lance un appel » aux autorités pour régler le dossier. « Nous avons fait trois communications allant dans ce sens au cours des conseils du gouvernement. C'est une nécessité si nous considérons les scrutins comme une priorité et si nous voulons vraiment organiser des élections selon les normes internationales », exhorte-t-il.

Résultats référendaires en question

Des chiffres qui risquent de déranger. D'autres arguments pourraient alimenter les débats sur la Constitution issue du référendum du 17 novembre 2010.

Selon les chiffres auprès du ministère de l'Intérieur, 2,6 millions de personnes ont obtenu leur carte d'identité nationale au cours de l'opération s'étalant de la fin de 2010 à 2011. Ceux-ci pourraient affecter la légitimité de la nouvelle Loi fondamentale.

Les résultats publiés par la Haute cour constitutionnelle (HCC) avaient dénombré 7 151 233 électeurs inscrits. Avec un taux de participation estimé à 52%, le « oui » l'avait emporté à 74% des suffrages exprimés.

Mais une fois le nombre des électeurs potentiels exclus du processus inclus dans la liste des inscrits, la donne changerait. En gros, près de 1,3 million d'électeurs auraient été privés de droit de vote, soit 18% de la totalité des inscrits. Cette estimation diminuerait le taux de participation à 44% et le « oui » à 52%. Ramené au nombre des inscrits, en tenant compte des blancs et nuls, le « oui » l'emporterait autour de 30%.

Le nombre des électeurs attendus comprendrait une augmentation de trois millions entre novembre 2010 et 2013 selon les projections de l'Institut national de la statistique (Instat). Or, le référendum constitutionnel d'avril 2007 avait déjà recensé près de 7,3 millions d'électeurs. Les régionales de 2008 avaient établi 7,8 millions d'électeurs alors que le référendum constitutionnel de 2010 évoque 7,1 millions d'électeurs inscrits.

L'existence des imperfections, dont des doublons, avait été évoquée pour expliquer la situation des listes électorales lors de ces deux scrutins, comme l'avait soulevé Andry Rajoelina, président de la Transition. Mais le nombre des cartes d'identité délivrées ces deux dernières années laisse supposer que ces « imperfections » n'expliquent pas tout, concernant la régression anormale du nombre des électeurs entre 2010 et 2012.

Les partisans d'Andry Rajoelina avaient pourtant clamé la légitimité du scrutin et s'en tiennent à la Loi fondamentale issue de la consultation populaire du 17 novembre 2010. Un scrutin contesté par les mouvances des trois anciens Présidents et qui n'est pas reconnu par la communauté internationale, selon Eric Wong, chargé d'affaires à l'ambassade des États-Unis, en novembre 2012.

Ads by Google

Copyright © 2013 L'Express de Madagascar. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 2,000 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 200 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.