Africa Renewal (United Nations)

3 Janvier 2013

Afrique: La Chine au coeur de l'Afrique

Avantages et difficultés d'une relation en pleine expansion

« Le don de la Chine à l'Afrique. » Le nouveau siège de l'Union africaine, un imposant immeuble de 20 étages à Addis-Abeba est ainsi décrit parce que la Chine a pris en charge les frais de construction (200 millions de dollars) de ce complexe ultramoderne. Le plus haut bâtiment d'Éthiopie, achevé en décembre 2011, à temps pour un sommet de l'UA organisé le mois suivant, comprend une salle de conférence de 2 500 places.

Ce cadeau n'a pas été salué par tous les Africains. Le commentateur politique ouest-africain Chika Ezeanya considère comme une « insulte à l'UA et à tous les Africains, qu'en 2012, un bâtiment aussi symbolique que le siège de l'UA soit

conçu, construit et entretenu par un pays étranger ». En découvrant le complexe ultra-chic en janvier, les dirigeants africains se sont cependant succédé pour remercier la Chine.

La largesse de la Chine envers l'Afrique ne date pas d'aujourd'hui. Auparavant, la Chine avait soit fait don soit participé à la construction d'un hôpital à Luanda en Angola, de stades en Sierra Leone et au Bénin, d'une raffinerie de sucre et d'une plantation de canne à sucre au Mali, pour ne citer que quelques exemples. À la cinquième Conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine, qui s'est tenue à Beijing en juillet 2012, le Président chinois, Hu Jintao, en a mentionné d'autres projets, notamment : 100 écoles, 30 hôpitaux, 30 centres de lutte contre le paludisme et 20 centres pilotes agricoles.

Les dirigeants africains répètent volontiers que la coopération avec la Chine n'est pas à sens unique et qu'elle se concrétise plus par des échanges commerciaux que par de l'aide. En effet, selon l'hebdomadaire britannique The Economist, les échanges entre l'Afrique et la Chine ont atteint 166 milliards de dollars en 2011.

L'intérêt de la Chine

Que gagne donc la Chine ? Dans un recueil d'essais intitulé China Returns to Africa publié par la Columbia University Press, les rédacteurs Chris Alden, Daniel Large et Ricardo Soares de Oliveira soulignent que, « La principale motivation du gouvernement chinois est la recherche stratégique de ressources et sa volonté de faire en sorte que les besoins énergétiques grandissants de la Chine soient satisfaits par les fournisseurs de matières premières ». La deuxième économie mondiale achète actuellement plus du tiers du pétrole africain.

En outre, les industries chinoises s'approvisionnent en matières premières telles que le charbon de l'Afrique du Sud, le minerai de fer du Gabon, le bois de la Guinée équatoriale et le cuivre de la Zambie.

Les industries chinoises ont aussi besoin de nouveaux marchés pour leurs produits et l'Afrique pourrait être un marché énorme. « La Chine se repositionne en permanence en fonction de la nouvelle Afrique qui émerge », affirme Kobus van der Wath, fondateur de Beijing Axis, un cabinet international de conseil et de services d'achats basé à Beijing.

Les produits chinois ont envahi les marchés du Caire, de Johannesburg, Luanda, Lagos, Dakar et des autres villes et villages d'Afrique. « Même de petits articles comme les allumettes, les sachets de thé, les jouets pour enfants et les savons de toilette viennent de Chine », confirme Bankole Aluwe du marché d'Alaba, à Lagos (Nigéria).

Le plus important partenaire commercial

Dans un article paru dans This Is Africa, une publication du Financial Times, Sven Grimm et Daouda Cissé expliquent que ces dernières années, alors que le faible coût de la main-d'oeuvre a contribué à réduire les coûts de production - rendant ainsi les produits moins chers - l'économie chinoise a parfois affiché une croissance de plus de 10 % par an. Ils soulignent également que « la faible valeur du yuan [la monnaie chinoise] par rapport aux autres grandes devises négociées dans le monde, telles que le dollar américain, l'euro et le yen » attire les importateurs africains.

D'ores et déjà, les échanges entre l'Afrique et la Chine connaissent une croissance effrénée. Ils sont passés de 10,5 milliards de dollars en 2000 à 40 milliards en 2005 et 166 milliards en 2011. Ayant dépassé les États-Unis en 2009, la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l'Afrique. Le Président Hu est soucieux de consolider la domination de la Chine en redorant son image grâce à diverses initiatives, par exemple l'octroi d'un crédit de 20 milliards de dollars destiné au développement des infrastructures et à la mise en oeuvre du programme des talents africains, qui a pour but de former 30 000 Africains dans différents secteurs.

Les relations de réciprocité entre la Chine et l'Afrique se manifestent également sous d'autres formes. Les entreprises de construction chinoises décrochent des contrats très importants. La China Railway Construction Corp (CRC) a signé un contrat de 1,5 milliard de dollars en septembre 2012 pour moderniser un système ferroviaire dans l'ouest du Nigéria. Le même mois, la China South Locomotive and Rolling Stock Corporation, le plus grand constructeur de trains de Chine, a signé un contrat de 400 millions de dollars pour la fourniture de locomotives à la compagnie sud-africaine Transnet. En février 2012, la CRC a annoncé qu'elle entreprendrait des projets d'une valeur totale d'environ 1,5 milliard de dollars au Nigéria, à Djibouti et en Éthiopie.

Tout n'est pas rose

La Chine s'est également investie dans le secteur agricole de l'Afrique en créant les 20 centres agricoles de démonstration qui, selon le Président Hu, « permettront aux pays africains d'améliorer leurs capacités de production ». Mais lorsque le Gouvernement de la République démocratique du Congo a loué des milliers d'hectares de terres inutilisées à l'entreprise chinoise ZTE International, des réactions négatives se sont vite fait entendre ; Oxfam, une organisation caritative britannique et d'autres considèrent que cela s'apparente à une « saisie de terres ».

Selon une étude menée par la Standard Chartered Bank (Royaume-Uni), cette accusation est peut-être exagérée. Mais les auteurs de l'étude estiment qu'à long terme la Chine pourrait bien chercher à importer beaucoup plus d'aliments en provenance de l'Afrique, qui, selon la Banque mondiale, détient 60 % des terres non cultivées dans le monde. « Vu le potentiel de l'Afrique, il est probable que la Chine se tourne vers ce continent. »

Le tollé suscité par cette acquisition s'ajoute aux critiques de plus en plus vives contre la présence croissante et parfois agressive de la Chine en Afrique. De nombreux Africains dénoncent la mauvaise qualité des produits chinois et estiment que leur faible prix est à l'origine de l'effondrement des industries locales. Comatex et Batexci, deux grandes entreprises textiles du Mali, ont été durement touchées par l'importation de tissus bon marché d'Asie (voir Afrique Renouveau, avril 2012). The Economist souligne que « Des centaines d'usines de textiles ont fait faillite au Nigéria parce qu'elles ne pouvaient pas faire face à la concurrence de la Chine », ce qui justifiait à ses yeux la décision du Gouvernement tanzanien d'interdire aux Chinois de vendre leurs produits sur les marchés tanzaniens. Les Chinois sont les bienvenus en tant qu'investisseurs, mais pas en tant que « commerçants ou cireurs de chaussures », a insisté The Economist. En mai, Neil Bruce, président de l'Association des fabricants de meubles du Zimbabwe, a déclaré au parlement du pays qu'importer des meubles de la Chine « qui ne sont pas solides », paralyse l'industrie locale du meuble.

Combler l'écart culturel

Cependant, les investisseurs chinois sont confrontés à d'énormes défis en Afrique. Dans un article du Globe and Mail, un journal canadien, David Berman affirme que les différences culturelles entre Chinois et Africains, y compris les barrières linguistiques, entraînent souvent des tensions sociales et que l'insuffisance des infrastructures en Afrique nuit au fonctionnement des entreprises. Dans certains pays, les pannes fréquentes d'électricité augmentent les coûts de production et les politiques appliquées aux entreprises sont disparates. Les gouvernements africains peuvent augmenter les impôts du jour au lendemain. Et la plupart des économies africaines sont encore fragiles et sensibles aux chocs provoqués par l'économie mondiale.

La Chine espère réduire les tensions sociales en comblant le fossé de l'information. L'agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua a augmenté le nombre de ses bureaux en Afrique ; elle en compte à présent plus de 20. Le China Africa News service a été lancé en 2008 afin de diffuser « l'information sino-africaine provenant de sources africaines, chinoises et occidentales ». Au début de l'année 2012, la China Central Television (CCTV) a ouvert à Nairobi (Kenya) sa première station en dehors de son siège de Beijing. Sa stratégie a consisté à recruter certains des plus brillants journalistes africains pour réaliser des reportages sur l'Afrique pour les téléspectateurs d'environ 170 pays.

« Nous avons des informations quotidiennes sur l'Afrique, nous sommes positifs dans nos commentaires », affirme Pang Xinhua, le directeur de la rédaction de la CCTV. Mais Yu-Shan Wu, chercheur à l'Institut sud-africain des affaires internationales, y décèle une motivation plus générale. « La Chine présente activement sa culture et ses valeurs », dit-elle, et elle voit dans cette percée « la montée de la dynastie étatique de la Chine dans le domaine des médias en Afrique ».

Les préoccupations de l'Occident

Selon David Shinn, ancien ambassadeur des États-Unis au Burkina Faso et en Éthiopie, les activités de la Chine en Afrique inquiètent les pays occidentaux. M. Shinn ajoute que la politique chinoise de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays africains et son approche directe de l'aide la rendent plus attractive que les bailleurs de fonds occidentaux, dont l'aide est souvent assortie de demandes d'amélioration des droits de l'homme et de la démocratie.

La Secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a récemment mis en garde contre un « nouveau colonialisme en Afrique », ajoutant qu'il est « facile de venir, d'exploiter les ressources naturelles, de payer les dirigeants et de s'en aller ». Le journal britannique The Guardian y a vu une attaque voilée de la Chine, mais l'argument de Mme Clinton a été entendu dans l'ensemble du continent et les dirigeants africains se montrent désormais prudents.

En juillet, le Président sud-africain, Jacob Zuma, a averti que le présent « déséquilibre » des échanges commerciaux n'est pas soutenable. Il faisait ainsi allusion à la tendance de l'Afrique à exporter ses matières premières vers la Chine tout en important uniquement de grandes quantités de produits manufacturés bon marché. Le Conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique, Maged Abdelaziz, a déclaré à Afrique Renouveau que le continent doit se doter d'une stratégie pour gérer ses relations avec les géants économiques émergents tels que la Chine, le Brésil et l'Inde.

En juin 2011, des négociations ont donc commencé en Afrique du Sud afin de fusionner trois groupements commerciaux régionaux (la Communauté de l'Afrique de l'Est, le Marché commun de l'Afrique orientale et australe et la Communauté de développement de l'Afrique australe) en une « grande zone de libre-échange » intégrant 26 pays dont le produit intérieur brut combiné s'élève à 1 000 milliards de dollars. Cette zone pourrait permettre à l'Afrique de faire entendre sa voix avec plus de force lors des négociations.

La coopération sino-africaine va se renforcer. Les rédacteurs de China Returns to Africa résument ainsi la situation : tant que le développement de l'Afrique exigera d'énormes investissements étrangers, la présence de la Chine continuera de se justifier. « Indépendamment des préoccupations exprimées dans certains milieux africains, la participation de la Chine est largement considérée comme positive. »

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