4 Janvier 2013

Centrafrique: Polémique après les limogeages dans l'armée

Le président François Bozizé a fait le ménage dans la haute hiérarchie militaire, en limogeant son fils, Jean-Francis Bozizé, du ministère de la Défense, pour reprendre lui-même en main l'armée. Le chef de l'Etat a aussi relevé de ses fonctions le chef d'état-major Guillaume Lapo. Le général de division Michel Bémakoussi est nommé directeur de cabinet de la Défense. Est-ce suffisant pour régler la crise ? L'opposition exprime ses doutes.

Pour Martin Ziguélé, principal opposant, leader du MLPC (Mouvement de libération du peuple centrafricain), et ancien Premier ministre, c'est une opération de diversion, alors que le mal est plus profond dans l'armée et au pouvoir plus généralement.

« Le vrai problème de l'armée est plus profond que ça. Ça fait dix ans qu'on nous raconte qu'il y a un programme de réforme du service de sécurité. Et si on doit juger une politique ou une réforme d'après son résultat, les résultats sont là, c'est la situation de notre pays, qui est occupé plus que de moitié.

Le problème dans notre pays, c'est un problème de gouvernance. Que ce soit dans l'armée, que ce soit dans l'administration, c'est le même constat. La pyramide des compétences est inversée. Et donc, je pense qu'il faut prendre le temps de l'analyse, d'identifier les responsabilités. Et je ne pense pas que ce soit le limogeage du ministre délégué à la Défense ou du chef d'état-major, qui soit la solution à ces problèmes réels ».

Pour Jean-Jacques Demafouth, ancien chef rebelle, ex-leader de l'APRD (Armée populaire pour la restauration de la démocratie), et ex-candidat à la présidentielle de 2011, de telles décisions ne suffiront pas pour remotiver l'armée qui doit être restructurée en profondeur.

« Une armée, il faut l'entretenir, il faut l'entraîner. Il faut la restructurer tout le temps ! Et si tout ça n'a pas été fait, du jour au lendemain, vous ne pouvez pas coller aux hommes la responsabilité de ça ! Qui est leur chef ? C'est lui-même ! Depuis 1997 où il a été chef d'état-major, jusqu'en 2001, ensuite président de la République.

Donc, je suis quand même surpris que ce soit maintenant qu'on se rende compte que l'armée ne fonctionne pas ! Combien de programmes de restructuration de notre armée n'ont pas été mis en place ! Il y a même un service auprès du bureau des Nations unies à Bangui, chargé de la restructuration ! Et tout ça, pour nous donner le spectacle qu'on vient de voir ! C'est vraiment grave ! ».

Pour la rébellion, le limogeage du ministre de la Défense ne changera rien, le président ne respecte pas son armée, et c'est lui même qui doit partir, selon le colonel Christian Narkoyo, un des porte-parole de la Séléka.

« Le changement du ministre de la Défense ne changera rien dans notre mouvement. Même si c'est lui, le président de la République, qui assure maintenant la défense, nous sommes prêts pour le combattre. Donc, s'il change, même tous les ministres de son gouvernement, il n'y aura rien comme changement.

Lui-même, il minimise son armée ! Il minimise son armée ! Cette armée est déjà trahie depuis longtemps par le président Bozizé ! Vous le constatez depuis longtemps, quand il arrive quelque chose il fait toujours recours à la force étrangère. Son départ est indispensable. La seule solution est de partir et de laisser la population libre ».

Pour Laurent Ngon Baba, président du PAD (Parti d'action pour le développement), qui appartient à la mouvance présidentielle, cette décision n'est pas surprenante, le président Bozizé connait bien son armée et a souhaité prendre lui-même en charge sa réorganisation.

« La décision que le chef de l'Etat vient de prendre ne nous surprend pas. Au contraire, cette décision participe à rehausser le niveau de l'armée centrafricaine. Par cette décision, le chef de l'Etat veut se rapprocher de son armée, pour permettre de remonter le moral, d'abord, de cette armée-là.

Ça permet également au président de la République, en tant que ministre de la Défense, de veiller personnellement aux conditions de travail et de vie des militaires centrafricains.

Ça permet au président d'être plus proche, afin d'encourager ses forces armées nationales, à oeuvrer davantage pour la protection du territoire centrafricain ».

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