Cameroun: La vraie police

Dès le 15 décembre, alors que les fêtes de fin d'année et leurs corolaires d'agressions et embouteillages s'annonçaient, c'est avec soulagement que les populations des principales villes, Yaoundé et Douala en l'occurrence ont vu, parqués à différents coins de la ville les éléments de la police nationale.

Ce déploiement qui visait à limiter l'action des hors-la loi pendant cette période, devrait être opérationnel jusqu'au 5 janvier 2012. Et tout au long de cette période de festivités, l'action des nouvelles recrues du centre d'instruction et d'application de la police (Ciap) de Mutengene appelées en renfort a été salutaire. Un peu comme ce fut le cas un an plus tôt, au moment de l'expérimentation de ce dispositif par la délégation générale à la sûreté nationale (Dgsn).

Du fait de cette action, les agressions, souvent récurrentes pendant la période de fêtes de fin d'année ont été moins nombreuses. Fait plus visible, les bouchons ont pu être gérés de sorte de permettre une circulation plus ou moins fluide. Pour ce faire, ces nouvelles recrues, n'ont pas manqué, même au coeur de la nuit, de réguler une circulation plus ou moins dense, ou de patrouiller dans des coins obscurs, repères des bandits et autres braqueurs qui écument la ville en période de fête. Il ne serait donc pas superflu du remercier ces jeunes gens pour le travail abattu tout au long de cette période.

Toutefois, l'enthousiasme né de ce déploiement et du sérieux avec lequel ces derniers ont mis sur pied leurs actions, n'exclut pas une inquiétude légitime : que deviendront ces jeunes personnes au moment où ils prendront effectivement fonction, au lendemain de leur formation? Prendront-ils exemple sur ces ainés qui les ont encadré tout au long de cette mobilisation et les envoyaient récupérer les dossiers des automobilistes indisciplinés à qui ils tentaient d'extorquer un peu d'argent sous le regard de ces jeunes? Pourront-ils comprendre que c'est la police qui est au service de la population et non le contraire ?

Des interrogations qui restent pertinentes quand on sait que c'est à la police, via la délégation générale de la sûreté nationale, de maintenir l'ordre et la sécurité au sein de notre pays, ceci en faisant respecter la loi. Une option que ne semblent avoir compris que quelques éléments de ce corps à travers le pays. Pour preuve, en septembre dernier, vingt-trois fonctionnaires de police, dont deux commissaires, un officier, huit inspecteurs et douze gardiens de la paix, en service dans plusieurs structures à travers le pays, ont été révoqués de leurs fonctions respectives. Ils étaient tous accusés «d'indélicatesse et de compromissions grave».

Une mauvaise note supplémentaire. Ceci alors que, quelque temps plus tôt, le rapport 2011 de l'enquête sur la gouvernance et de l'intégrité au Cameroun, réalisé par l'Institut national de la statistique (INS) et financé par la Banque mondiale, avait révélé que 88% de Camerounais sondés pensent que la Police est le corps de métier le plus corrompu dans le pays. Ceci, devant la Gendarmerie, les services des Impôts, le système judiciaire, la Douane, la Fonction publique, l'Education nationale, la Santé, les marchés publics et le secteur de la distribution de l'eau et de l'électricité.

C'est dire qu'au Ciap de Mutengene, l'accent devrait être mis, au cours de la formation, sur la morale et l'éthique. Des valeurs qui feront des policiers camerounais, des exemples à suivre et leur donneront de nouvelles perspectives pour un exercice harmonieux de leurs fonctions. Car, faut-il le rappeler, l'insécurité et le sentiment d'insécurité ne sont ni une fatalité, ni une tare génétique; c'est un phénomène fluctuant qui peut connaître des développements ou une régression en fonction des dynamiques appliquées pour son éradication.

Ads by Google

Copyright © 2013 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 2,000 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 200 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.