Le Soleil (Dakar)

4 Janvier 2013

Sénégal: Sécurisation - L'aéroport LSS débarrassé des activités irrégulières

Les alentours de l'aéroport international Léopold Sédar Senghor sont devenus, depuis quelques temps, sûrs et paisibles, après la mesure prise par les autorités étatiques de désengorger le site et ses environs. Cependant, les victimes de cette mesure de sécurité se ruent dans les brancards.

A un passé tout récent, les alentours de l'aéroport international Léopold Sédar Senghor de Dakar grouillaient de monde qui envahissait, dès les premières de la matinée, le site. Cambistes, vendeurs de cartes d'abonnement et de crédits téléphoniques, des gargotiers, marchands ambulants, pour ne citer que ceux-là, se ruaient sur les passagers dès leur sortie de l'aéroport. Cet environnement occasionnait souvent des actes récurrents de banditisme. Face à cette situation déplorable, les autorités compétentes ont décidé d'assurer la sécurité dans et en dehors du secteur.

Leurs actions ont permis, depuis lors, une ambiance calme à la place de l'encombrement. Ce qui n'a pas manqué de susciter des réactions de part et d'autre des habitués du site. Ibrahima Sy, noir de teint, en tee-shirt blanc, assorti d'une culotte kaki, est cambiste. Trouvé à proximité de la devanture de l'aéroport, il fait son change dans la clandestinité. Il est obligé de faire son business en cachette pour ne pas se faire repérer par les policiers qui se font passer parfois pour des clients. « J'ai passé la Tabaski loin de ma famille, à la maison d'arrêt et de correction de Rebeuss où je suis resté accroupi pendant un mois. Je n'ai pas été jugé. On m'a seulement gardé en détention », se rappelle-t-il, amèrement. Le visage crispé, le ton meurtri, il se désole de la décision prise par les autorités des Aéroports du Sénégal (Ads).

« Je n'ai que ce boulot pour nourrir ma femme et mon enfant. Je demande au chef de l'Etat de nous inclure dans ses priorités de « Yonu Yokuté », en prenant en compte les rentes des jeunes comme nous qui vivons de ce métier », sollicite-t-il. Leader de la Révélation 313, M. Sy affirme que son mouvement va organiser une marche dès la semaine prochaine, pour dénoncer cette situation qui a fini de les plonger « dans un lendemain sombre ».

Car, selon lui, les cambistes clandestins sont persécutés nuit et jour par les gendarmes. « Quand nous avons par devers nous moins de 100 000 FCfa, nous payons 3 000 à la brigade en cas d'arrestation. Si l'argent est supérieur à cette somme, nous sommes déférés à la prison de Rebeuss sans justification. Dernièrement, une douzaine de mes camarades a été interpellée par la police », se rappelle-t-il. A quelques distances de là, des individus, la trentaine dépassée, sont assis à même le sol. Tous de gris vêtus, les coordonnées de leur entreprise sont affichées sur leur tenue. Ces travailleurs du Groupement d'intérêt économique (Gie) Sine Saloum and liguèye, fustigent le retrait de leur badge par les responsables de l'aéroport. En effet, une décision du directeur général de l'Agence des aéroports du Sénégal, Pape Mael Diop, fait état d'une diminution du nombre de porteurs limités à 10 dans chaque zone dédiée (salle de livraison bagages et salle d'enregistrement). Ce qui a suscité l'ire de certains transporteurs qui estiment que « cette situation est irresponsable et va à l'encontre des intérêts des travailleurs », renseigne Amadou Ndoye, surveillant général des transporteurs manutentionnaires.

« Je n'ai jamais vu l'aéroport aussi paisible et calme »

A l'intérieur d'un petit cabinet servant de bureau au Gie susnommé, une dizaine de personne est en réunion. L'ordre du jour : débattre sur la nouvelle décision prise par le directeur des Ads. « On est surpris et déçu de l'attitude des autorités de cet aéroport. Car, avec cette nouvelle situation, c'est plus de 168 pères de familles qui vont se retrouver au chômage. En plus, ce qui est déplorable, c'est de voir d'autres gens autorisés à utiliser des badges, alors que, nous qui étions présents sur les lieux depuis le démarrage des activités de cet aéroport, nous n'en bénéficions pas », déplore Mamadou Ndao, gérant de Sine Saloum and liguèye. A l'en croire, en lieu et place de cette ordonnance, il y avait d'autres priorités, notamment, la lutte contre la délinquance à l'aéroport et ses alentours. Le vieux Malick Tiobane vient juste de finir le ménage dans certains bureaux de l'aéroport. Présent sur les lieux depuis 1980, cet habitant de Keur Massar quitte tous les jours son domicile à 5 heures du matin, pour se rendre au travail. « C'est une bonne chose d'avoir enfin mis fin à l'anarchie qui régnait ici. J'ai passé presque ma vie sur ce site. Mais, je n'ai jamais vu ce lieu aussi paisible et calme. Je salue cette décision des autorités. Car, au-delà des individualités, c'est l'intérêt général qui est privilégié », ajoute-t-il, sur un ton enjoué. Mieux, « cela marque également la fin de l'insécurité et du banditisme qui étaient jusque-là des réalités dans ce milieu », se réjouit-il.

Pape Mael DIOP, directeur de l'agence des aéroports du Sénégal : « Des cas de vols, d'agressions et d'arnaques étaient fréquents sur les lieux »

Le directeur général de l'Agence des aéroports du Sénégal (Ads), Pape Mael Diop, fustige la réaction des personnes interdites d'activités dans les environs de l'aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Il a rappelé qu'auparavant, des cas de vols, d'agressions, d'arnaques étaient fréquents sur le site. C'est pour éviter de tels désagréments mais également désencombrer l'aéroport qu'il a été décidé d'appliquer les mesures de sécurité. À son avis, « ces gens ne sont animés que par leurs intérêts », ajoute-t-il, en faisant allusion au mécontentement des victimes de ces mesures de sécurité.

« Ce qui importe pour eux, c'est comment faire profit sans se conformer aux règles du jeu », déplore-t-il. Selon lui, le but des autorités de l'aéroport est d'assainir les lieux, afin de permettre aux usagers d'être dans les conditions optimales de sécurité et de sûreté. Aussi désapprouve-t-il le fait que les transporteurs ne payent pas leurs impôts.

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