Egypte: Les coptes inquiets à l'heure de célébrer Noël

Les Coptes d'Egypte ont célébré dimanche 6 janvier 2013 au soir la messe de Noël. Ces chrétiens orthodoxes représentent, selon les estimations, entre 6 et 10% des quelque 83 millions d'Egyptiens. Cette année encore, ces fêtes se tiennent dans un climat d'incertitude. Les Coptes s'inquiètent de l'islamisation de la société.

« Ce Noël a un goût très particulier. Les deux dernières années ont été tellement difficiles, tellement de mauvaises choses nous sont arrivées que nous avons besoin d'être heureux. Même si ce n'est que pour quelques heures, même si c'est juste aujourd'hui... Nous avons besoin d'être heureux ». A l'heure des célébrations de Noël, le témoignage de Mina Thabet reflète les inquiétudes d'une grande partie des Coptes égyptiens. Ce jeune de 23 ans est l'un des fondateurs de la Maspero Youth Union, un groupe réunissant des chrétiens, et membre de la Coalition égyptienne pour les minorités.

« D'une certaine façon, on peut dire que la situation des chrétiens d'Egypte est encore pire aujourd'hui que du temps d'Hosni Moubarak, insiste Mina Thabet. Et le pire n'est pas encore venu. Je pense que dans les prochaines années ou dans les prochains mois, les choses iront encore plus mal ».

Le premier Noël sous un pouvoir islamiste

Les Coptes dénoncent depuis des années l'islamisation rampante du pays. L'arrivée au pouvoir en juin dernier du premier président issu de la confrérie des Frères musulmans, Mohamed Morsi, et la rédaction d'une nouvelle Constitution par une Assemblée dominée par les islamistes n'ont fait que confirmer et renforcer leurs craintes. Adoptée fin décembre, la Constitution maintient la charia, ou loi islamique, comme source principale de la législation. Les doctrines sunnites de l'islam en définissent désormais les principes.

L'Eglise copte s'était prononcée contre l'adoption de ce texte, qui ouvre selon elle la voie à une interprétation plus conservatrice et plus stricte de la charia. L'opposition égyptienne et les organisations de défense des droits de l'homme ont elles aussi dénoncé le flou et les ambiguïtés de cette Constitution, qui ne protège pas suffisamment les libertés individuelles.

« La nouvelle Constitution ne garantit pas la non-discrimination envers les minorités de façon générale, explique Farida Makar, chercheuse à l'institut du Caire pour les études sur les droits de l'homme. Et même si un article affirme que les minorités religieuses, spécifiquement les chrétiens et les juifs, auront le droit d'exercer leur culte selon leurs propres règles, rien ne garantit qu'ils soient traités de façon égalitaire en tant que citoyens. Cette Constitution est par nature très sectaire ».

« Les Coptes ont brisé le tabou du silence »

Autre source d'inquiétudes pour les Coptes, la multiplication des attaques contre leur communauté depuis le début de la transition politique. « Il y a effectivement une recrudescence des violences contre les Coptes depuis la révolution, même si le phénomène avait débuté avant 2010, constate Laure Guirguis, chercheuse au département de sciences politiques de l'université de Montréal et spécialiste des Coptes. De façon générale, on observe de plus en plus de ségrégation et de communautarisme dans la société, aussi bien que chez les musulmans que chez les chrétiens ».

Depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi a affirmé à plusieurs reprises vouloir être « le président de tous les Egyptiens ». Ces déclarations n'ont pas rassuré les chrétiens, des responsables islamistes et salafistes multipliant en parallèle les déclarations anti-coptes.

En dépit de ce contexte difficile, Mona Makram Ebeid dit faire preuve d'un « optimisme prudent ». Cette Copte est une ancienne députée, aujourd'hui membre du Sénat et professeur à l'université américaine du Caire. « L'un des plus grands acquis de la révolution, c'est que les Coptes ont brisé le tabou du silence, rappelle-t-elle. Dans le passé, les Coptes s'étaient intégrés aux activités économiques mais s'étaient complètement abstenus de toute participation politique. Depuis le 25 janvier 2010, ils ont réalisé que s'ils courbaient trop l'échine, ils finiraient par être éliminés. Face à la montée de l'islamisme et de l'intolérance, ils doivent travailler à affirmer leur voix politique ».

Le premier Noël du patriarche Tawadros II

Si ce Noël est le premier sous un pouvoir islamiste, c'est aussi le premier du patriarche Tawadros II, désigné en juin à la tête de l'Eglise copte. Une personnalité en laquelle Mona Makram Ebeid place beaucoup d'espoirs. « C'est un homme droit, courageux et très sage, qui oeuvre à une réconciliation nationale », assure-t-elle.

« Jusqu'à présent, le patriarche monopolisait quasiment l'expression politique des Coptes, explique aussi Laure Guirguis. Cela pourrait évoluer avec Tawadros II. L'Eglise devrait aussi être moins « suiviste » qu'avant, même si elle reste dépendante des institutions d'Etat. Elle suivait le gouvernement d'Hosni Moubarak parce qu'elle pensait, à tort, qu'il la protégeait des islamistes. Maintenant que les Frères musulmans sont au pouvoir, elle devrait prendre ses distances ».

« A moins que cette situation n'ait l'effet inverse, et que les Coptes se désintéressent encore davantage de ce qui se passe sur la scène nationale pour se replier derrière les murs de l'Eglise », poursuit la chercheuse.

Ads by Google

Copyright © 2013 Radio France Internationale. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 2,000 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 200 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.